Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la politique et le patrimoine maritimes, Paris le 16 décembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la politique et le patrimoine maritimes, Paris le 16 décembre 1998.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. RPR

Circonstances : Remise du trophée du Word Ship Trust à l'association AMERAMI présidée par le sénateur Jacques Chauveau, au Sénat le 16 décembre 1998

ti : Monsieur l'Ambassadeur de Grande Bretagne,
Monsieur Jacques Chauveau,
Messieurs les ministres,
Monsieur le Chef d'Etat-major de la Marine,
Messieurs les Amiraux, britanniques, portugais et français,
Mesdames et messieurs,
Chers collègues,


Je voudrais tout d'abord vous souhaiter la bienvenue au Sénat et vous dire le plaisir que j'ai eu de répondre à l'aimable invitation de notre collègue, le sénateur Jacques Oudin, qui a voulu que ce soit ici que se déroule cette cérémonie.

Grâce à lui notamment et au groupe de travail sénatorial sur la politique maritime qui a accompli un travail considérable, le Sénat s'est signalé sur ces questions. La joie qu'il éprouve à vous accueillir n'en est que plus grande.

Cette joie est aussi un honneur. Pour vouloir être une grande nation maritime, la France ne l'est plus, ou pas encore tout à fait et elle doit payer à l'Angleterre, son tribut de respect. La France n'oublie pas d'ailleurs qu'elle a involontairement contribué à l'expansion de la flotte britannique puisque le Navigation Act d'Henri VI avait pour principal objet de donner le monopole de l'importation des vins de Bordeaux aux armateurs britanniques. C'est cette mesure, assez peu libérale, presque colbertiste, à laquelle on attribue la croissance de la flotte anglaise.

Le fait qu'une grande Fondation britannique, le World Ship Trust se déplace au Sénat, ait choisi de se doter d'un Président français, Jacques Chauveau et récompense une association française est donc pour notre pays un honneur.

Cela doit nous inciter à en être dignes et à travailler avec exigence pour que notre pays reste une grande nation maritime.

Elle l'est déjà en partie. Notre pays bénéficie de grandes compétences technologiques. Nos sous-marins, construits en pleine autonomie sont, à bien des égards, des prouesses techniques. En matière de propulsion nucléaire, y compris avec le Charles de Gaulle, en matière de propulsion nucléaire de surface, les exploits de nos ingénieurs sont salués. Peut-être avons-nous d'ailleurs sacrifié en contrepartie, les exigences de rentabilité commerciale au goût de la perfection technologique.

Notre marine de guerre - ce n'est pas l'Amiral Lefèvre qui me contredira- a montré dans tous les conflits récents ses grandes capacités opérationnelles. Elle pourra jouer pleinement son rôle dans le cadre de la nouvelle armée professionnalisée à condition naturellement que la Direction du Budget ne vienne pas sans cesse remettre en cause le contrat passé entre la Nation et son armée et rogner ses moyens d'équipement et de fonctionnement au-delà du supportable.

Le Sénat veillera à ce que les engagements soient respectés.

Notre marine marchande est hélas tombée très bas, au 27° rang mondial et l'on doit regretter que le dispositif des quirats, qualifié par la profession de " cap de bonne espérance ", et qui avait permis de mettre fin à la décroissance de la flotte française ait été remis en cause par l'actuel gouvernement peu de temps après son adoption.

Autant dire que notre pays n'a pas encore fait tout ce qu'il devait pour renouer avec une ambition maritime. C'est là que la cérémonie de ce soir prend tout son sens.

Il ne peut y avoir en effet de grande politique maritime sans politique du patrimoine maritime. La mer, les bateaux fascinent trop les hommes pour que l'on puisse envisager une quelconque politique qui ne puiserait pas ses racines dans l'histoire.

Dans l'armée de terre, les unités peuvent avoir des numéros ; dans la marine, les officiers sont fiers d'avoir commandé le Duguay-Trouin ou la Jeanne d'Arc.

En redécouvrant leur histoire maritime, les Français retrouveront le goût de l'aventure maritime. Une étude de l'IFREMER chiffre à près de 5 millions les visiteurs des établissements culturels touchant à la mer dont 1,7 millions de visiteurs dans les musées navals et les bâtiments musées. Ces chiffres, comme le succès des expositions de vieux gréements, montrent clairement l'intérêt de nos concitoyens pour le patrimoine maritime.

La preuve la plus éclatante de cet intérêt, c'est le succès de l'exposition consacrée à l'Argonaute à la Cité des Sciences de La Villette qui justifie pleinement la remise ce soir du Trophée à l'association que préside Jacques Chauveau, l'AMERAMI.

Transporter jusqu'à Paris l'Argonaute qui, pour être un petit sous-marin, pèse tout de même 400 tonnes était déjà une prouesse. Le restaurer et l'aménager pour la visite était une tâche délicate. Avec deux millions de visiteurs, le succès a été au rendez-vous. Il faut en féliciter votre association, la Direction des Constructions navales et le ministère de la Défense dans son ensemble.

Cette initiative spectaculaire sera, j'en suis sûr, une référence pour toutes les entreprises plus modestes qui seront entreprises. La création de la fondation du patrimoine maritime, dont je salue le président, Gérard d'Aboville, est à cet égard une heureuse nouvelle.

Il est bon en effet d'associer les initiatives publiques et privées pour sauvegarder tous les éléments du patrimoine maritime, qui est par nature fragile et coûteux d'entretien : bateaux, instruments de marines, cartes, chapelles votives, plans de construction de navires.

C'est ainsi que tous les Français qui chérissent la mer pourront redécouvrir la vocation maritime de notre pays et lui redonner un second souffle. Il y va aussi de l'avenir de nos régions littorales dont l'économie serait vivifiée si nos ports, modernisés, accroissaient leur activité.

Voilà pourquoi votre action patrimoniale est essentielle. En appui à tous ceux dont la mer est le métier qu'ils soient dans la marine nationale ou dans le civil, vous inscrivez leurs actions quotidienne dans la grande histoire de notre marine.

Beaucoup de termes de marine viennent de l'anglais ou du néerlandais. Il en est un - m'a-t-on dit - qui est occitan et qui désigne les " bonne voglie ", c'est-à-dire l'homme libre et de bonne volonté qui choisit de s'asseoir sur la galère auprès du forçat comme marinier de rame pour que le navire avance plus vite et l'aider. Monsieur Jacques Chauveau, vous êtes cet homme de bonne volonté.

Voilà les quelques mots que je voulais dire à l'occasion de cette remise de trophée. Mais parce que vous n'avez sans doute pas, pour reprendre l'expression poétique de Barbara, " la vertu des femmes de marins ", vertu de patience bien sûr, je n'abuserai pas davantage de la vôtre et vous propose de remettre à présent le trophée à M. Jacques Chauveau.

(source http://www.senat.fr, le 13 février 2002)

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