Interviews de M. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, à l'Agence algérienne de presse (APS) le 28 juillet 1999 et à l'hebdomadaire algérien "Algéria-Magazine" le 6 août, sur les relations bilatérales, la relance de la coopération entre la France et l'Algérie, le partenariat entre le Maghreb et l'Union européenne, la paix au Proche-Orient, la reprise des vols d'Air France en Algérie et la réouverture des consulats. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, à l'Agence algérienne de presse (APS) le 28 juillet 1999 et à l'hebdomadaire algérien "Algéria-Magazine" le 6 août, sur les relations bilatérales, la relance de la coopération entre la France et l'Algérie, le partenariat entre le Maghreb et l'Union européenne, la paix au Proche-Orient, la reprise des vols d'Air France en Algérie et la réouverture des consulats.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Voyage de M. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, à Alger les 29 et 30 juillet 1999.

ti : DECLARATION
A L'AGENCE ALGERIENNE DE PRESSE
(APS)
(Paris, 28 juillet 1999)


C'est avec un très grand plaisir et un très grand intérêt que je viens aujourd'hui à Alger.

Le président de la République et le gouvernement français souhaitent relancer et développer de façon très concrète nos relations bilatérales dans le plus grand nombre de domaines possible avec le président Bouteflika et le gouvernement qu'il nommera. Nous avons beaucoup de choses à faire ensemble. L'Algérie est un partenaire stratégique important de la France. Nos relations ont vocation à être denses et fructueuses pour nos deux pays, dans le respect mutuel. Elles peuvent devenir sereines ; elles ne seront jamais banales.

Dès mon arrivée au ministère des Affaires étrangères, j'ai eu le souci de préparer ce nouveau chapitre. Je suis heureux et encouragé par ce nouveau contexte, très prometteur.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 2 août 1999)

ENTRETIEN AVEC L'HEBDOMADAIRE ALGERIEN
"ALGERIA-MAGAZINE
(Alger, 6 août 1999)


Q - les relations algéro-françaises ne semblaient pas au beau fixe. Quelles sont les principales conclusions que vous tirez de votre récente visite à Alger ?

R - Les choses avaient déjà commencé à bouger par exemple depuis deux ans, dans le domaine des visas dont le nombre s'accroît très régulièrement, quasiment un doublement chaque année depuis 1997. Mais la situation actuelle est tout à fait nouvelle. C'était le sens de ma visite. Bien sûr les relations entre nos deux pays seront toujours chargées d'une forte dimension effective, voire passionnée et ne seront jamais "banales" mais elles peuvent être plus sereines, plus normales. La France, le président et le gouvernement souhaitent des relations étroites, denses et fructueuses avec l'Algérie. Au cours de ma rencontre avec le président Bouteflika j'ai constaté que sa détermination dans ce sens était très grande et que ces objectifs étaient partagés.

Q - Si une amélioration s'annonce au regard d'une place privilégiée pour la France dans la coopération avec l'Algérie, quels seraient, selon vous, les chantiers immédiats à lancer dans cette perspective ?

R - La France et l'Algérie ont beaucoup de choses à faire ensemble. Nous sommes décidés à ouvrir de nouvelles perspectives dans nos relations avec l'Algérie. Nous espérons rénover la coopération bilatérale entre nos deux pays. Quant aux grands chantiers, certains sont bien connus : le développement des échanges humains, les transports, les échanges croisés entre nos deux sociétés civiles. Mais n'oublions pas les échanges économiques, les perspectives de coopération économique qu'il nous faut étudier sérieusement dans un environnement en évolution rapide.

Au cours de mon entretien avec le président Bouteflika, nous avons tout particulièrement abordé la question de l'enseignement, notamment supérieur, qui constitue un thème de coopération important.

Q - La COFACE continue à classer l'Algérie parmi les pays à risques. Les autorités algériennes et les opérateurs économiques considèrent ce classement injuste et pénalisant. Quelle appréciation faites-vous de cette donne ?

R - Je voudrais préciser que depuis le mois d'avril dernier, les Etats membres de l'OCDE ont décidé d'adopter un classement unique pour tous les pays y compris donc l'Algérie. Le taux de la COFACE est donc rigoureusement identique à celui pratiqué par l'Italie, l'Espagne, les Etats-Unis (c'est par exemple le même taux que pour le Brésil). Au cours de la réunion qui a fixé les taux applicables, nous avons plaidé pour que l'Algérie bénéficie d'un meilleur classement.

Q - Les rapports humains et culturels sont à ce point denses que l'on évoque à Alger une forme rénovée de la coopération. Quelle forme, selon quels schémas et pour quelle finalité ?

R - Nous sommes à un moment charnière des relations franco-algériennes : le moment est venu de refonder des relations y compris dans le domaine de la coopération. Le président Bouteflika m'a dit son souhait de relancer notre coopération dans tous les domaines. Cette rénovation doit reposer sur une analyse précise et actuelle des vrais besoins de l'Algérie d'aujourd'hui, à partir des demandes algériennes et se concevoir dans un esprit de respect mutuel.

Q - L'Europe du sud et le Maghreb sont liés par l'histoire et la géographie mais très peu par l'interdépendance. Que défendait la France au sein de l'Union européenne pour un partenariat positif ?

R - Les autorités algériennes nous ont transmis un message clair : la France a une place importante à tenir en Algérie, nos entreprises grandes, petites ou moyennes devraient s'y intéresser davantage, il en de même des autres pays de la Communauté européenne. La France est l'avocat au sein de l'Union européenne d'un partenariat euro-maghrébin plus actif.

Q - La paix au Proche-Orient est une préoccupation partagée pour l'Algérie et pour la France. Dans quel sens porterait la concertation entre les deux pays pour aider à la concrétisation des objectifs d'Oslo ?

R - La paix au Proche-Orient dépend d'abord des protagonistes du conflit. Il n'empêche que les pays européens ou arabes peuvent créer un contexte favorable à une paix équitable et ont intérêt à se concerter dans cet esprit.

Q - On annonce un retour proche d'Air France en Algérie. Confirmez-vous ou non cette information ? Et à propos de la réouverture des consulats, pourriez-vous aussi le confirmer ?

R - S'agissant du retour d'Air France, le gouvernement y est favorable mais il s'agit là d'une décision qui doit être prise en dernière instance par les dirigeants de la compagnie. Une mission technique et de sécurité vient de s'achever juste avant ma visite. Ses résultats ont été très positifs. Je sais que les dirigeants de la compagnie envisagent le retour d'Air France, si tout est réglé comme je l'espère, à l'horizon de l'automne. Le consulat d'Alger n'avait jamais été fermé, il vient d'être entièrement rénové. J'ai annoncé au président Bouteflika la décision de principe de réouverture des consulats à Annaba, puis à Oran. Le centre culturel français sera ouvert aux universitaires et aux chercheurs à compter du 1er janvier prochain./.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 août 1999)

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