Déclaration de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, sur la deuxième loi sur la réduction du temps de travail, notamment sur la liberté d'entreprendre, la création d'emploi, les accords professionnels et le dialogue social, Paris le 4 octobre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, sur la deuxième loi sur la réduction du temps de travail, notamment sur la liberté d'entreprendre, la création d'emploi, les accords professionnels et le dialogue social, Paris le 4 octobre 1999.

Personnalité, fonction : SEILLIERE Ernest-antoine.

FRANCE. MEDEF, président

Circonstances : Réunion patronale (MEDEF et CGPME) contre la deuxième loi sur la réduction du temps de travail à la porte de Versailles, Paris le 4 octobre 1999

ti : Entrepreneurs de France, je vous le demande :

Qui se met à risque chaque jour pour produire les biens et les services qui font la richesse de la France ?

C'EST NOUS !

Qui par leur initiative, leur responsabilité, leur volonté, assure l'emploi de plus de 14 millions de Françaises et de Français ?

C'EST NOUS !

Qui finance l'essentiel de la protection sociale pour les salariés et leurs familles ?

C'EST NOUS !

Qui innove, forme, investit pour moderniser notre pays ? Qui assure la place de la France en Europe et dans le monde ?

C'EST NOUS !

Qui est considéré comme des adversaires et non comme des partenaires par ceux qui nous gouvernent ?
Qui n'en peut plus d'être ignoré, méprisé, menacé, taxé, surtaxé, suspecté ?

C'EST NOUS !

Qui a la volonté résolue d'assurer la réussite de notre nation, par la croissance durable et le plein emploi fondés sur l'entreprise française responsable, solidaire et libre ?

C'EST NOUS !

Qu'on nous entende et qu'on nous comprenne bien !

Nous avons une motivation : créer, faire vivre, développer chaque jour des centaines de milliers d'entreprises, responsables de millions de salariés, ouvriers, techniciens, agents de maîtrise, ingénieurs, chercheurs, cadres, collaborateurs.

Nous avons une mission : créer la richesse de notre pays. Produire tous les biens et tous les services qui assurent le niveau de vie des Français. Mobiliser toutes les ressources pour la croissance, l'emploi et le pouvoir d'achat.

Nous avons une ambition : la réussite de notre pays. Nous sommes les vrais responsables de l'avenir. La France relèvera les défis économiques, technologiques et sociaux grâce à nous, entrepreneurs et salariés. Autrement elle échouera. Nous n'acceptons pas qu'on engage la France sur la voie de son déclin.

Nous avons une aspiration : être entendus. Etre compris. Etre respectés, comme le sont les entrepreneurs des autres pays. Est-ce trop demander ?

En votre nom, je m'adresse à la Ministre, responsable de la loi qui rationne le travail dans notre pays. Je m'adresse aux Parlementaires qui vont l'examiner. Je m'adresse aux Françaises et aux Français auxquels on propose comme grande ambition nationale de travailler moins.

Madame Aubry, vous nous ignorez depuis que vous avez pris vos fonctions. Vous avez tort. Vous pensez que nous ne comptons pas ? Eh bien venez nous compter aujourd'hui ! Vous avez cru nous diviser ? Voyez notre unité ! Vous avez voulu distinguer les bons élèves des prétendus mauvais ? Voyez notre unanimité ! Reconnaissez l'échec de votre première loi qui a attiré à peine 1 % des entreprises.

Votre loi, tout le monde le sait, est une erreur.

Votre loi est ringarde. Elle est d'inspiration administrative et politique. Aucun pays développé au monde ne songe à imposer pareil carcan aux producteurs ! La France est là-dessus totalement isolée en Europe. Elle s'engage seule sur cette mauvaise route.


Votre loi est partisane. Elle ne vise pas l'intérêt général, mais la satisfaction d'exigences politiques minoritaires.

Votre loi est incompréhensible. Elle a été élaborée par des chefs de bureau, dans l'ignorance du monde des entreprises.

Votre loi est archaïque. Elle étouffera l'activité des entreprises sous les coups de tampon répétés de l'administration.

Votre loi est faussement sociale. Elle n'est pas conforme à l'intérêt des salariés qui savent que derrière les contorsions fiscales, les indemnités compensatrices et les subventions non sollicitées, les prélèvements nouveaux, les double smic, les heures supplémentaires rationnées, taxées et finalement non payées, la vérité s'imposera, simple, inévitable : 35 heures travaillées seront payées 35 heures et non 39.

Votre loi est antiéconomique. On ne peut gagner plus en travaillant moins : c'est le bon sens. Et on le sait dans les usines, les ateliers, les bureaux, les magasins et les centres de recherche. Et on sait qu'il est irresponsable d'imposer cette nouvelle contrainte à toutes les entreprises de France.

Et enfin, votre loi sera véritablement antisociale si elle substitue la règle administrative au dialogue entre partenaires sociaux responsables.
Qu'on ne s'y trompe pas. Pour nous, les lois Aubry sont des lois contre les entreprises. Elles portent atteinte à la liberté d'entreprendre.

Mesdames et Messieurs les parlementaires qui vous apprêtez à examiner la deuxième loi Aubry, votre préoccupation majeure n'est-elle pas d'attirer les entreprises dans votre circonscription ?

Pensez-vous que les entrepreneurs étrangers vont venir face à ce carcan de lois, décrets, circulaires qui s'appliqueront bientôt, uniques au monde ? Pensez-vous que les entreprises qui ont choisi notre pays pour s'y développer, y resteront longtemps ?

Pensez-vous que nos jeunes entrepreneurs, encore tentés par l' aventure de la création d'une entreprise, choisiront de s'installer chez vous ? Sachez que l'internet se moque des 35 heures, que l'euro abolit les frontières économiques, et qu'aucun jeune entrepreneur n'a envie de se retrouver devant les tribunaux pour n'avoir pas respecté l'ultimatum des pointeuses !

Pensez-vous qu'en créant trois nouveaux impôts sur les entreprises pour financer les 35 heures et en projetant de siphonner les caisses de l'assurance chômage et de l'assurance maladie pour financer votre usine à gaz, vous allez favoriser la création de nouvelles entreprises ?

Pensez-vous que la seconde loi des 35 heures va réellement créer des emplois, autrement qu' à travers des manipulations statistiques dérisoires ?

Pensez-vous sérieusement que la loi qui vous est soumise puisse effacer d'un seul coup les 118 accords professionnels que nous avons négociés avec nos partenaires syndicaux depuis un an, à votre initiative et qui concernent plus de 10 millions de salariés ? Ces accords signés par nos Fédérations et les syndicats de salariés représentatifs forment un ensemble contractuel considérable, à l'honneur du dialogue social.

Le vote en l'état de la loi Aubry constituerait une erreur historique, car le dialogue social serait bafoué, les partenaires sociaux désavoués, la régulation sociale désactivée. La première loi a été une erreur, la seconde loi serait une faute.

Mesdames et Messieurs les Parlementaires, la loi, ne doit pas casser le dialogue social. Vous pouvez le sauver. J'appelle le Gouvernement, le Parlement et l'ensemble des syndicats de salariés à reconnaître avec nous qu'il est fondamental de respecter tous les accords conclus. Il est temps, il est grand temps, il est encore temps. Si tel est le cas, le dialogue social reprendra toute sa place car nous savons qu'il est le creuset de la paix sociale et de la réussite économique. Les 35 heures qu'on nous impose, entreront alors progressivement dans la réalité française, quoi qu'il nous en coûte. Mais si vous bafouez les accords, alors nous lutterons sans relâche contre l'oukase. Vous en verrez les effets. Nous prenons date.

Dans d'autres domaines, par exemple, les fameuses nationalisations, on est revenu sur ce qu'on avait juré, par dogmatisme, devoir être éternel. Il en sera de même.

Je m'adresse maintenant aux Français.

Sans nous, les entrepreneurs et toutes leurs équipes, il n'y aura pas davantage de croissance et davantage d'emplois. Le plein emploi ne sera atteint qu'avec nous. Pas sans nous. Pas contre nous. Pour vous aujourd'hui, pour vos enfants demain. Et nous les entrepreneurs, quel que soit notre jugement sur le monde qui est, nous ne pouvons pas feindre, comme trop de politiques, de ne pas le voir.

L'Euro, les nouvelles technologies, la compétition mondiale, ne sont pas pour nous des thèmes de discours pour attraper vos voix, mais le monde réel dans lequel nous nous battons. Nos enjeux ne se règlent pas à coup de décrets, d'arrêtés et de circulaires publiés au Journal Officiel.

Nos enjeux se situent dans la réalité de la vie quotidienne : celle des financements à réunir, des échéances à respecter, des commandes à gérer, des parts de marché à conquérir, des clients à satisfaire, autant d'obsessions étrangères à ceux qui vivent sous les lambris des palais de la République.

La concurrence internationale n'est pas une notion virtuelle. Pour nous qui prenons des risques tous les jours, la concurrence internationale, c'est une réalité pressante, exigeante, incessante. Il est vain, illusoire et trompeur de prétendre y échapper en jetant des regards impuissants dans le rétroviseur de l'Histoire.

Sur tous les continents, dans tous les pays, on hausse les épaules à nous voir convaincus de pouvoir assurer notre avenir national en recourant à de vieilles méthodes administratives d'un monde dépassé, en subventionnant le recours au temps libre, en dévalorisant le travail, en augmentant les prélèvements obligatoires. Et certains se réjouissent même de voir notre pays s'engager dans des voies sans issue. Cela renforcera leur position économique. On se frotte les yeux de voir nos entreprises ballottées en fonction des humeurs des partis politiques, d'une réglementation à une autre, sanctionnées au gré de la conjoncture électorale.

Nous les entrepreneurs, sommes ici pour faire prévaloir les impératifs du monde réel. C'est en cela que tous les entrepreneurs ont un grand devoir, un grand dessein, une grande responsabilité.

A nous les entrepreneurs de convaincre nos élus, nos dirigeants, tout le corps social d'accorder désormais la priorité au développement des entreprises. C'est l'intérêt général de notre pays.

A nous les entrepreneurs de démontrer que les entrepreneurs sont des promoteurs de talent, des mobilisateurs de compétences, des créateurs de richesses, des innovateurs et des éclaireurs de l'avenir.

A nous les entrepreneurs de promouvoir les valeurs de l'entreprise, la liberté, la créativité, la responsabilité, l'esprit de conquête, le goût du risque, et de les faire partager par tous.

A nous les entrepreneurs de mobiliser les jeunes générations, de contribuer à leur formation, de les accueillir dans nos entreprises.

A nous les entrepreneurs d'innover dans toutes les entreprises pour mieux associer nos salariés, nos collaborateurs à leurs succès, à leurs réussites, pour les faire participer étroitement à leur développement.

A nous les entrepreneurs de faire comprendre que dans l'entreprise, il y a l'audace, l'imagination, la réalisation de soi. C'est dans l'entreprise qu'on trouve le courage de risquer, la passion de la perfection. C'est dans l'entreprise qu'il y a le goût de travailler ensemble, la fierté de réussir, la joie de gagner.

Le MEDEF vous invite à vous mobiliser, à vous battre pour tout cela. Il vous invite tous, dans vos usines, dans vos ateliers, dans vos régions, dans vos professions, à passer à l'action pour promouvoir l'esprit d'entreprise, pour valoriser l'activité productive, pour défendre la liberté d'entreprendre.

Partout dans le monde, les pouvoirs publics et les entreprises font cause commune pour assurer l'avenir de la communauté nationale. Partout dans le monde, on a abandonné les idéologies périmées inspirées de la lutte de classes. Partout dans le monde, on a cessé de faire de l'entreprise un objet de débats partisans. Partout dans le monde, on fait confiance aux entrepreneurs, à leurs salariés, aux partenaires sociaux, pour assumer la modernité.

Aujourd'hui, commence notre combat pour la conquête de l'opinion. De façon non partisane, organisons-nous pour compter lourd dans la société civile, dont nous sommes, avec les salariés, la force montante.

Pour cela, prenez avec fierté votre pleine place dans la société française. Associez-vous étroitement à la vie de la cité. Pénétrez activement dans les champs passionnants de la formation des jeunes. Faites connaître et comprendre notre rôle. Adhérez, militez dans les organisations territoriales et professionnelles. Soyez les promoteurs enthousiastes de l'entreprise et de ses valeurs.

Chacun de vous est porteur de la modernité et de la réussite de la France.

Pour la liberté d'entreprendre !

En avant l'Entreprise !

(source http://www.medef.fr, le 9 février 2001)

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