Déclarations de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, sur les enjeux de la réunion du Parlement mondial des enfants et sur l'adoption du Manifeste de la jeunesse pour le XXIe siècle, à Versailles le 23 octobre 1999 et à Paris le 24 octobre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclarations de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, sur les enjeux de la réunion du Parlement mondial des enfants et sur l'adoption du Manifeste de la jeunesse pour le XXIe siècle, à Versailles le 23 octobre 1999 et à Paris le 24 octobre.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. PS

Circonstances : Séance plénière du Parlement mondial des enfants dans la Salle des séances du Congrès à Versailles le 23 octobre 1999 et séance solennelle d'adoption du Manifeste de la jeunesse pour le XXIe siècle à l'Assemblée nationale le 24 octobre

ti : Parlement mondial des enfants
Séance plénière du Parlement mondial des enfants,
Salle des séances du Congrès à Versailles,
le samedi 23 octobre 1999

Chers amis, députés juniors,

C'est un plaisir de vous accueillir ici dans la salle du Congrès du Parlement. Autour de nous, le Château de Versailles symbolise l'Histoire de France. Il évoque à la fois une histoire royale et notre histoire démocratique avec l'adoption, au moment de la Grande Révolution en 1789, de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui donna naissance, plus de 150 ans après, à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

C'est encore dans cette salle que les députés et les sénateurs français se réunissent lorsqu'ils doivent voter sur un projet de modification de notre charte suprême, la Constitution de la République.

Vous venez de 178 pays et vous représentez la jeunesse du monde. Comme les parlementaires adultes, vous avez déjà discuté au sein de vos commissions de travail, de vos ateliers. Vous allez maintenant défendre vos propositions, " parlementer ", c'est-à-dire utiliser votre parole et voter pour élaborer le manifeste que vous adopterez demain dans un autre lieu symbole de la démocratie française, là où siège l'Assemblée Nationale, à Paris.

Cette séance plénière que nous allons vivre ensemble est importante. Importante pour vous (et tous les jeunes) qui allez mettre au point le texte exprimant votre vision du XXIème siècle. Importante pour nous les adultes, auxquels ce texte est aussi destiné. Je suis heureux que vous ayez accepté de répondre à l'invitation que le Directeur général de l'UNESCO et moi nous vous avons adressée et ainsi de donner corps à ce projet un peu utopique que nous avons eu pour célébrer l'an 2000. J'en profite pour remercier chaleureusement toutes celles et tous ceux qui nous ont aidés à organiser ce Forum sans précédent.

Vous avez été très nombreux à participer à cette démarche : près de 400 classes, plus de 10 000 élèves dans la quasi-totalité des pays du globe ont, pendant plusieurs mois, réfléchi aux enjeux du XXIème siècle et tracé les pistes d'actions permettant de répondre à ces enjeux. Le Directeur général, Federico Mayor, et moi nous avons veillé à ce que le " Manifeste de la jeunesse du XXIème siècle " exprime votre voix, et seulement votre voix.

Chaque jeune a pu s'exprimer dans sa classe, chaque classe a pu présenter son projet et le défendre ici par votre intermédiaire. Vous avez été désignés par vos camarades en raison de votre ouverture d'esprit, de vos qualités humaines, de vos compétences linguistiques, de vos convictions. Merci d'assumer avec enthousiasme vos fonctions de députés juniors.

Les projets de manifeste que vous avez rédigés dans votre classe, le Manifeste définitif que vous allez maintenant choisir constituent des messages. Messages bien sûr pour le public rassemblé aujourd'hui autour de cet hémicycle et que je salue. Mais votre message s'adresse surtout à tous les jeunes, à tous les adultes du monde, en particulier aux responsables politiques, dirigeants d'organisations internationales, enseignants, parents, auxquels vous indiquerez le chemin que vous souhaitez suivre, car vous voulez surtout que votre message ne soit pas sans lendemain. Ce sera à nous d'entendre votre message et d'y répondre. Nous ne devrons pas vous décevoir.

Pourquoi en définitive un Parlement mondial des enfants pour le XXIème siècle ? Parce que le XXIème siècle sera, par définition, celui des jeunes d'aujourd'hui ; parce que, si on veut que le siècle nouveau marque des avancées, notre action devra être internationale et même universelle. Le prix Nobel de la Paix vient de couronner " Médecins sans Frontières " ; je crois que les parlementaires eux aussi doivent être " sans frontières ", parce que la plupart des problèmes sont désormais sans frontières. Non pas qu'il existe une uniformité entre les situations : la diversité est réelle, mais elle n'exclut pas l'universalité des besoins et celle des espoirs. Pour répondre à ces espoirs, nous devons nous appuyer sur une action mondiale : c'est pourquoi ce manifeste du XXIème siècle, qui devra être relayé et suivi, portera, je crois, une vraie espérance.

Le moment est venu maintenant de vous laisser la parole. Je déclare ouverte cette séance du Parlement Mondial des Enfants.

(Source http://www.assemblee-nationale.fr, le 28 octobre 1999)
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Parlement mondial des enfants

Séance solennelle d'adoption
du " Manifeste de la jeunesse pour le XXIème siècle ",
à Paris -Hémicycle du Palais Bourbon
le dimanche 24 octobre 1999


Monsieur le directeur général de l'Unesco,
Mesdames et messieurs les Ambassadeurs,
Et vous, jeunes collègues, députés du monde,

Nous sommes réunis pour adopter officiellement le Manifeste de la jeunesse pour le XXIème siècle que vous, députés juniors, vous avez bâti. C'est le terme d'un travail commencé il y a un an lorsque chacun d'entre vous, dans sa classe, avec ses camarades, a élaboré une contribution à l'¿uvre commune. Ces textes, vous les avez ensuite repris, discutés pour aboutir, après des votes libres dans l'hémicycle de Versailles, au Manifeste dont vous allez nous lire le contenu.

C'est un moment que je crois important pour nous tous. Non seulement parce qu'il s'agit du premier Parlement mondial des enfants. Mais aussi, précisément, parce que vous êtes des représentants de la jeunesse du monde, venus dessiner le visage que vous souhaitez pour le prochain siècle. Or plus de la moitié de la population de la planète, c'est-à-dire 3 milliards d'êtres humains, ont aujourd'hui moins de 18 ans ; c'est pourquoi nous avons pensé, le Directeur général de l'UNESCO et moi-même, que vous réunir et vous donner la parole, c'était une bonne façon d'aborder le XXIème siècle.

Nous avons imaginé cette manifestation -pour laquelle je veux remercier tous ceux qui y ont contribué- en songeant au Parlement national des enfants, qui rassemble chaque année ici des enfants de toute la France -et qui a fait des émules dans d'autres pays. Ils élaborent des propositions qui sont ensuite reprises par les parlementaires adultes et deviennent des lois. Nous n'en sommes pas encore là pour le Parlement Mondial des Enfants, mais nous veillerons à ce que votre Manifeste soit porté expressément à la connaissance de tous les chefs d'Etat et de gouvernement du monde, ainsi que auprès de la totalité des parlements de la planète. Il sera également présenté à l'ONU. J'en prends personnellement l'engagement. Les adultes ne doivent pas décevoir votre espérance.

Vous avez choisi pour vos travaux six thèmes : paix et non violence ; éducation ; environnement ; développement économique et développement humain ; solidarité ; culture, communication et dialogue interculturel. Ce sont effectivement des enjeux majeurs du XXIème siècle.

- Oui, le XXIème siècle sera le siècle de la connaissance. La première richesse des nations, ce sont bien les populations elles-mêmes, les hommes, les femmes, les jeunes et les talents qu'ils portent. Mais sans éducation, sans informations, sans culture, ce champ reste en friche. La grande leçon des nouvelles technologies de l'information dont vous demandez qu'elles soient accessibles à tous et moins chères, c'est qu'elles permettent de nouvelles façons d'apprendre, qu'elles donnent accès à de nouveaux savoirs, qu'elles peuvent surmonter les barrières géographiques et sociales, à condition que la " fracture technologique " entre les " connectés " et ceux qui ne le sont pas soit réduite.

L'école est bien entendu au c¿ur de ces évolutions. Vous demandez que soit garantie à tous la possibilité de recevoir une éducation de qualité, pour apprendre les savoirs fondamentaux, vous épanouir et préserver le pluralisme culturel. Quand on refuse ce droit à une seule personne, c'est le bien-être collectif que l'on réduit d'autant.

Personnellement, j'ai été frappé par le caractère central de l'éducation dans vos analyses et dans vos propositions. Votre Manifeste est à juste titre un Manifeste pour l'éducation, pour la qualité de l'éducation, pour la démocratie de l'éducation.

- Un souhait que beaucoup d'entre vous expriment avec force, avec urgence même, c'est que nous bâtissions le siècle des nouvelles solidarités.

Là aussi, vous avez raison : comment tolérer le fossé entre les pays développés et les pays en développement ! Comment accepter les ravages de la misère et de la maladie ! Comment supporter que, comme le relève la Banque mondiale, dans un monde globalement aussi riche que le nôtre" 1,3 milliards de personnes ne puissent pas se procurer de l'eau salubre, 2 milliards n'aient pas l'électricité et 3 milliards d'individus aient moins de 2 dollars par jour pour vivre " !

Les solidarités doivent concerner évidemment les pays les plus pauvres. Les politiques d'allégement ou d'annulation de la dette que vous réclamez doivent y contribuer. Un renforcement de l'aide au développement est indispensable pour l'éducation, les infrastructures et la santé. Je pense en particulier aux fléaux comme la drogue, sur laquelle vous insistez justement, et aux maladies les plus meurtrières comme le sida. Seules des interventions de la communauté mondiale permettront de soutenir puissamennet la recherche et de mettre au point des remèdes accessibles à tous.

De nouvelles solidarités devront également naître ou renaître dans les pays les plus développés. Les générations souvent s'ignorent ; les villes et les campagnes parfois s'éloignent ; les habitants de certains quartiers des villes se sentent à l'écart. L'intervention collective là aussi est légitime pour recréer le lien social et rééquilibrer les territoires. Votre générosité naturelle, que rien n'est venu pervertir, est juste et elle est magnifique.

- Nous devrons enfin faire en sorte -et vous le soulignez- que, contre toutes les démesures, ce siècle soit celui de la responsabilité.

J'ai aimé que dans votre Manifeste, loin d'attendre tout des autres, vous vous engagiez à prendre votre pleine part de l'action commune.

Vous refusez que nous puissions revivre les atrocités du XXème siècle, le siècle peut-être) le plus )cruel de l'histoire, le siècle des génocides, celui d'Auschwitz ou de l'épuration ethnique au Rwanda. Vous rejetez les guerres qui, pour reprendre la formule même du Manifeste, " anéantissent [votre] avenir et enterrent à jamais sous les ruines [votre] droit à la vie et au bien-être ". Ce point est essentiel dans le manifeste : le XXIème siècle devra être celui de la paix.

D'autres démesures sont à bannir, inédites, radicales. Vous n'avez guère abordé, parce que le sujet apparaît encore hypothétique, la démesure génétique (qui peut transformer les animaux, les végétaux et bientôt les hommes). Devront être inventées de nouvelles sécurités pour que les expériences d'aujourd'hui ne soient pas les perversions de demain.

Contre la démesure technique, vous souhaitez un nouveau développement qui, tout en préservant les intérêts des populations les plus pauvres, permette de garantir des règlessociales minimales.

Vous vous élevez vigoureusement contre la démesure environnementale - la déforestation, la désertification, la pollution de l'eau, la pollution de l'air, les risques nucléaires -. La communauté internationale devra mettre en place, ainsi que les collectivités locales, une action résolue et concrète pour la sauvegarde de l'environnement, pour la préservation de la qualité de la vie et de la bio-diversité. Votre manifeste est particulièrement insistant sur ce thème.

Les Anciens Grecs parlaient d'ubris, pour qualifier le comportement des hommes lorsqu'ils se voulaient aussi grands que les Dieux. Il s'agit d'éviter que, dans le mouvement même du progrès scientifique et technique, l'homme soit frappé de démesure, oublie la sagesse et la compassion.

Au fond, que vous veniez d'Europe, d'Afrique, d'Asie, d'Océanie, ou d'Amérique, que votre famille soit de la campagne ou de la ville, par delà vos différences, vous exprimez un même message : nous avons besoin, martelez-vous, d'un progrès à visage humain. En venant ici, en représentant les jeunes de votre pays, en travaillant tous ensemble, vous nous donnez un témoignage du sens des responsabilités dont votre génération saura faire preuve. D'aileurs votre écoute les uns des autres, votre générosité de comportement, la qualité de vos propositions pourraient servir d'exemples à bien des adultes.

Chers députés juniors,

Il y a entre vous des diversités de continents, de religion, de sexe, de langue,de couleur de peau, à l'image de la diversité du monde. Mais vous avez en commun votre attachement à la personne humaine et votre jeunesse. J'ai toujours été convaincu que les pays pouvaient se lire et se juger à travers le sort qu'ils réservent à leurs jeunes, particulièrement à leurs enfants. Vous nous dites que le XXIème siècle devra savoir résister et agir contre : contre les atteintes aux droits de l'homme ; contre le recrutement d'enfants soldats ; contre le travail des enfants ; contre les discriminations dont sont souvent victimes les femmes. Et aussi proposer, agir pour : pour l'éducation, pour l'alimentation, pour la santé, pour l'emploi, pour les libertés. Pourquoi n'y aurait-il pas dans chaque pays un Parlement des jeunes ? Pourquoi ne pourrait-on renouveler sur des thèmes précis cette réunion du Parlement Mondial des Enfants, afin d'être sûrs que le XXIème siècle soit celui des jeunes ? Le silence est l'ennemi de la démocratie, donc du développement. Parler des problèmes, comme vous l'avez fait, c'est déjà commencer à les résoudre.

" Nous forgerons notre futur lorsque nos rêves deviendront loi ", disait l'une de vos contributions. " L'action commence avec les jeunes " ajoute votre Manifeste. En vous écoutant, je suis convaincu que nous pouvons avoir confiance en l'avenir.
octobre octobre
(Source http://wwwassemblee-nationalefr, le 28 octobre 1999)

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