Interview de M. Denis Kessler, vice président délégué du MEDEF et président de la commission économique du MEDEF, dans "La Croix" du 25 février 1999, sur l'attitude du MEDEF face à la politique sociale et économique du Gouvernement, notamment sur la réduction du temps de travail, l'interventionnisme de l'Etat et les prélévements obligatoires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Denis Kessler, vice président délégué du MEDEF et président de la commission économique du MEDEF, dans "La Croix" du 25 février 1999, sur l'attitude du MEDEF face à la politique sociale et économique du Gouvernement, notamment sur la réduction du temps de travail, l'interventionnisme de l'Etat et les prélévements obligatoires.

Personnalité, fonction : KESSLER Denis, ADAM Gerard, HASSOUX Didier, LEMOINE Patrick.

FRANCE. MEDEF, vice président délégué;FRANCE. MEDEF, commission économique, président

ti : " La France est aujourd'hui l'un des derniers pays développés à préparer l'échéance du choc démographique ". Alors que le rapport Charpin sur les retraites devrait être rendu public à la fin du mois, Denis Kessler s'inquiète, dans une interview à LIBERATION, du retard pris par la France à réformer le système de retraite alors que " depuis le début des années 80, les conséquences du vieillissement de la population sont parfaitement connues ". Et loin d'y remédier, notre pays a agi à contre-courant avec " l'erreur d'abaisser à 60 ans l'âge de la retraite en 1982, alors même que nous savions que le vieillissement imposait de rallonger la durée d'activité ". Or le choc démographique, c'est demain, " à partir de 2005 et durant plus de 20 ans ".

Le vice-président délégué du MEDEF ne mâche pas ses mots : " tous ceux, dit-il, qui ont nié le problème portent une responsabilité historique : les difficultés que les générations à venir vont connaître tiendront à ce que les décisions qui s'imposaient n'ont pas été prises en temps et en heure ". Si l'on veut garantir la répartition, dans un contexte de vieillissement de la population, deux voies sont possibles, analyse Denis Kessler : " on peut agir sur le taux de cotisation ou sur la pension moyenne ", l'essentiel étant " de réduire le déséquilibre entre le nombre de retraités et le nombre d'actifs ". Mais pour y parvenir, " il faut relever les âges de cessation d'activité, ce qui se traduit par plus d'actifs et moins de retraités. Nous n'y échapperons pas ", prévient le vice-président délégué du MEDEF qui juge impératif de " dire la vérité aux Français et mettre fin à l'illusion de la retraite à 60 ans ". Pour lui, c'est une évidence, les Français devront travailler plus longtemps, " alors qu'aujourd'hui - autre illusion des 35 heures - on leur dit qu'ils peuvent travailler moins ". D'ailleurs, fait valoir Denis Kessler, " tous les pays ont prévu de relever l'âge de départ à la retraite ". Le Mouvement des Entreprises de France en a conscience, " ceci suppose de recréer les conditions du marché du travail pour les salariés âgés. C'est possible ".

Quant à l'idée de relever les taux ou d'élargir l'assiette des cotisations, " nous sommes résolument contre, à la fois pour des raisons d'équité et d'efficacité ", affirme Denis Kessler. Chiffre à l'appui. Les cotisations retraite, rappelle-t-il, " représentent 25 % de la rémunération brute d'un salarié, c'est-à-dire qu'il travaille trois mois par an pour financer la répartition ". Au niveau national, " près de 12 % du PIB annuel et 15 % du PIB marchand, créé par les entreprises, lui sont consacrés ". Dès lors, tout relèvement des cotisations " poserait un redoutable problème de compétitivité (...) et nuirait à l'emploi " et in fine " à la répartition ".

En revanche, " il y a urgence " à harmoniser les régimes de la fonction publique sur le régime général. Mieux, " c'est une mesure de justice ". La démonstration chiffrée du vice-président délégué du MEDEF est là aussi éloquente : " si les salariés du secteur public avaient un régime de retraite analogue à celui du secteur privé, cela représenterait un allégement des charges pour la nation de l'ordre de 100 milliards de francs par an ". Des réformes similaires ont été faites pour la Cnav, pour l'Arrco et pour l'Agirc à l'initiative des partenaires sociaux. Mais l'Etat, " très en retard pour la réforme des régimes dont il a directement la responsabilité, fait payer ses atermoiements aux contribuables ".

L'idée de la création d'un Fonds de réserve relève de la même philosophie. " Il n'est pas très sérieux de parler de fonds de réserve quand le déficit budgétaire atteint 240 milliards ", souligne Denis Kessler en dénonçant l'habitude de la France " de reporter sur les générations futures ses dépenses publiques d'aujourd'hui, alors que la dette publique dépasse déjà 4 000 milliards ". Prenant l'exemple des Etats-Unis où le Fonds de réserve est alimenté par l'excédent budgétaire, le vice-président délégué du MEDEF considère que la meilleure garantie des retraites de demain " consiste à ce que la France parvienne d'ici à trois ans à limiter ses dépenses publiques pour pouvoir dégager un excédent budgétaire ".

Même dans ces conditions, fait-il valoir, la France ne pourra faire l'économie d'un dispositif - fonds de pension ou épargne-retraite - " pour que les actifs d'aujourd'hui puissent faire un effort d'épargne supplémentaire qui leur procurera un complément de revenu principalement sous forme de rente ". Tous les pays " ont encouragé des mécanismes de capitalisation ", mais là encore " la France fait exception ". Résultat, " à force d'avoir bêtement retardé la mise en place de la capitalisation, on a empêché les salariés français de préparer leur avenir et les entreprises françaises de disposer des moyens financiers stratégiques ". Pendant ce temps, les fonds de pension étrangers " ont massivement investi nos entreprises, sans que la réciproque soit possible ". Une situation " ubuesque ", qu'épingle Denis Kessler. Les entreprises françaises, explique-t-il, " payent des cotisations pour la retraite de leurs salariés et des dividendes aux fonds de pensions qui assurent les revenus des retraités des autres pays " ! Mais l'heure n'est plus aux analyses, " ce qui n'a pas été fait au nom de l'idéologie doit être entrepris sans tarder au nom du réalisme ".


(source http://www.medef.fr, le 13 février 2001)

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