Déclaration de Mme Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle, sur l'insertion professionnelle des jeunes, la notion de chômage d'insertion, la formation en alternance et l'apprentissage, Lille le 7 mai 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle, sur l'insertion professionnelle des jeunes, la notion de chômage d'insertion, la formation en alternance et l'apprentissage, Lille le 7 mai 1999.

Personnalité, fonction : PERY Nicole.

FRANCE. SE aux droits des femmes et à la formation professionnelle

Circonstances : Finale nationale des Olympiades des métiers à Lille le 7 mai 1999

ti : Les Olympiades évoquent nécessairement l'esprit de compétition, et la volonté de gagner. A ceux qui ne sont pas sur le podium, on dit que l'important c'est de participer. Je pense, quant à moi que vouloir confronter ses compétences et son savoir faire avec d'autres est déjà la marque des champions.
Avant même de remettre les prix à ceux qui représenteront la France dans les trente-huit métiers en compétition à Montréal, je tiens donc à féliciter les véritables champions que vous êtes, vous tous et toutes, qui avez participé à ces finales nationales,
Il n'est pas étonnant que l'on associe l'esprit sportif à la tradition des métiers : la réalisation d'un chef d'¿uvre a longtemps été la marque de l'accomplissement de la formation professionnelle. Vous perpétuez en quelque sorte cette tradition en recherchant la perfection du geste professionnel et la confrontation de votre expérience et de vos techniques avec celles d'autres compagnons venus aujourd'hui, à Lille, d'autres régions, et bientôt, à Montréal, d'autres pays du monde entier.
Je n'ai pas trop d'inquiétudes pour votre insertion et votre réussite professionnelles, pour autant que vous poursuiviez dans le métier où vous excellez. Je félicite au passage ceux qui choisiront de créer leur entreprise, allant ainsi au bout de la logique qui les a conduits à participer à ces Olympiades des métiers.
Mais je suis en revanche très préoccupée par les chances d'insertion de tous ceux qui ne sont pas encore des champions dans un métier ou une profession, qui n'ont pas encore trouvé leur voie, et qui se trouvent dans cette période d'incertitudes, entre la sortie de l'école et le premier emploi stable.
L'insertion professionnelle ne fonctionne pas selon un modèle mécanique d'adéquation entre une qualification acquise, des compétences requises, et l'accès à l'emploi.
Certains jeunes ont un itinéraire qui passe par l'école, un emploi précaire ou même un temps de chômage, puis une formation qualifiante après laquelle ils accèdent enfin à l'emploi. D'autres vivent une alternance régulière entre le chômage et des emplois de courte durée.
Une bonne partie des jeunes alimentent de ce fait ce que certains ont appelé le chômage d'insertion.
Certes, la formation professionnelle ne génère pas l'emploi, mais elle en est la voie d'accès la plus crédible.
Notre système de formation professionnelle présente de nombreux atouts, à condition qu'il gagne en cohérence, que les voies de formation en alternance deviennent vraiment complémentaires, et que leurs promoteurs et leurs gestionnaires s'accordent pour les mettre véritablement au service des jeunes dans cette phase critique de leur professionnalisation.
En France, l'alternance s'est progressivement construite autour de trois voies, deux en formation professionnelle initiale et une en formation professionnelle continue :
l'alternance sous statut scolaire : 708 000 élèves en second cycle professionnel, et 233 000 en sections de techniciens supérieurs. l'apprentissage, qui est l'autre voie de formation professionnelle initiale ouverte à tous les niveaux de formation depuis 1987 ; les contrats d'insertion en alternance qui relèvent de la formation professionnelle continue.
L'apprentissage offre une voie alternative aux jeunes en formation première qui ont des prédispositions pour acquérir des savoirs et des savoir-faire par le biais d'une confrontation, plus précoce que pour d'autres, à des situations de travail. Il responsabilise plus fortement l'entreprise dans la formation des jeunes : je rappellerai le tutorat par un maître d'apprentissage, les relations avec le CFA, etc. En même temps qu'il conduit à un diplôme professionnel, il offre au jeune une préparation pratique à l'exercice d'un métier.
Les contrats d'insertion en alternance offrent à des jeunes déjà sortis de l'école depuis un certain temps sans formation professionnelle, la possibilité d'accéder rapidement à un emploi qualifié : c'est le cas des contrats de qualification. Mais ils permettent également à ceux qui possèdent déjà une formation de la compléter en acquérant par le biais d'un contrat d'adaptation des compétences plus proches de celles requises par les emplois offerts. Les contrats d'orientation enfin, permettent à des jeunes plus en difficulté de construire leur projet professionnel.
L'apprentissage d'une part, les contrats d'insertion d'autre part, contribuent largement au processus de transition entre l'école et l'emploi.
Les effectifs de jeunes en formation sous contrat de travail ont progressé globalement.
Plus de 180 000 contrats d'insertion et près de 234 000 contrats d'apprentissage ont été signés en 1998,
Au total, l'année dernière, près de 540 000 jeunes étaient en formation professionnelle sous contrat de travail.
C'est un effort certain du gouvernement : L'Etat y consacre 12,5 milliards de francs en 1999 soit plus du tiers de mon budget. Et je n'évoque pas ici la création des 180 000 emplois jeunes
Mais ces deux voies de formation sous contrat de travail correspondent à des cultures professionnelles différentes. On pourrait étendre d'ailleurs le propos à l'alternance sous statut scolaire : mon collègue Claude Allègre vient de publier la charte de l'enseignement professionnel intégré. A nous de faire que ces trois voies soient effectivement complémentaires.
Je souhaite ¿uvrer avec les régions, les professions, (employeurs et salariés) et les autres ministères, l'éducation nationale au premier chef bien entendu, pour que la qualification professionnelle des jeunes en vue de leur insertion fasse l'objet d'efforts convergents.
Je compte demander à tous les acteurs qui interviennent dans les décisions et le financement des formations professionnelles premières et d'insertion de rapprocher leurs instruments d'appréciation des besoins de formation, de coordonner leurs stratégies, de mettre en réseau les services qu'ils offrent aux jeunes, de joindre leurs moyens pour qu'au niveau régional s'élabore un vrai plan cohérent de formation professionnelle des jeunes. La loi quinquennale l'avait rendu possible. Reste à le rendre effectif, et c'est bien le plus difficile.
La région Nord Pas de Calais n'est pas la dernière à innover, et ce que je sais des relations entre les partenaires que je viens d'évoquer me permet de penser que le Nord Pas de Calais pourrait être, avec notre aide, une fois de plus exemplaire.
Les finales nationales des Olympiades des métiers pourraient coïncider avec le lancement d'une ambition commune de l'Etat, de la région, des professions (employeurs et salariés), des autres partenaires, consulaires notamment, pour renforcer la coordination et l'efficacité de leurs actions afin de donner toutes ses chances à chaque jeune en quête de qualification.
Quant à vous, les jeunes lauréats qui défendrez notre pays très bientôt à Montréal. Nous vous faisons confiance pour affirmer dans cette compétition les talents et les savoir-faire de la France.


(source http://www.social.gouv.fr, le 07 juillet 1999)

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