Déclaration de Mme Michelle Demessine, secrétaire d'Etat au tourisme, sur la nécessité d'offrir des perspectives d'évolution de carrière et de rémunération aux emplois-jeunes créés dans le secteur du tourisme, Paris, le 20 septembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Michelle Demessine, secrétaire d'Etat au tourisme, sur la nécessité d'offrir des perspectives d'évolution de carrière et de rémunération aux emplois-jeunes créés dans le secteur du tourisme, Paris, le 20 septembre 1999.

Personnalité, fonction : DEMESSINE Michelle.

FRANCE. SE au tourisme

Circonstances : Rencontre nationale "Nouveaux services - Emplois jeunes" , à la Cité Universitaire de Paris, le 20 septembre 1999

ti : Permettez-moi tout d'abord de vous souhaiter la bienvenue dans ce lieu prestigieux, la Cité Universitaire Internationale de Paris.

Lieu de mémoire, puisque depuis son édification il a vu y résider des gens aussi prestigieux que Jean-Paul SARTRE, Léopold SENGHOR ou Habib BOURGUIBA.

Lieu de culture car ici se mêle un patrimoine architectural dû à des architectes ou des décorateurs tels que LE CORBUSIER, Claude PARENT, Lucien BECHMAN ou Jean PROUVE.

Lieu d'échange car aujourd'hui 5.500 étudiants représentant 135 nationalités y sont accueillis.

Lieu d'étude et de débats bien évidemment comme celui qui nous réunit aujourd'hui.

Non pas de façon scolaire, mais bien en partant de votre vécu de nouveaux salariés du tourisme.

Cette rencontre nationale, je l'ai souhaitée avec la même détermination que j'ai lancé le programme "Nouveaux services - Emplois Jeunes" dans mon département ministériel.

Ce programme a pu également être mis en ¿uvre grâce au partenariat actif organisé entre l'Etat, les organismes et les institutions mobilisés par sa réussite.

Ainsi quatorze organisations grandes ou petites ont permis la réussite de cette première phase du programme.

J'ai souhaité, près de deux ans' après la mise en ¿uvre de ce dispositif faire le point de la situation, des problèmes rencontrés et donner "un nouvel élan" à cette démarche.

Mais, je n'aurai pu le faire sans vous les jeunes ni sans vos employeurs.

Permettez-moi d'inscrire cette réflexion dans un cadre plus large celui de l'évolution du secteur du tourisme dans son ensemble. En effet celui-ci est confronté à d'importantes mutations qui, rapidement esquissées, pourraient se résumer aux interrogations suivantes
Quelle forme de tourisme va-t-on voir se développer ?
Quels sont les besoins en matière d'emploi, de formation ?
De quels moyens disposons-nous pour intervenir ?
Vous le savez le tourisme, et vos origines géographiques en témoignent, s'appuie sur la diversité des lieux d'accueils de notre pays. C'est à la fois un tourisme de grandes infrastructures, la côte, la montagne, mais également un tourisme plus diffus s'appuyant sur la diversité du patrimoine architecturai et naturel.

Vous appartenez à un secteur qui occupe un million de salariés et génère un million d'emplois indirects.

Mais aligner des chiffres ne suffit pas si l'on ne précise pas les nouvelles attentes, les nouveaux modes de consommation de la clientèle, les nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés.

Dans un secteur économique, qui aujourd'hui représente 7,3 % du produit intérieur brut, génère un excédent de la balance de paiement supérieur à 70 milliards de francs, cela mérite d'être examiné.

Je pense notamment à l'évolution de la demande touristique tant en terme qualitatif que quantitatif.

Je pense également à l'exigence de qualité tant en terme d'accueil que de préservation des sites, de respect de l'environnement, des cultures et des traditions.

C'est bien en sachant répondre à ces attentes que le tourisme sera reconnu comme un secteur économique à part entière, créateur de richesses et d'emplois, en un mot comme un secteur d'avenir.

Cela passe prioritairement par la valeur et le savoir-faire des femmes et des hommes qui y travaillent.

C'est pourquoi à ma demande et celle de ma collègue Martine AUBRY, Ministre de l'Emploi et de la Solidarité, des propositions visant à améliorer la situation sociale des salariés saisonniers ont été présentées, il y a huit mois, par Monsieur Anicet LE PORS, ancien ministre, Conseiller d'Etat. Elles donnent lieu à un travail interministériel important.

Mais aussi et c'est peut-être davantage l'objet de la rencontre d'aujourd'hui, j'avais souhaité, avant même que ne se développe le dispositif et que les premiers contrats ne soient signés, que Monsieur Jean VILA, député des Pyrénées orientales, réfléchisse à la mise en ¿uvre de ce dispositif "Nouveaux Services Emplois Jeunes" dans le secteur du tourisme.

Son rapport remis le 16 octobre 1997, s'inscrivait dans les orientations suivantes : placer les ressources humaines au c¿ur de la démarche, contribuer à créer les conditions de solvabilisation de la demande, assurer, dans le cadre des créations d'activités nouvelles, la structuration de l'offre et la professionnalisation des emplois.

Deux ans plus tard, qu'en est-il de la réalité ?

Cette question et la réponse qu'on lui apportera est fondamentale car il s'agit de donner aux 4.500 jeunes dont 3.000 femmes, qui comme vous ont intégré le secteur touristique, des perspectives d'avenir.

Mais il s'agit de bien plus que cela : en répondant aux besoins en terme d'emplois de la jeunesse nous répondons également aux nouveaux besoins que je viens d'évoquer, qualité de l'accueil, qualité des lieux de vacances, aux nouvelles exigences des touristes, qui jusqu'a présent étaient insuffisamment ou peu traitées.

Votre présence le démontre.

L'engagement des 14 réseaux signataires d'accords cadres, le succès de ce plan, les 4.500 emplois créés témoignent toutefois incomplètement de la réalité. Car on ne peut dissocier certains métiers du tourisme des métiers de la culture et de l'environnement. C'est en réalité près de 15.000 emplois liés aux nouveaux services touristiques qui ont été créés en deux ans.

C'est une dynamique qui s'engage dont je souhaite l'amplification.

Pour autant, les thèmes de cette rencontre le montrent, la mise en place du dispositif "nouveaux services emplois jeunes" ne s'effectue pas sans que se posent un certain nombre d'interrogations.

Je pense d'abord au contenu des métiers exercés, à l'adéquation entre l'idéal et le réel, aux obstacles rencontrés dans la mise en ¿uvre des savoir-faire.

Je pense aussi au devenir des emplois créés.

Je demeure convaincue qu'en répondant aux enjeux du développement touristique, le dispositif "nouveaux services emplois jeunes" n'est pas la nième version d'un traitement social du chômage. Il s'agit bien à travers les nouveaux services exercés, d'un traitement économique de l'emploi, d'une dynamique de développement local et d'aménagement du territoire.

Cela implique que soient posées d'ores et déjà les questions de la pérennisation des emplois et des activités.

Je serai à cet égard très attentive aux propositions formulées par les acteurs de cette rencontre sur cet enjeu essentiel.

Je pense aussi à la formation et à la professionnalisation.

Le niveau de recrutement qui est le vôtre, c'est-à-dire pour plus de 85 % d'entre vous, supérieur au baccalauréat, témoigne d'un haut niveau de formation initiale. L'enjeu, est bien celui de la professionnalisation de l'emploi, qui vous permettra de vous insérer durablement dans le tourisme et de faire valoir, si vous le souhaitez, cette expérience dans d'autres secteurs.

Je n'oublie pas non plus l'évolution professionnelle et le statut : c'est de mon point de vue une question essentielle à travailler.

Je m'adresse là aux signataires des conventions cadres, qui devront veiller à une évolution des rémunérations en rapport avec le travail et le niveau de la formation des salariés. Peut-on en effet se satisfaire que 90 % de ces jeunes soient rémunérés à moins de 8.000 F brut par mois ?

Peut-on durablement assurer la qualité et la pérennité de l'emploi touristique avec des niveaux de rémunération ne correspondant pas au niveau de qualification ?

L'enjeu est d'importance car il conditionne la réussite de ce plan.

Toutes ces questions là, vous allez les travailler, les débattre tout au long de la journée dans les différents ateliers dont je viens de décliner trop sommairement les thématiques.

J'attends de cette rencontre que tous, vous vous exprimiez largement et peut-être en particulier vous les jeunes, sans ambages, sur votre métier, vos interrogations, vos attentes et vos difficultés.

J'attends également de tous les participants une capacité d'écoute et de dialogue, y compris sur les questions qui peuvent déranger.

Je suis sûre que ces rencontres créeront une nouvelle dynamique, pour ceux, qui encore trop nombreux, n'ont pas saisi cette opportunité à travers le recrutement d'emploi jeunes, de développer l'activité touristique dans leur commune, leur département, leur région.

Vous avez maintenant la parole. Prenez là. Proposez, débattez...

Ainsi nous progresserons ensemble. Car c'est bien d'avenir dont il est question ici.

Je vous remercie.


(Source http://www.equipement.gouv.fr, le 6 octobre 1999)

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