Déclaration de Monsieur Christian Poncelet, président du Sénat, sur l'association entre le Sénat et l'Essec pour mettre en rapport des entrepreneurs innovants et des investisseurs privés, Paris le 29 juin 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Monsieur Christian Poncelet, président du Sénat, sur l'association entre le Sénat et l'Essec pour mettre en rapport des entrepreneurs innovants et des investisseurs privés, Paris le 29 juin 1999.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. RPR

Circonstances : Journées "Tremplin entreprises" au Sénat les 29 et 30 juin 1999

ti : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir ici au Sénat, pour ces premières rencontres Tremplin Entreprises. Cette initiative revêt en effet, pour moi, une importance toute particulière en raison de son double aspect novateur et emblématique.

Novateur, Tremplin Entreprises, l'est à maints égards.

C'est, tout d'abord, la première fois qu'une assemblée parlementaire, incarnation du pouvoir politique, s'associe à une grande école de commerce - l'ESSEC - qui contribue à former les cadres économiques de notre pays. Cette association a certainement de quoi surprendre. J'y vois, pour ma part, une belle démonstration de complémentarité, de ce que, ensemble, responsables politiques et économiques peuvent accomplir quand ils décident de conjuguer leurs forces et leurs talents et jouent, chacun à leur place, leur partition dans l'intérêt du pays.

Novateur, Tremplin Entreprises l'est aussi en ce qu'il démontre que l'on peut faire oeuvre utile tout en étant respectueux des deniers publics. Cela grâce à tous nos partenaires, sans qui cette opération n'aurait pas été possible, et qui ont tous apporté à cette opération leur savoir faire particulier, leur complémentarité au service des entrepreneurs candidats, aussi bien ceux sélectionnés que ceux non sélectionnés. A tous ces partenaires, simplement, mais du fond du coeur, un grand merci.

Novateur, enfin, parce que Tremplin Entreprises n'est ni un concours, ni un colloque de plus sur l'esprit d'entreprise, fait par des gens qui - il faut bien le dire - ne savent bien souvent de l'entreprise que ce que disent les livres. C'est au contraire une initiative qui se veut concrète, qui se veut utile et dont l'ambition ultime est de placer les entreprises et les entrepreneurs au coeur du débat public.

C'est du reste en cela que j'y vois, également, une opération emblématique. Car les vraies vedettes aujourd'hui, ce ne sont ni les sénateurs, ni les représentants de l'ESSEC, ni, pardonnez moi, tous nos partenaires. Ce sont les entrepreneurs. C'est pour eux que cette opération a été conçue. Ce sont eux qui en tireront les fruits. Et plus l'on parlera d'eux, plus l'on fera naître de vocations chez le plus grand nombre et progresser la cause de l'entreprise dans notre pays.

Alors oui, cette opération est emblématique, parce qu'elle veut montrer que les hommes politiques, en tous cas les sénateurs, ne savent pas seulement tenir de beaux discours, mais qu'ils savent s'engager au travers de leur institution, et personnellement, dans une cause qu'ils estiment juste. Je pense en particulier à mes amis et collègues Pierre Laffitte et René Trégouët, qui ont consacré beaucoup de leur temps et de leur énergie à ce projet et qui ont montré aux autres membres du comité de sélection que les sénateurs étaient - passez moi l'expression, mais elle me semble en l'occurrence justifiée - parfaitement "câblés" sur le capital risque, l'internet et les nouvelles technologies. Je pense également à mon ami et collègue Philippe Adnot, grâce à qui nous avons pu contacté une jeune start up de la technopole de l'Aube - Okenite animations - qui a créé spécialement pour nous l'animation visuelle que vous venez de voir.

Emblématique, enfin, Tremplin Entreprises l'est aussi car il agit sur ce segment, qui est sans doute le plus ingrat pour des hommes politiques, mais aussi le plus important de l'action publique : la culture.

Il y a en effet des problèmes fiscaux et réglementaires qui font que la création d'entreprise est plus difficile dans notre pays qu'ailleurs. Le Sénat y travaille, à sa façon et à sa place qui n'est pas celle de conduire la politique de la Nation, mais qui est celle d'un contre pouvoir, chargé de faire en sorte que les décisions publiques soient prises en connaissance des causes et des effets.

Mais ces aspects fiscaux et réglementaires ne sont qu'un élément du grand puzzle de la création d'entreprise. Notre pays regorge en effet d'industriels créatifs et inventifs. Sa main d'oeuvre est parmi les plus qualifiées du monde. Il dispose de surcroît d'atouts considérables que lui ont légué l'histoire et la géographie. Malgré cela, année après année, le nombre de créations d'entreprises diminue depuis 1994. Cela parce que notre pays n'est pas une terre d'entreprise et que les hommes politiques, de droite comme de gauche, n'ont pas réussi à réconcilier les Français avec l'entreprise et à créer un environnement dans lequel les gens aient envie d'entreprendre. Or ce sont les entrepreneurs qui créent des emplois durables. Pas l'Etat. Il est juste qu'ils en tirent les bénéfices.

C'est donc bien sur le plan culturel que se situe le vrai combat. Car notre culture est forte et vise avant tout à préserver les acquis sociaux. C'est une culture de la distribution et pas de la production. De l'égalité, avant la liberté. Le problème est que nous sommes allés tellement loin dans la distribution, dans l'égalisation, que nous avons découragé ceux qui veulent produire et qu'ils décident maintenant de s'en aller vers des cieux plus reconnaissants.

Car au fond, ce que demandent, avant tout, les entrepreneurs, ce ne sont pas des subventions ou des aides publiques. Mais de la reconnaissance. La reconnaissance de leurs idées, de leurs projets, des difficultés qu'ils rencontrent à les mettre en oeuvre et de leur volonté de les surpasser.

Dans ce contexte, Tremplin Entreprises peut apparaître comme une initiative modeste, puisqu'en définitive seulement 20 entrepreneurs bénéficieront d'une aide substantielle : la possibilité de rencontrer des investisseurs privés, qu'il s'agisse de professionnels, comme certains d'entre vous, ou de personnes physiques, ceux que l'on appelle les "business angels" et dont l'activité est encore insuffisamment développée dans notre pays.

Mais même si seulement la moitié de ces entrepreneurs, sur les 160 qui ont été sélectionnés, pouvaient créer ou développer leur entreprise grâce à cette manifestation, je pense que nous aurions pleinement atteint notre objectif.

Tremplin Entreprises est donc une initiative modeste. Mais sachez qu'elle n'est pas isolée. D'autres initiatives sénatoriales en faveur des entreprises suivront ou ont déjà commencé. Et puis, au moins, c'est un début, un commencement, un souffle. Et les grandes choses souvent n'ont pas de grand commencement.

Pour nous avoir aidé, l'ESSEC et le Sénat, à apporter ce souffle nouveau dans la vie publique, je tiens à vous redire, tout simplement, mais du fond du coeur, comme le font les gens de chez moi, un grand merci.


(Source http://www.senat.fr le 20/09/99)

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