Déclaration de Monsieur Christian Poncelet, président du Sénat, sur la sensibilisation des jeunes au métier d'entrepreneur et la nécessité d'ouvrir l'enseignement sur le monde de l'entreprise, Sophia-Antipolis le 12 mai 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Monsieur Christian Poncelet, président du Sénat, sur la sensibilisation des jeunes au métier d'entrepreneur et la nécessité d'ouvrir l'enseignement sur le monde de l'entreprise, Sophia-Antipolis le 12 mai 1999.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. RPR

Circonstances : Visite de M. Poncelet à Sophia-Antipolis le 12 mai 1999

ti : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je suis très heureux et très honoré d'être ici aujourd'hui, puisque le tout premier de mes déplacements "jeunes en entreprise" coïncide avec le trentième anniversaire de la technopole Sophia-Antipolis. A cette occasion, je souhaite rendre hommage publiquement à mes collègues et amis, les sénateurs Charles Ginésy, président du conseil général, et Pierre Laffitte, pour leur action commune en faveur de la technopole de Sophia-Antipolis.

Je souhaite également, remercier le directeur général de cette technopole, M. Gérard Passera, pour avoir bien voulu organiser et rendre possible ce déplacement, ainsi que tous les entrepreneurs qui ont accepté de jouer le jeu et de nous consacrer un peu de leur temps.

De quoi s'agit-il exactement ?

Je suppose que lorsque vous avez été conviés par vos professeurs pour rencontrer le Président du Sénat vous avez été surpris. Certains d'entre vous se sont peut être dit : "le Président du Sénat ne connaît pas notre belle région et souhaite s'évader des questions parisiennes". "Il dit qu'il vient pour nous parler des entreprises, mais en réalité il a choisi un bon prétexte pour venir au Festival de Cannes".

Et bien non, je ne souhaite pas faire du tourisme dans votre belle région que, du reste, je connais déjà fort bien. Et de surcroît, je n'irai pas au Festival de Cannes. Si je suis venu ici aujourd'hui c'est pour écouter, pour comprendre et surtout pour susciter en vous un intérêt en direction des entreprises et des entrepreneurs.

Beaucoup d'entre vous sont en effet à un âge où ils vont devoir prendre une décision grave, une décision importante qui va engager pour une bonne part, le restant de leur vie. Vous allez devoir répondre à la question cruciale que nous nous sommes tous posés à un moment ou à un autre : "Qu'est-ce que je veux faire dans la vie ?"

Certains ont déjà des idées bien arrêtées sur la question. Un tel veut devenir médecin. Tel autre veut devenir architecte. Tel autre encore veut passer des concours administratifs et devenir fonctionnaire pour faire plaisir à ses parents, pour prouver sa valeur ou parce que c'est tout simplement une bonne façon d'obtenir un emploi et, surtout, de le garder. Beaucoup ne savent sans doute pas encore exactement ce qu'ils veulent faire et suivront l'orientation que leur indiqueront leurs professeurs. Quelques uns, enfin, ont déjà fait un choix et s'y sont engagés résolument.

Mais combien d'entre vous se sont-ils dit : "Moi, dans la vie, je veux être entrepreneur" ? Si l'on faisait un sondage dans cette salle, je suis prêt à prendre le pari qu'il y en aurait fort peu.

Or, être entrepreneur c'est passionnant, comme l'ont montré les personnes que nous avons rencontré ce matin. Et c'est précisément pour cela que j'ai souhaité vous réunir aujourd'hui afin que vous puissiez les rencontrer, leur poser toutes les questions que vous souhaitez et vous faire prendre conscience que ce qu'ils font est intéressant et que si vous le souhaitez, vous pouvez le faire aussi.

Alors, comment devient-on entrepreneur ? Et d'abord, qu'est ce qu'un entrepreneur ? Est-ce quelqu'un qui travaille dans les nouvelles technologies, comme ceux que nous avons rencontrés ce matin ? Oui, sans doute. Mais pas seulement. Ce peut être aussi un fabricant de pneumatiques, tel François Michelin, un fabricant d'avions, tel Marcel Dassault, un fabricant de voitures comme le furent Monsieur Peugeot ou Monsieur Renault. Tous ces grands messieurs de l'entreprise ont su donner leur nom à un produit connu et reconnu dans le monde entier. Du reste un grand restaurateur, un grand jardinier, un grand couturier sont aussi des entrepreneurs. Je crois savoir que vous en avez quelques uns de célèbres dans la région.

Il y a donc autant de formes d'entreprises que de secteurs dans l'économie et l'on ne peut définir l'entrepreneur par le métier qu'il exerce. C'est du reste pour cela qu'il n'y a pas d'école d'entrepreneur. Il y a bien des écoles de commerce ou d'ingénieurs, nous en avons ici des représentants, dans lesquels on enseigne les différentes techniques de gestion des entreprises et dans lesquelles, on vous sensibilise, généralement en fin de parcours, à la création d'entreprises. Il y a bien ce que l'on appelle des "junior-entreprises". J'étais précisément, samedi dernier à Paris, invité à présider le trentième anniversaire de leur confédération.

Mais combien de fois vous êtes vous entendus dire par vos professeurs, par vos amis, par vos parents : "pourquoi ne deviendrais tu pas entrepreneur "? Le nombre de réponses positives, là encore, doit être très faible.

Au lieu de cela, on vous a sûrement dit : si tu ne travailles pas bien, que feras tu lorsque tu devras "chercher" un emploi.

Personnellement, je trouve cette expression terrible, car elle est au c¿ur du problème du chômage. Et c'est aussi pour cela que je suis venu ici aujourd'hui. Car il y a effectivement des emplois qui se trouvent. Mais rien ne vaut les emplois qui se créent. Et par les temps qui courent, vous risquez d'attendre longtemps avant de "trouver" un emploi. Non, aidez-vous et le ciel vous aidera. D'où l'importance d'entreprendre.

Un entrepreneur c'est, me semble-t-il, d'abord et avant tout un porteur de projet. C'est quelqu'un qui soudain a une idée, comme par exemple ceux que nous avons rencontrés ce matin, et qui va tout mettre en ¿uvre pour la réaliser. Car au début de toute entreprise il y a une idée et, derrière cette idée, une passion.

L'entrepreneur, c'est quelqu'un, qui va savoir s'entourer d'une équipe, car généralement, on ne peut pas tout faire soi-même. L'entrepreneur d'aujourd'hui ce n'est pas celui qui voit tout, qui sait tout ou qui prévoit tout. L'environnement juridique, technologique, économique est devenu tellement complexe que ce serait pure vanité de l'esprit que de le croire. Le grand art de l'entrepreneur est au contraire de savoir réunir autour de lui des compétences, des talents différents mais complémentaires : un comptable, un vendeur, un ingénieur, un juriste, etc. C'est quelqu'un qui va savoir motiver son équipe, qui va réussir à tendre toutes les énergies et toutes les volontés vers un même but. C'est aussi un capitaine capable de tenir la barre dans les coups durs.

Un entrepreneur, c'est enfin quelqu'un qui va réussir à trouver les financements nécessaires à la réalisation de son projet et au recrutement de son équipe. Or généralement, l'entrepreneur n'a pas d'argent. Il va donc lui falloir convaincre ceux qui en ont de lui faire confiance. Le manque d'argent ne doit donc pas décourager l'entrepreneur. C'est un état normal de la création.

Alors voilà pourquoi je suis venu ici, dans cette technopole, la première de France, créée à l'initiative d'un de mes collègues - le sénateur Pierre Laffitte - qui a été et reste un législateur d'avant garde dans bien des domaines, en particulier dans celui de la création d'entreprises. Dans cette technopole, qui sert de modèle à beaucoup d'autres en France et qui est aujourd'hui géré par un établissement présidé par un autre sénateur, Charles Ginésy. Comme vous le voyez, les sénateurs ne sont pas aussi ringards qu'on veut bien le dire.

Je suis venu pour vous dire tout cela et pour vous faire partager cette passion de l'entreprise qui m'anime.

Or, s'il est vrai que l'esprit d'entreprise ne s'acquiert pas par l'enseignement, le système éducatif - et je m'adresse là à M. le Recteur de l'académie de Nice que je remercie d'avoir bien voulu participer à cette manifestation - le système éducatif a, me semble-t-il, un rôle plus important à jouer dans la compréhension de l'entreprise, de son activité, de ses ressorts.

Il ne s'agit pas pour moi de critiquer notre système éducatif ni les enseignants qui bien souvent font ce qu'ils peuvent avec les moyens qu'on leur donne et qui dans bien des cas sont très désireux d'ouvrir leur enseignement sur le monde de l'entreprise. Non, il s'agit de réfléchir aux différentes voies et moyens pour l'améliorer.

Car si l'on y réfléchit bien, tout notre système éducatif privilégie la réussite individuelle sur l'esprit d'équipe, les connaissances livresques sur les expériences pratiques. Tout se passe en effet comme si vous deviez jouer votre avenir sur un seul coup, un peu à quitte ou double, en présentant le baccalauréat de la "bonne série", le bon concours, la bonne école... C'est ce que l'on pourrait appeler le bonapartisme éducatif : il faut aller très vite, très jeune, très haut. Cela peut donner parfois de bons résultats. Cela aboutit aussi à des Waterloo de la finance, de l'assurance, ou de l'industrie.

Face à cela, l'école de l'entreprise est une école formidable. Elle apporte l'expérience, cette dure école où chacun est assuré de retenir quelque chose. Elle y enseigne que les diplômes, les concours sont des conditions nécessaires, mais pas suffisantes pour réussir et que la valeur des hommes se prouve tous les jours, pas seulement celui du diplôme ou du concours. L'échec n'est pas forcément rédhibitoire. Bien sûr, il vaut mieux réussir du premier coup. Mais l'échec peut être utile, s'il donne le courage de se relever. Enfin, il y a place pour tout le monde dans les entreprises, du dirigeant aux détenteurs de savoir manuel.

Et c'est pour vous dire tout cela que je suis venu ici. Parce que je suis persuadé que nous aurons fait un grand pas en avant lorsque les enfants de ce pays comprendront qu'une belle façon de réussir dans la vie, c'est de créer son entreprise.

Alors pourquoi, me direz-vous, le Président du Sénat s'intéresse-t-il autant aux entreprises ? Il a sûrement des arrières pensées. C'est un homme politique. Et bien oui, je suis un homme politique, c'est à dire que je m'intéresse aux affaires de la République. Or, pour moi, l'entreprise c'est l'emploi. Et l'emploi, comme vous le savez, est au c¿ur du débat public.

C'est pourquoi, j'ai souhaité que l'assemblée que j'ai l'honneur et la charge de présider, le Sénat, montre autrement que par des discours son engagement en faveur de l'entreprise et donc de l'emploi. Il faut en effet que nous les hommes politiques, de droite comme de gauche, soyons capables de montrer l'exemple.

C'est aussi pourquoi, avec le concours de mon collègue et ami Pierre Laffite, j'ai souhaité que le Sénat lance une opération, en partenariat avec une école de commerce, l'ESSEC, afin d'aider concrètement les jeunes entrepreneurs, porteurs de projets, à trouver des financements. Cette opération qui s'appelle " Tremplin-entreprises " se tiendra au Sénat les 29 et 30 juin prochains. Toute l'institution sénatoriale s'y est investie, en particulier mes amis et collègues Charles Ginésy, José Balarello et Jacques Peyrat.

Ce ne sera sans doute qu'un petit pas, un petit tremplin. Mais au moins il aura le mérite d'exister et de témoigner de l'attachement des sénateurs à la cause de l'entreprise. Et de prouver que les hommes politiques ne savent pas seulement faire des discours mais s'engager concrètement dans les combats qu'ils estiment devoir être menés.

Il n'y a que les combats que l'on n'engage pas que l'on est sûr de perdre et, assurément, le combat pour la liberté et la responsabilité, qui sont au c¿ur des valeurs entrepreneuriales, fait partie des combats qui méritent d'être livrés.

Je vous remercie de m'avoir prêté votre attention et si, un jour, ne serait-ce qu'un seul d'entre vous devient entrepreneur, créé des emplois et des richesses, je pense que je n'aurais pas fait ce déplacement en vain.


(Source http://www.senat.fr, le 20/09/99)

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