Déclaration de M. Pierre Moscovici, ministre délégué aux affaires européennes, à l'occasion de la remise du prix franco-autrichien "Joseph Roth" du journalisme, Paris le 29 septembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Pierre Moscovici, ministre délégué aux affaires européennes, à l'occasion de la remise du prix franco-autrichien "Joseph Roth" du journalisme, Paris le 29 septembre 1999.

Personnalité, fonction : MOSCOVICI Pierre.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

Circonstances : Remise du prix franco-autrichien "Joseph Roth"du journalisme à Mme Eva Twaroch le 29 septembre 1999

ti : Madame la Ministre,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les membres du Jury,
Chère lauréate,
Mesdames et Messieurs,

Quelques mots seulement pour vous dire que je suis très heureux de vous accueillir aujourd'hui, en présence de ma collègue et amie, secrétaire d'Etat autrichienne aux Affaires étrangères, Mme Benita Ferrero-Waldner, à l'occasion de la remise du prix franco-autrichien du journalisme.

J'aimerais souligner le caractère symbolique de la remise, ici, à Paris, du Prix Joseph-Roth et m'arrêter un instant sur ce très grand journaliste et écrivain autrichien. Exilé par le nazisme, Joseph Roth était venu chercher à Paris un refuge qui s'est révélé bien précaire, puisqu'il est mort, très jeune - il n'avait pas 45 ans -, en mai 1939, dans le plus grand dénuement, quelques mois seulement avant la Seconde guerre mondiale, où manquèrent de périr les idéaux européens qu'il avait si ardemment défendus.

En donnant son nom à ce prix, nous honorons aussi, chaque fois que nous le décernons, sa mémoire et rendons hommage à un des meilleurs connaisseurs de l'Europe de l'entre-deux-guerres. Cette Europe, Joseph Roth l'avait parcourue en tous sens : de Moscou à Marseille, de Berlin à Vienne, de Varsovie à Francfort, pour rassembler, avec un talent et une finesse d'observation sans pareils, tous les matériaux qui lui ont permis de dresser cette extraordinaire galerie de portraits que nous retrouvons dans ses romans - "La Marche de Radetzki", "La Crypte des Capucins" - mais aussi dans ses nombreuses nouvelles, comme "L'élève modèle", ou "La légende du saint Buveur" - définissant lui-même ainsi son oeuvre, je le cite : "Ce que j'aime, c'est la dimension privée de la vie. L'humanité dans sa simplicité et son intimité est plus importante, plus grande, et plus tragique que toutes les manifestations publiques de la vie."

Mais, tout en s'attachant à cette face cachée, intime, des êtres, il savait aussi mettre en scène les événements historiques dans le cours desquels ses personnages se trouvaient brusquement emportés, tragiquement ballottés, et qui donnent cette force particulière à ses récits.

Dans notre Europe aujourd'hui réconciliée, et près de cinq ans après l'adhésion de l'Autriche à l'Union, l'existence de ce prix est, pour moi, pour la France, une référence précieuse, à un double titre : par son nom, d'abord, qui stimule la mémoire des peuples européens et rappelle les valeurs pour lesquelles nous oeuvrons depuis près de cinquante ans ; par son objet, ensuite, ce prix récompense ceux qui travaillent à une meilleure connaissance de l'Autriche et de la France et des réalités de nos deux pays ; en un mot, il contribue ainsi à l'amitié entre nos deux peuples.

Les relations franco-autrichiennes sont très bonnes. Wolfgang Schüssel l'a dit l'an passé en remettant ce prix à Mme Françoise Lepeltier, journaliste au "Figaro". Notre rencontre de ce jour, Madame la Ministre, et la remise du prix "Joseph Roth", en présence de hauts représentants ainsi que de journalistes autrichiens et français, en témoigne aussi. Mais je veux dire ici que la qualité de cette relation se fonde aussi sur le travail que Mme Eva Twaroch, correspondante de la radiotélévision autrichienne à Paris accomplit depuis 1991, à laquelle je suis donc très heureux que le jury ait décidé de remettre ce prix.

Je veux d'abord, chère Madame, vous en féliciter très chaleureusement. Je sais que vous connaissez bien la France et les Français, puisque, après des études supérieures de français à l'université de Vienne et à celle d'Orléans, vous avez commencé votre carrière de journaliste à la rédaction française de "Radio Autriche international", avant de rejoindre Paris en 1991. Il y a donc une sorte de fil rouge dans votre carrière et dans vos études.

C'est pourquoi, en vous choisissant, le jury a voulu - et je crois que c'est un bon choix - vous récompenser pour un travail qui, à travers de nombreux reportages diffusés à la télévision, a contribué de façon très significative - c'est ce que me dit aussi l'ambassadeur de France à Vienne - à mieux faire connaître la France aux téléspectateurs autrichiens.

Par votre curiosité d'esprit et votre rigueur dans le choix et le traitement des sujets, qui reposent sur une connaissance approfondie de notre pays, vous avez su illustrer les multiples aspects de la vie française.

Je reconnais volontiers que la tâche n'était guère aisée : chacun des sujets que vous avez traités était l'expression même des passions - et parfois, dois-je le dire, des tumultes - de la société française.

Jugeons-en plutôt : vous avez traité, outre de la vie politique, bien sûr, sur laquelle il y a beaucoup de choses à dire, de sujets aussi divers que la campagne d'information sur l'euro, la semaine des 35 heures, le nucléaire, les essais du porte-avions "Charles de Gaulle", ou encore la réhabilitation de quartiers parisiens, pour ne citer que quelques exemples. Le choix de ces sujets - vous le savez - est au coeur du débat public en France, ce qui prouve d'ailleurs que vous avez bien choisi.

J'y insiste très sincèrement, vous avez fait preuve d'un grand sens de l'observation, d'une grande rigueur dans l'analyse, mais aussi - du moins me semble-t-il, bien que le jury qui vous a décerné ce prix soit sans doute mieux placé que moi pour le dire - d'une grande objectivité, en refusant toujours de vous accommoder des préjugés, des partis pris, des clichés, qui parfois collent à l'image de la France et contre lesquelles les gouvernements ont souvent du mal à lutter.

Mais à travers vous aussi, chère Madame Twaroch, je voudrais - si vous me le permettez - rendre hommage au travail effectué quotidiennement par vos collègues de la presse autrichienne basés à Paris, dont certains, que je salue cordialement, sont présents ici à vos côtés.

Enfin, cette petite cérémonie est aussi l'occasion de remercier les membres du jury pour leur dévouement et leur engagement et, en particulier, leur président, le professeur Lendvai, qui effectivement a dû, au dernier moment, se décommander pour des raisons privées, dont l'autorité est unanimement reconnue en Autriche comme en France, dont nous regrettons tous l'absence aujourd'hui pour des raisons personnelles.

Ma reconnaissance va enfin aux entreprises partenaires, la Bank of Austria - dont on me dit que son représentant va vous remettre un petit cadeau - et Air France. L'engagement et le soutien de ces partenaires sont tout autant déterminants pour le succès de ce prix, aujourd'hui et à l'avenir.

Pour conclure ces brefs mais très sincères propos, et avant de vous remettre le diplôme de lauréate du prix "Joseph Roth", je souhaiterais, chère Madame, vous dire - et le professeur l'a dit, donc je peux m'abriter derrière lui, - qu'effectivement le Prix va à une journaliste aussi talentueuse qu'attrayante et aussi vous adresser mes plus sincères félicitations pour la naissance le 30 juillet dernier à Paris, de vos deux filles, Alice et Juliette.

Nées à la veille du nouveau millénaire, je forme le voeu qu'elles connaissent, dans le siècle qui vient, une Europe de paix, de démocratie et de fraternité, au sein de laquelle la France et l'Autriche joueront tout leur rôle.

Je vous remercie de votre attention et je vous remets donc, Madame, ce diplôme en vous renouvelant mes plus sincères et mes plus amicales félicitations.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 01 octobre 1999)

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