Déclaration de M. Jean-Jack Queyranne, secrétaire d'Etat à l'outre-mer, sur l'émancipation de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française et leur avenir dans le Pacifique, Wellington le 14 juin 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Jack Queyranne, secrétaire d'Etat à l'outre-mer, sur l'émancipation de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française et leur avenir dans le Pacifique, Wellington le 14 juin 1999.

Personnalité, fonction : QUEYRANNE Jean-jack.

FRANCE. SE à l'outre mer

Circonstances : Voyage officiel de M. Queyranne en Nouvelle-Zélande du 14 au 15 juin 1999 ; conférence au New Zealand Institut of international affairs sur la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, Wellington le 14 juin

ti : L'émancipation de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française. Leur avenir dans le Pacifique
Le Pacifique est avant tout un océan, le plus vaste du monde: 176 millions de kilomètres carrés, soit 300 fois la France. Il représente plus de la moitié des eaux océaniques de la planète. Espace d'aventure, il fut longtemps abandonné aux appétits des chasseurs de baleines, aux expéditions des trafiquants de bois de santal et aux débordements des écumeurs de côtes (beachcombers).
Lorsque les navigateurs européens - l'Anglais James Cook, le Hollandais Tasman, les Français Bougainville et La Pérouse -, "découvrent", au XVII ème et au XVIII ème siècles, les mers et les terres du Pacifique, après l'Espagnol Balboa en 1513 et la traversée du "Grand Océan" par le Portugais Magellan en 1520-1521, ils ne pénètrent pas dans un espace vide d'habitants.
Emietté à l'extrême avec ses milliers d'îles réparties dans trois grands ensembles géographiques et humains - la Micronésie (les îles de l'exiguïté), la Mélanésie (les îles de la négritude), la Polynésie (les îles de la multitude) -, le Pacifique était depuis bien longtemps un espace de circulation et de migrations. Dans le Pacifique, des distances immenses ne sont pas incompatibles avec des relations de proximité; elles en représentent plutôt la forme spécifique.
Ces mouvements de populations, commencés il y a plusieurs dizaines de milliers d'années, contribuèrent au peuplement de ce continent insulaire qu'est l'Océanie avant de constituer la trame d'intenses échanges de biens et d'objets culturels entre les îles, dont certains, conservés jusqu'à aujourd'hui, témoignent de la singularité d'une civilisation.
Le contact de ces sociétés premières, caractérisées par l'état de nature de leurs peuples, avec des explorateurs venus, pour reprendre l'expression de l'écrivain français Michel Butor, de "l'autre côté de l'autre bout renversé du monde", fut souvent rude, dès lors que l'intérêt des Européens pour le Pacifique ne fut plus seulement scientifique, géographique, religieux ou ethnographique.
Née dans le Pacifique à partir de la traversée de Magellan, la volonté européenne d'expansion universelle, après s'être affirmée en Amérique, en Asie et en Afrique, va s'accomplir en Océanie dès la fin du XVIII ème siècle, puis surtout au XIX ème siècle. Les dominations coloniales se multiplient au gré des rivalités et de la compétition entre les puissances alors dominantes : l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la France, les Etats-Unis.
Pour ce qui la concerne, la France, à partir du milieu du XIX ème siècle, va affirmer sa souveraineté sur les trois territoires qui s'inscrivent aujourd'hui encore dans l'espace institutionnel de la République. A Tahiti, la présence française, à la demande de la reine Pomaré, prit à l'origine la forme d'un protectorat (1842); il en fut de même à Wallis-et-Futuna à la requête des rois d'Alo, de Sigave et de Wallis (1887). En Nouvelle-Calédonie, la prise de possession eut lieu le 24 septembre 1853.
Dans un premier temps, ces archipels sont organisés en Etablissements français d'Océanie, sous l'autorité d'un gouverneur dépendant directement de Paris. La Nouvelle-Calédonie y est, elle-même, rattachée avant la création en 1860 de deux établissements distincts. Le premier statut concernant le "gouvernement de la Nouvelle-Calédonie" intervint en 1874. Il resta pour partie en vigueur jusqu'en 1976.
S'il crée une économie de comptoir ou accompagne, comme en Nouvelle-Calédonie, la mise en valeur de la richesse minière (en l'occurrence le nickel), le système colonial se caractérise aussi à l'égard des peuples d'origine par la dépossession foncière, l'exclusion sociale, la non-existence civique et la négation culturelle. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, les Kanaks en Nouvelle-Calédonie n'avaient ni droits politiques ni droits civils.
C'est cette réalité que le Préambule de l'accord de Nouméa, signé le 5 mai 1998 par le gouvernement français et ses deux partenaires politiques calédoniens, a voulu prendre en compte. En affirmant que le moment était venu de "reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière", ce document, pour reprendre l'expression du Premier ministre, Lionel JOSPIN, "porte un regard lucide sur le passé", condition de l'établissement de la confiance dans l'avenir. D'autres pays, notamment dans le Pacifique, vous le savez, ont porté ce même regard sur leur propre histoire.
Moral, culturel, identitaire, le réveil de la conscience océanienne à partir des années 1960-1970 est aussi politique. Le mouvement d'émancipation et de décolonisation, qui touche principalement l'Afrique et l'Asie, s'étend progressivement au Pacifique. Toutes les puissances présentes dans la région sont amenées à en tenir compte, chacune à son rythme, en fonction des liens historiques existant entre les populations et des volontés politiques rencontrées.
Mon propos se limitera, cela va de soi, à brosser à grands traits l'évolution politique et institutionnelle dans les territoires français du Pacifique, principalement en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, pendant cette période.
Concernant la Nouvelle-Calédonie, deux dates-témoins, marquant deux actes politiques majeurs, jalonnent cette évolution: 26 juin 1988, signature des accords de Matignon; 5 mai 1998, signature de l'accord de Nouméa.
Dans sa "Lettre à tous les Français", François MITTERRAND, Président de la République, écrivait à la veille de l'élection présidentielle de 1988 :" La Nouvelle-Calédonie avance dans la nuit, se cogne aux murs, se blesse. La crise dont elle souffre rassemble, en miniature, tous les composants du drame colonial. Il est temps d'en sortir".
Après plusieurs décennies d'incompréhension, d'épreuves et de drames, les accords de Matignon, signés le 26 juin 1988 par Michel ROCARD, Premier ministre, Jacques LAFLEUR pour le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) et Jean-Marie TJIBAOU pour le Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS) ont ouvert une perspective nouvelle pour la Nouvelle-Calédonie, garantissant une paix durable fondée sur la coexistence et le dialogue et reposant sur un développement économique, social et culturel équilibré de l'ensemble du territoire.
Ces accords font suite au drame d'Ouvéa, à un moment où la Nouvelle-Calédonie est au bord de la guerre civile. La " mission du dialogue " formée par les grandes familles spirituelles et philosophiques de France, à l'initiative de Michel ROCARD, a permis de briser les incompréhensions et les haines. Il est à l'honneur des dirigeants calédoniens, d'origine européenne et mélanésienne, d'avoir surmonté leurs oppositions pour accepter " une poignée de mains " symbole d'une nouvelle période. On sait qu'un an après, Jean-Marie TJIBAOU, dirigeant visionnaire, allait être assassiné à Ouvéa même.
Sur la période de dix ans couverte par les accords de Matignon, la Nouvelle-Calédonie a connu une stabilité institutionnelle sans précédent dans l'histoire récente du territoire. Sans précédent aussi était le fait que ce statut ait été négocié avec les principales forces politiques de Nouvelle-Calédonie et non octroyé depuis Paris, et que le peuple français dans son ensemble l'ait approuvé directement par référendum. Clin d'¿il de l'histoire: la loi référendaire commença à s'appliquer en Nouvelle-Calédonie le 14 juillet 1989, date du deux centième anniversaire de la Révolution française...
Les accords de Matignon prévoyaient l'organisation au bout de dix ans d'un scrutin d'autodétermination réservé aux populations " intéressées " de Nouvelle-Calédonie. Assez vite cependant s'imposa le sentiment que, compte tenu de la situation particulière de ce territoire, où existent deux populations d'importance comparable - une réalité parfois méconnue à l'extérieur -, un tel scrutin risquait de raviver les tensions, de figer les opinions et, par conséquent, de marquer une régression.
Ainsi, dans la fidélité profonde aux accords de Matignon, où chacun avait accepté "non plus de vaincre, mais de convaincre", se fit jour l'idée d'une "solution consensuelle". L'accord de Nouméa, signé le 5 mai 1998 par Lionel JOSPIN, Premier ministre, Jacques LAFLEUR et Roch WAMYTAN, président du FLNKS, définit les termes de ce consensus en même temps qu'il fonde de nouvelles relations entre la Nouvelle-Calédonie et la France.
Mieux que tout autre commentaire, l'appréciation portée par les signataires calédoniens eux-mêmes sur cet accord traduisent au plus près l'esprit qui les anime dans cette démarche commune. Le 5 mai 1998, à Nouméa, devant un parterre de chefs de gouvernement et de représentants de la plupart des Etats de la région, Roch WAMYTAN, parlant d'un "pacte fondateur", déclarait solennellement au nom du FLNKS: " Cette solution est bien adaptée à la complexité du problème calédonien, pour une fois bien posé. Ce n'est pas un énième statut, il s'agit bien de la mise en place d'un pays appelé à évoluer politiquement."
Pour sa part, Jacques LAFLEUR, au nom du RPCR, affirmait: "Cet accord est l'expression sincère d'un désir de vivre et de construire ensemble une Nouvelle-Calédonie dans laquelle chacun se reconnaisse. La Nouvelle-Calédonie va pouvoir ainsi être actrice et non plus spectatrice de son destin."
L'accord de Nouméa définit pour vingt années l'organisation politique de la Nouvelle-Calédonie, qui cesse d'être un territoire d'outre-mer au sens de l'article 74 de la Constitution française, et précise les modalités de son émancipation. La Nouvelle-Calédonie, en tant que collectivité territoriale spécifique au sein de la République, est désormais inscrite dans la loi fondamentale sous le titre :"Dispositions transitoires relatives à la Nouvelle-Calédonie".
Cet accord de Nouméa a été approuvé à une très large majorité par les Calédoniens eux-mêmes le 8 novembre 1998 : 71,8 % de oui.
L'accord ouvre une nouvelle étape marquée par la reconnaissance de l'identité kanak et par un partage de souveraineté avec la France.
Les modalités d'une plus grande prise en compte de l'identité kanak dans l'organisation politique de la Nouvelle-Calédonie passent par l'amélioration du statut et du droit coutumiers et une meilleure reconnaissance du rôle des autorités coutumières, reposant notamment sur la création d'un Sénat coutumier, la protection et la valorisation du patrimoine culturel kanak, des mesures relatives au régime des terres et l'adoption de signes identitaires exprimant la place essentielle de l'identité kanak du pays dans la communauté de destin acceptée.
En ce qui concerne les institutions, l'un des principes de l'accord de Nouméa est la reconnaissance d'une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie pouvant se transformer, après la fin de la période d'application de l'accord, en nationalité, s'il en était décidé ainsi. Pour cette période, la notion de citoyenneté fonde les restrictions apportées au corps électoral, en particulier pour la consultation finale, ainsi que les dispositions pouvant être prises pour préserver l'emploi local.
Conformément à ce que prévoit l'accord de Nouméa, le Congrès du territoire, élu le 9 mai dernier, a désigné à la proportionnelle un Gouvernement collégial de onze membres, responsable devant lui. Le président de cet exécutif, élu le 28 mai, est Monsieur Jean LEQUES, l'actuel maire de Nouméa.
Le pouvoir exécutif est donc partagé entre les grandes forces politiques du pays.
Le Congrès pourra, à une majorité qualifiée des trois cinquièmes, prendre des délibérations, dites "lois du pays", dans les matières définies dans la loi organique, et soumises au seul contrôle du Conseil constitutionnel.
La souveraineté partagée signifie le partage des compétences entre l'Etat et la Nouvelle-Calédonie. Le transfert des compétences sera progressif à compter du 1er janvier 2000, selon un calendrier défini, modulable par le Congrès. Les compétences transférées par l'Etat le seront de façon définitive. A la fin du processus, l'Etat ne conservera que les compétences régaliennes : justice, ordre public, défense, monnaie, ainsi que, sous réserve de certaines dispositions, les affaires étrangères.
Sur le plan économique, la Nouvelle-Calédonie sera mise à même de disposer d'une maîtrise suffisante des principaux outils de son développement. A cette fin, l'Etat a favorisé la participation récente d'intérêts calédoniens dans la Société Le Nickel (SLN), à ce jour unique compagnie productrice de métal du territoire, ainsi que dans Eramet, actionnaire principal de la SLN.
Des établissements publics nationaux intervenant seulement en Nouvelle-Calédonie deviendront des établissements des établissements publics de la Nouvelle-Calédonie. Il en sera ainsi, par exemple, de l'Office des postes et des télécommunications ou de l'Agence de développement rural et d'aménagement foncier.
Les relations extérieures, domaine qui concerne tout spécialement les rapports de la Nouvelle-Calédonie avec ses voisins du Pacifique, méritent une attention particulière. Dans les domaines de compétence de l'Etat, les autorités de la République peuvent confier au président du gouvernement de Nouvelle-Calédonie les pouvoirs lui permettant de négocier et signer des accords avec un ou plusieurs Etats, territoires ou organismes régionaux du Pacifique et avec les organismes régionaux dépendant des institutions spécialisées des Nations unies. A défaut, en vue d'une meilleure prise en compte des intérêts propres de la Nouvelle-Calédonie, le président de son gouvernement ou son représentant pourra être associé ou participer au sein de la délégation française aux négociations et à la signature d'accords de même nature.
Dans les domaines de compétence de la Nouvelle-Calédonie, le congrès peut autoriser le président du gouvernement à négocier, dans le respect des engagements internationaux de la République, des accords avec un ou plusieurs Etats, territoires ou organismes régionaux du Pacifique et avec les organismes régionaux dépendant des institutions spécialisées des Nations unies.
L'accord prévoit également que le président du gouvernement et, le cas échéant, les présidents des assemblées de province sont associés ou participent aux négociations relatives aux relations entre la Communauté européenne et la Nouvelle-Calédonie.
La Nouvelle-Calédonie pourra, avec l'accord des autorités de la République, être membre, membre associé d'organisations internationales ou observateur auprès de celles-ci. Ainsi, dès cette année, si elle le souhaite, elle pourrait être admise comme observateur au sein du Forum du Pacifique Sud. Enfin, la Nouvelle-Calédonie pourra disposer d'une représentation auprès de la Communauté européenne, ainsi qu'auprès des Etats ou territoires du Pacifique.
Au terme du processus, ouvert par les accords de Nouméa, une consultation électorale sera organisée au cours du quatrième mandat du Congrès, commençant en 2014. La consultation portera sur le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes détenues par l'Etat, l'accès à un statut international de pleine souveraineté et l'organisation de la citoyenneté en nationalité. En cas de réponse négative, une nouvelle consultation pourra être organisée selon une procédure définie dans la loi organique.
La France reconnaît donc, on le voit, la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de la période d'application de l'accord de Nouméa, d'une complète émancipation.
Le 26 août 1988, à l'Hôtel de ville de Nouméa, le Premier ministre, Michel ROCARD, appelait à relever un défi qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, disait-il, n'a pas eu de précédent :" réussir une décolonisation dans le cadre des institutions de la République". Pouvons-nous dire aujourd'hui que ce défi a été gagné ? Je le pense.
Avec l'accord de Nouméa s'est ouverte une nouvelle étape. Les conditions politiques sont désormais posées pour la refondation d'un contrat social entre toutes les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie et pour un partage de souveraineté avec la France, sur la voie de la pleine souveraineté, si les Calédoniens en décident ainsi.


(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 15 juin 1999)
La Polynésie française va connaître une évolution parallèle à la Nouvelle-Calédonie, à la mesure de son histoire qui a connu des rythmes différents.
Composée de cinq archipels regroupant environ 130 îles, îlots et atolls, la Polynésie française représente 3521 km2 de terres émergées réparties sur à peu près 4 millions de kilomètres carrés d'océan pour une population d'environ 225 000 habitants. Dans l'imaginaire culturel français, Tahiti et la Polynésie s'identifient au mythe des "mers du Sud" et des îles "accueillantes" toujours abusivement comparées au Paradis.
Sur le plan institutionnel, la Polynésie française est un Territoire d'outre-mer au sein de la République française doté d'un statut d'autonome actuellement défini par la loi organique du 12 avril 1996. Dès 1977, les lois statutaires relatives à la Polynésie française ont fait référence à la notion d'autonomie, qualifiée d'abord d'autonomie de gestion, puis dans la loi de 1984 d'autonomie interne.
Face au courant indépendantiste qui reste minoritaire, le concept d'autonomie a regroupé tous ceux qui voulaient une évolution dans la République française. Le député Francis SANFORD, leader polynésien lui a donné sa dimension contemporaine dans les années 1960-1970. La majorité des Polynésiens se reconnaissent dans ce principe, alors qu'en Nouvelle-Calédonie, les leaders tant européens que kanak repoussent l'usage de cette expression.
Politiquement, en Polynésie Française le statut de 1996 n'a pas représenté une rupture par rapport à ceux qui avaient précédé, mais une continuité. Il repousse cependant à l'extrême les limites du concept d'autonomie, cette notion, en droit administratif français, désignant simplement le degré de liberté dont disposent les autorités décentralisées dans la gestion des affaires locales.
Les "avancées" apportées par la loi de 1996 sont cependant telles qu'on a pu parler à son sujet de "Constitution territoriale". Ainsi le Territoire détermine librement les signes distinctifs (drapeau, hymne, ordre) permettant de marquer sa personnalité dans les manifestations publiques officielles aux côtés de l'emblème national et des signes de la République.
Notons aussi que la langue tahitienne et les autres langues polynésiennes peuvent être utilisées, le français demeurant la langue officielle.
L'exécutif du Territoire est le gouvernement de la Polynésie française à la tête duquel se trouve le président du gouvernement. Celui-ci désigne des ministres et répartit leurs attributions. Cet exécutif est élu.
Le président du gouvernement de la Polynésie française dispose de compétences spécifiques en matière internationale. Ainsi, les autorités de la République peuvent lui délivrer pouvoir pour négocier et signer des accords dans les domaines de compétence de l'Etat ou du territoire avec un ou plusieurs Etats, territoires ou organismes régionaux du Pacifique et avec les organismes régionaux dépendant des institutions spécialisées des Nations unies. A défaut, le président du gouvernement est associé ou participe au sein de la délégation française aux négociations d'accords de même nature intéressant les domaines de compétence du territoire.
Considérant que ce régime original d'autonomie a atteint un point d'aboutissement, le gouvernement estime que le moment est venu de franchir une nouvelle étape dans l'affirmation du territoire pour répondre aux attentes des Polynésiens.
Une telle évolution suppose une réforme constitutionnelle. A la suite de discussions avec le gouvernement du territoire présidé par Gaston FLOSSE, un projet de loi constitutionnelle a été élaboré. Présenté devant le Conseil des ministres le 26 mai, il a été adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 10 juin, juste avant mon départ pour la Nouvelle-Zélande. Il devrait être voté définitivement à la fin de cette année ou au début de l'année prochaine. Il s'insérera alors dans la Constitution française sous le titre " dispositions relatives à la Polynésie française " après celui consacré à la Nouvelle-Calédonie. Nos deux territoires du Pacifique auront ainsi une place originale et reconnue dans la loi fondamentale. Dans notre système juridique monolithique, qui raisonne par grandes catégories, véritables moules institutionnels, c'est une innovation considérable.
Dans le cadre d'un nouveau statut de "pays d'outre-mer", les institutions locales de la Polynésie Française pourront disposer de compétences accrues par rapport à celles qu'elles exercent actuellement dans de nombreux domaines, tels l'exploration et l'exploitation des ressources de la mer, les communications, le régime des investissements étrangers ou la négociation relative aux dessertes maritimes ou aériennes. En matière internationale, les compétences de la Polynésie française seront comparables à celles de la Nouvelle-Calédonie. Elles pourront, en particulier, intégrer les organisations régionales, voire internationales.
L'assemblée de la Polynésie française pourra adopter des actes ayant le caractère de lois du pays, disposition déjà introduite, on l'a vu, dans l'accord de Nouméa. Enfin, la création d'une citoyenneté polynésienne contribuera à renforcer l'identité propre de ce pays d'outre-mer au sein de la République française. Les bénéficiaires de cette citoyenneté posséderont des droits spécifiques en matière d'accès à l'emploi, d'établissement pour l'exercice d'une activité économique et de protection du patrimoine foncier.
D'une façon appropriée à chacun des territoires, les évolutions en cours en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française traduisent la volonté de la France d'accompagner, conformément aux valeurs qui sont les siennes, le désir d'émancipation des populations auxquelles elle est historiquement liée. Cette démarche s'inspire pour beaucoup de l'esprit même du Pacifique. Plutôt que de figer les institutions dans une tradition de droit normatif, il s'agit de se placer dans une perspective d'évolution maîtrisée, nourrie d'un dialogue permanent.
Les transformations statutaires en cours dans les deux plus importants territoires français du Pacifique sont de nature, je crois, à renforcer la compréhension entre la France et ses partenaires de la région, compréhension troublée dans un passé encore récent par des malentendus. Cette coopération doit être d'autant plus soutenue qu'elle peut se développer dans un climat déjà aplani par la fin des essais nucléaires souterrains en Polynésie en janvier 1996, suivie de la signature de la France, en mars 1996, du traité de Rarotonga créant une zone dénucléarisée dans le Pacifique Sud et du Traité sur l'interdiction complète des essais (TICE).
L'ensemble de ces éléments crée des conditions favorables à l'insertion régionale de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française qui, avec le Vanuatu, forment un ensemble francophone de 500 000 personnes.
Avec la Nouvelle-Zélande et l'Australie, un véritable partenariat existe déjà fondé sur le partage d'intérêts et de préoccupations communes. L'une des traductions notables de cette politique de coopération a été la signature dès 1992 d'un accord de coordination des moyens disponibles de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la France (accord FRANZ) pour intervenir en cas de catastrophe naturelle : cyclones, tremblements de terre, ou tsunamis, dont malheureusement la région est coutumière.
Les moyens de sécurité civile fournis par la France sont, en premier lieu, ceux existant en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française. Cette coopération exemplaire a rapproché nos équipes et soudé la solidarité avec les Etats insulaires, où des actions humanitaires ont été menées ces dernières années: Tonga, Vanuatu, Papouasie-Nouvelle Guinée, frappée à quelques mois d'intervalle par la sécheresse due au phénomène El Nino et par un terrible tsunami.
En novembre 1998, il a été décidé de rendre nos relations de travail plus opérationnelles en échangeant nos procédures d'alerte et en accueillant nos équipes respectives dans des stages d'entraînement auxquels seraient conviés, le cas échéant, des représentants des pays insulaires.
Pour répondre aux besoins prioritaires des pays du Pacifique en matière de surveillance des pêches, la France, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont également convenu de répartir leurs moyens aériens respectifs entre les différents Etats insulaires demandeurs. C'est ainsi que les Forces françaises stationnées en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie sont sollicitées pour surveiller les zones économiques exclusives des Iles Cook, de Fidji et de Vanuatu.
Au cours des dernières années, la France et la Nouvelle-Zélande ont accru leur coopération au sein d'organisations régionales, telles que la Communauté du Pacifique ou le Programme régional océanien de l'environnement (PROE) et renforcé leur coopération au sein du groupe des bailleurs de fonds. L'effort financier, constitué de subventions et de prêts, fourni par la France au profit du développement des pays insulaires est de l'ordre de 25 millions de dollars.
Grâce à l'appui de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, la France, la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et la Polynésie française ont été associées à la négociation multilatérale sur la conservation et la gestion des espèces migratoires dans le Pacifique central et occidental. D'autre part, la France, au nom de ses trois territoires, a entamé en mars 1998 une négociation avec l'Agence des pêches du Forum afin de permettre l'accès des thoniers aux différentes zones économiques exclusives de la région. L'accord que nous espérons conclure comprendra un volet coopération.
Dans le domaine universitaire et celui de la recherche scientifique au service du développement, d'intéressantes possibilités de coopération existent. Elles pourraient prendre la forme, par exemple, d'une mise en réseau des projets et des actions mis en ¿uvre par les deux Universités françaises du Pacifique établies à Nouméa et Papeete et les institutions universitaires du Pacifique.
Nos instituts de recherche établis à Nouméa, l'Institut de recherche sur le développement (IRD, ex-ORSTOM), l'IFREMER, le CIRAD dans le domaine agricole, l'Institut Louis Malarde de Papeete dans celui des maladies tropicales ont vocation à être pour la région de véritables "centres de ressources", susceptibles d'engager avec leurs partenaires des programmes de recherche pluriannuels, autant que de répondre à des demandes ponctuelles de pays insulaires confrontés aux difficultés de leur environnement.
J'ai déjà évoqué les perspectives qui s'offraient à la Nouvelle-Calédonie par rapport au Forum du Pacifique du Sud. Compte tenu de l'évolution en cours, la Polynésie française devrait pouvoir bénéficier du même statut à l'occasion de la prochaine conférence des chefs de gouvernement prévue à Palau en octobre. J'ai eu l'occasion de dire à Monsieur Noel LEVI, secrétaire général de l'organisation, lors de sa récente visite à Paris, que la France, pour sa part, y était favorable.
Comme ce fut déjà le cas à plusieurs reprises dans le passé depuis 1991, le Forum a exprimé le souhait qu'une mission de pays membres se rende dans les prochains mois en Nouvelle-Calédonie. Le gouvernement français en a accepté le principe.
Les nouvelles compétences transférées à la Nouvelle-Calédonie et, prochainement, à la Polynésie française, dans le domaine des relations extérieures permettront à ces territoires d'accroître la densité de leurs relations bilatérales avec leurs voisins et partenaires naturels: pour la Nouvelle-Calédonie, le Vanuatu, avec lequel une convention-cadre existe déjà depuis 1993, l'Australie et la Nouvelle-Zélande; pour la Polynésie française, l'ensemble des Etats insulaires de sa zone d'influence.
" La nouvelle frontière " ?
Le Pacifique sera-t-il l'horizon du troisième millénaire? Les longues distances, l'étroitesse des marchés, la croissance démographique, l'économie de type agricole et l'absence corrélative d'industries et de services créateurs d'emplois n'encouragent pas à un optimisme excessif.
Cependant, les pays insulaires du Pacifique, parce qu'ils peuvent contrôler 30 millions de kilomètres carrés d'océan, dont les ressources halieutiques seront de plus en plus recherchées, et parce qu'ils offrent des relais en matière de télécommunications constituent pour l'avenir des espaces indispensables à l'expansion de l'économie mondiale.
Partie prenante dans la zone depuis au moins plus d'un siècle et demi, principal représentant de l'Union européenne, la France, avec la nouvelle Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, entend bien continuer à apporter sa part en faveur du développement du Pacifique insulaire.
Oui, la "guerre froide dans les mers chaudes" a pris définitivement fin ! En 1992, je participais à la première mission en Nouvelle-Zélande du groupe d'amitié parlementaire depuis 1984. A l'époque, on pouvait parler d'un " dégel " de nos relations. Il y avait une forte attente compte tenu de notre amitié traditionnelle. Je peux témoigner aujourd'hui d'une " embellie " et je m'en réjouis fortement au nom du gouvernement français.


(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 15 juin 1999)

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