Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur le rôle des jeunes entrepreneurs pour la création d'entreprises et d'emplois, sur la nécessité de développer l'esprit d'entreprise dans l'enseignement, sur l'organisation de rencontres entre responsables des mondes politique et économique et sur la préparation des journées "Tremplin entreprises", Paris le 8 mai 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur le rôle des jeunes entrepreneurs pour la création d'entreprises et d'emplois, sur la nécessité de développer l'esprit d'entreprise dans l'enseignement, sur l'organisation de rencontres entre responsables des mondes politique et économique et sur la préparation des journées "Tremplin entreprises", Paris le 8 mai 1999.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. RPR

Circonstances : 30ème anniversaire de la Confédération nationale des Juniors entreprises à Paris le 8 mai 1999

ti : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je suis à la fois très honoré et très heureux que vous m'ayez demandé de conclure la manifestation célébrant le trentième anniversaire de votre confédération, - la confédération des junior entreprises - car c'est pour moi l'occasion de témoigner tout l'intérêt que je porte aux entreprises, en particulier lorsqu'elles ont vocation à être animées par de jeunes entrepreneurs tels que vous.

Alors pourquoi, me direz-vous, le Président du Sénat s'intéresse-t-il autant aux entreprises ?

Tout simplement, parce que, pour moi, l'entreprise c'est l'emploi. Et l'emploi, comme vous le savez, est au coeur du débat public.

Or, il me semble que nous portons en France trop d'importance aux grandes réformes macro-économiques et pas suffisamment à l'environnement social et culturel dans lequel elles interviennent. Je suis en effet intimement persuadé que le niveau de l'emploi dépend davantage de la place des valeurs entrepreneuriales dans notre société que de grandes lois comme celle sur les 35 heures.

De ce point de vue l'entreprise et les entrepreneurs, qui sont pourtant la principale source de création de richesses et d'emplois, occupent une place insuffisamment élevée dans la hiérarchie de nos valeurs sociales. Preuve en est, me semble-t-il, que les créations d'entreprise dans notre pays diminuent depuis bientôt cinq ans. Elles étaient de l'ordre de 204000 en 1989. Elles ne sont plus aujourd'hui que de 166000.

En outre, les créations "contraintes", c'est-à-dire lorsque le créateur a pris sa décision parce qu'il ne trouvait pas de travail ailleurs, prennent désormais le pas sur le nombre de créations volontaires.

Enfin, trop nombreuses sont encore les entreprises qui ne passent pas le cap de la cinquième année.

Il y a donc bien un problème entre les Français et l'entreprise : nous ne créons pas suffisamment d'entreprises et les entreprises créées reposent dans leur très large majorité sur une seule personne ce qui est sans doute une fragilité qui les rend plus vulnérables.

D'où vient le mal ?

Du côté de la demande de projets d'entreprises, c'est-à-dire d'un déficit de capitaux prêts à s'investir dans des projets dont le succès n'est pas garanti ?

Du côté de l'offre de projets d'entreprises, c'est-à-dire d'un déficit d'entrepreneurs ?

Ou encore du côté de l'environnement de l'entreprise, c'est-à-dire principalement de la fiscalité, du droit des sociétés et de la réglementation sociale ?

De nombreuses études ont été réalisées sur cette question afin d'aider les décideurs publics. L'Agence pour la création d'entreprise a participé à certaines d'entre elles, je pense notamment à celle réalisée dans le cadre du "Salon des entrepreneurs". Que disent ces études ?

Tout d'abord, qu'il convient de relativiser le problème du financement. Certes, le pays se porterait mieux si une part plus substantielle de l'épargne de nos concitoyens s'investissait dans des projets porteurs d'avenir que sur les livrets A. Mais année après année, le capital-risque se développe dans notre pays et les fonds prêts à s'investir sur des projets risqués commencent à affluer.

Deuxième enseignement : il y a effectivement un problème du côté de l'environnement de l'entreprise. 80 % des entrepreneurs estiment que le poids des charges sociales constitue un frein au développement et 73 % considèrent que la rigidité de la législation sociale est un obstacle à la création d'entreprise.

Troisième enseignement, le principal verrou à la création d'entreprises réside dans l'insuffisance de projets d'entreprises. Pourquoi ?

Un premier élément de réponse tient certainement au fait que notre système éducatif forme des salariés, plus qu'il ne cultive les talents des entrepreneurs potentiels. Cela me semble vrai à tous les niveaux de l'enseignement et même - pardonnez moi - dans les écoles de commerce françaises où l'on a encore parfois trop tendance à apprendre aux jeunes lauréats à "chercher" un emploi, plutôt qu'à "créer" une entreprise.

D'où, en contrepoint, tout l'intérêt d'organisations comme la vôtre qui ont pour ambition de développer l'esprit d'entreprise et d'aider les jeunes entrepreneurs à passer à l'acte en leur montrant, par l'exemple, les mécanismes de la gestion d'une entreprise et la direction d'une équipe.

Or, s'il est vrai que l'esprit d'entreprise ne s'acquiert pas par l'enseignement, le système éducatif a néanmoins un rôle plus important à jouer dans la compréhension de l'entreprise, de son activité, de ses ressorts.

Que cela soit clair, il ne s'agit pas de polémiquer sur notre système éducatif et sur le rôle des enseignants qui bien souvent sont très désireux d'ouvrir leur enseignement sur le monde de l'entreprise. Non, il s'agit de réfléchir aux voies et moyens pour l'améliorer.

J'ai relevé du reste dans les différentes études quelque chose qui m'apparaît comme une faiblesse extraordinaire : les entreprises françaises reposent sur un seul homme. 76 % des entreprises créées en France n'ont aucun salarié.

Et si l'on y réfléchit bien, tout notre système éducatif privilégie la réussite individuelle sur l'esprit d'équipe, les connaissances livresques sur les expériences pratiques. Sans parler du tropisme des élites françaises envers l'Etat.

Tout se passe comme si les enfants de notre pays devaient jouer leur avenir sur un seul coup, un peu à quitte ou double.

C'est ce que l'on pourrait appeler le bonapartisme éducatif : très jeune, très vite, très haut. Cela peut donner parfois de bons résultats. Cela aboutit aussi à des Waterloo de la finance, de l'assurance ou de l'industrie.

Face à cela, l'école de l'entreprise est une école formidable. Car on y apprend que la valeur des hommes tient moins à la qualité de leurs diplômes qu'à leur expérience et à leur savoir faire. La valeur se prouve tous les jours, pas seulement celui du concours. L'échec n'est pas forcément rédhibitoire. Il peut être au contraire source d'enseignement et permettre à ceux qui en sortent de devenir plus forts. Enfin, il y a place pour tout le monde dans les entreprises, du dirigeant aux détenteurs de savoir manuel.

Nous aurons donc fait un grand pas en avant lorsque les enfants de ce pays comprendront - mais je prêche sans doute à des convertis - que la meilleure façon de diriger une entreprise c'est encore de la créer.

Il n'en reste pas moins encore beaucoup à faire et c'est la raison pour laquelle j'inaugurerai, la semaine prochaine, mon premier "déplacement entreprise" à Sophia-Antipolis, afin d'amener quelques lycéens dans les entreprises, leur faire rencontrer des entrepreneurs et leur dire, qu'à côté des grands concours de la fonction publique, existe une autre "voie royale" : celle de l'entreprise.

Ceci parce que je pense que nous, hommes politiques, de droite comme de gauche, portons notre part de responsabilité dans l'insuffisante diffusion de l'esprit d'entreprise. C'est la raison de ma présence ici parmi vous. Nous les hommes politiques avons un rôle important à jouer pour promouvoir les valeurs entrepreneuriales.

Certes, ce rôle est difficile et ingrat, parce qu'agir sur la dimension culturelle des choses suppose d'avoir de solides convictions ; parce que l'on peut difficilement y attacher son nom comme on le fait généralement au moyen d'une loi ; parce qu'enfin cela nécessite non seulement d'être présent dans les enceintes parisiennes mais aussi d'aller en province. Or, toutes ces conditions, qui sont autant d'handicaps pour un gouvernement, quel qu'il soit, soumis à la pression quotidienne des médias, font partie des valeurs sénatoriales.

Toutes ces raisons m'ont conduit à vouloir placer l'entreprise au coeur des actions et des réflexions du Sénat.

Au coeur des réflexions bien sûr, puisque c'est la vocation du Sénat, qui dispose de la durée et de l'expérience, que de réfléchir aux grands sujets de sociétés et de servir, en quelque sorte de laboratoire d'idées.

De fait, l'assemblée que j'ai l'honneur de présider produit déjà des rapports et des propositions de loi de qualité sur le sujet. Je pense, entre autres exemples, aux travaux de Philippe Marini sur le droit des sociétés, à la proposition de loi de mes collègues Jean-Pierre Raffarin et Francis Grignon sur la création d'entreprise ou aux différents rapports de René Trégouët sur les technologies de l'information, ainsi qu'à son combat pour réhabiliter les "stocks options", lors de l'examen récent du projet de loi sur l'innovation.

Placer l'entreprise au coeur des réflexions du Sénat ne doit donc pas conduire à réinventer ce que nous faisons déjà. Il s'agit au contraire de trouver de nouvelles formes d'intervention afin d'approfondir notre réflexion sur ce thème et de la sorte essayer d'éclairer l'avenir.

C'est ainsi que je souhaite organiser en janvier 2000 des "rencontres parlementaires de l'entreprise" qui ne soient pas un colloque de plus sur l'esprit d'entreprise mais qui soient de véritables rencontres entre responsables des mondes politique et économique. Pour ce faire, je souhaite que des sénateurs aillent, en préalable, passer quelques jours à côté des chefs d'entreprise pour mieux comprendre leurs difficultés, leurs problèmes ou leurs réussites. Inversement, des chefs d'entreprise pourront suivre, pendant quelques jours, les pas d'un sénateur afin de mieux comprendre les exigences et les contraintes de la vie politique.

A côté de cela, je souhaite également que le Sénat agisse en faveur de l'entreprise. Nos concitoyens en ont assez des beaux discours qui ne sont jamais suivis d'effets. De ces montagnes que l'on déplace et dont on s'aperçoit après coup qu'il ne reste que quelques cailloux au creux de la main.

Il faut donc que nous soyons capables de montrer l'exemple. C'est l'objet en particulier de l'opération "Tremplin-entreprises" qui se tiendra au Sénat les 29 et 30 juin prochains.

Cette opération, dans laquelle toute l'institution sénatoriale s'est investie, est organisée en partenariat avec l'ESSEC. Ce n'est du reste peut-être pas le fruit du hasard, puisque j'ai bien remarqué que l'ESSEC avait été à l'origine de la première "Junior entreprise" en France. Ce n'est du reste pas non plus un hasard si l'on retrouve un peu toujours les mêmes dans ce genre de manifestations. Je pense en particulier à l'Agence pour la création d'entreprise et au journal "Les Echos" qui ont bien voulu s'associer à l'opération "Tremplin-entreprises".

De quoi s'agit-il ? Vous trouverez, je crois, des plaquettes dans vos dossiers. Mais je ne résiste pas au plaisir de vous présenter succinctement cette opération dont l'objet est de présenter vingt projets innovants de création ou de développement d'entreprise à des investisseurs.

Les vingt entrepreneurs derrière ces projets seront sélectionnés sur dossier et auront la possibilité de les présenter à l'ensemble des investisseurs présents. Ils seront aidés en cela par des professionnels. En regard, les investisseurs auront la certitude de voir des dossiers sérieux et nouveaux. Chaque projet bénéficiera, en outre, d'un concours financier ou humain de la part des organismes ou institutions associés à cette manifestation. Au-delà de cette aide, qui pour une fois ne prendra pas la forme d'un apport de fonds publics, "Tremplin-entreprise" a pour objectif de susciter des vocations d'entrepreneur et de promouvoir les valeurs entrepreneuriales.

Ce ne sera peut être qu'un petit pas, un petit tremplin. Mais au moins il aura le mérite d'exister et de témoigner de l'attachement des sénateurs à la cause de l'entreprise. Il n'y a que les combats que l'on n'engage pas que l'on est sûr de perdre et, assurément, le combat pour la liberté et la responsabilité qui sont au coeur des valeurs entrepreneuriales fait partie des combats qui méritent d'être livrés.

Je vous remercie de m'avoir écouté et je souhaite longue vie à votre Confédération.


( Source http://www.senat.fr le 20/09/99 )

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