Déclaration de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, sur les réformes de l'enseignement professionnel pour le XXIème siècle, Lille le 29 septembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, sur les réformes de l'enseignement professionnel pour le XXIème siècle, Lille le 29 septembre 1999.

Personnalité, fonction : ALLEGRE Claude.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie

Circonstances : Colloque national "Un lycée pour le XXIème siècle, l'enseignement professionnel intégré", Lille les 29 et 30 septembre 1999

ti : C'est avec un vrai plaisir que je viens aujourd'hui ouvrir le colloque national sur l'enseignement professionnel intégré, ici, dans cette ville de Lille. Cette grande et belle ville n'était-elle pas tout indiquée pour servir de cadre à nos réflexions, avec son histoire, cette histoire qui est d'ailleurs celle de toute cette grande région marquée par une longue tradition industrielle et une douloureuse reconversion mais qui a su, avec un extraordinaire dynamisme, évoluer, trouver un second souffle, investir dans de nouveaux champs d'activités et conquérir sa place parmi les grandes métropoles européennes ? Sa situation exceptionnelle au c¿ur de l'Europe permet de lui prédire un développement exceptionnel.

Et puis, qui mieux que son maire, Pierre MAUROY, ancien Premier ministre, un Premier ministre qui a redonné à l'éducation nationale son statut de priorité nationale, qui est lui-même un ancien professeur de lycée professionnel, pouvait accueillir des débats qui - je le sais - lui tiennent à c¿ur sur un enseignement auquel il reste très profondément attaché ? Je le remercie pour la qualité et la générosité de son accueil et j'ose le dire pour son soutien constant qui ne m'a jamais manqué. Merci Pierre. Je lui souhaite un prompt rétablissement.

Je remercie aussi bien sûr mes deux collègues. Madame LEBRANCHU et Madame PÉRY de leur participation et de leur contribution à ce colloque et aux réflexions qui l'ont précédé sur l'enseignement professionnel.

Il en est un autre qui reste profondément attaché à un enseignement qu'il a, lui aussi, quitté, pour se construire un destin hors du commun. C'est Aimé JACQUET. Il a bien voulu être l'invité d'honneur de ce colloque. Il sera demain matin parmi nous. Il avait déjà accepté, de façon totalement bénévole, de participer - vous vous en souvenez sans doute - à une campagne de promotion, au printemps dernier, qui a eu un impact très positif sur les jeunes et leurs familles, suscitant même - tout particulièrement dans les académies du Sud-Est- une forte augmentation des demandes d'orientation vers le professionnel. Pourquoi ce succès ? Il y a sans conteste la popularité de celui qui a su mener l'équipe de France jusqu'au titre de champion du monde. Mais il y a aussi - j'en suis sûr - la force d'un autre message que le public a perçu. L'enseignement professionnel ne délivre pas qu'une formation technique ; Savoir travailler en équipe et de façon solidaire, accorder de la valeur au professionnalisme, s'appuyer avant tout sur le travail pour réussir, ne jamais se contenter d'à peu près, tout cela, l'enseignement professionnel l'apprend également. Il l'apprend peut-être mieux que d'autres voies de formation. Et ces apprentissages là sont de ceux qui comptent tout au long de la vie, quoi que l'on fasse, quoi que l'on devienne.

Je vous le dis en toute simplicité, en devenant ministre, j'ai vraiment découvert ce qu'était réellement l'enseignement professionnel. J'en avais une vision, bien sûr. J'en connaissais les difficultés, notamment celles liées à l'orientation, mais je m'interrogeais sur son impact concret. Eh bien, le lycée professionnel et ses équipes m'ont convaincu, vous m'avez convaincu que vous avez bâti l'un des fleurons de notre système éducatif. Je connais aujourd'hui la richesse de cet enseignement, sa richesse humaine, les spécificités de sa pédagogie et surtout - on ne le dira jamais assez - son efficacité. Votre efficacité à vous tous. Nous n'avons, dans ce domaine, pas besoin de regarder au - delà des frontières.

Les équipes du professionnel reçoivent, bien souvent, des élèves dont l'enseignement général n'a pas su reconnaître les talents et a finalement rejetés et, oserai-je le dire, parfois à tort ou plutôt sur des critères désuets et discutables. Ses 53 000 enseignants arrivent à offrir à plus de 700 000 élèves dans 1 800 lycées une réussite scolaire d'abord, puis professionnelle.

Le colloque d'aujourd'hui n'est pas que le fruit de " cette découverte " . Il part d'une analyse plus globale. J'ai la conviction, en tant que ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, que nous sommes à un tournant politique fondamental. Des évolutions se dessinent qui donnent à l'enseignement professionnel un rôle, une place, renforcés. Ces évolutions, quelles sont-elles ?

C'est d'abord un nouveau contexte économique. Plus que d'autres, l'enseignement professionnel et ses équipes ont pris de plein fouet la récession et l'augmentation du chômage des jeunes. Je me souviens d'un temps, pas si ancien, où je travaillais aux côtés de Lionel JOSPIN, alors ministre de l'éducation nationale et où il fallait en permanence défendre l'enseignement de l'accusation récurrente, d'engendrer le chômage des jeunes, par son inadaptation, par sa fermeture, etc¿ Je sais ce qu'a pu être le désarroi profond, parfois l'amertume, des enseignants du professionnel, sûrs d'avoir correctement formés " leurs jeunes " et les retrouvant - excusez - moi de parler aussi simplement - " sur le carreau ", à la sortie du lycée. Car la fierté des enseignants du professionnel c'est non seulement de former du mieux possible, mais aussi de suivre les jeunes, de s'intéresser à leur avenir. Ce souci mérite d'être dit et d'être honoré.

Aujourd'hui les proviseurs constatent une reprise des offres d'emplois pour leurs élèves. Le chômage des jeunes diminue, même s'il touche encore 7,5 % d'entre eux. Parmi les jeunes, ceux qui ont en poche une véritable qualification professionnelle - vos élèves - trouvent du travail mieux que les autres et plus facilement qu'auparavant.

A cela s'ajoute une deuxième évolution que je qualifierais de culturelle. Elle est double. D'un côté, plus personne ne songe raisonnablement à contester le rôle de l'entreprise dans la construction des qualifications. De l'autre, plus personne ne conteste la qualité des lycées professionnels et de la formation qu'ils donnent.

Enfin, troisième et dernière évolution : les changements technologiques et leurs répercussions dans l'évolution des métiers sont de plus en plus rapides et brutaux. Mais ils convergent vers un dénominateur commun : le clavier d'ordinateur et l'usage de logiciels. Ces changements interpellent directement le c¿ur de l'enseignement professionnel. Il doit savoir anticiper toujours plus et toujours plus vite. Cette capacité à anticiper est désormais, pour lui, une condition absolument nécessaire pour qu'il remplisse sa double mission : former des professionnels compétents qui soient aussi des citoyens.

Toutes ces conditions étaient réunies pour faire évoluer notre enseignement professionnel, pour lui donner, dans un climat favorable et serein, de nouvelles orientations. Pour cela, il fallait d'abord dégager une vision nouvelle de l'enseignement professionnel, une vision qui interpelle, qui réunisse et qui mobilise, autour de lui, les professionnels, les régions, le système éducatif, les parents et les élèves eux-mêmes.

Dégager cette vision, tel a été l'objectif de la " Charte de l'enseignement professionnel intégré " que j'ai présentée le 24 juin dernier à la presse. Cette charte a été précédée, comme vous le savez, par une phase de débats et de discussions autour de la table ronde présidée par le recteur William MAROIS et les propositions du recteur Daniel BLOCH dans son rapport sur les aménagements des diplômes et par des mois de discussions avec les organisations professionnelles. Elle résulte de discussions et de concertations avec les organisations syndicales.

Quelle vision de notre enseignement professionnel est sortie de ces réflexions collectives ?

- Premièrement, c'est un enseignement qui mène à la réussite scolaire. Un chiffre à retenir : tous les ans 230 000 élèves obtiennent un diplôme de l'enseignement professionnel.
- Deuxièmement, il ouvre largement les portes de l'emploi. Les dernières études du CEREQ ont montré des résultats fort positifs dans les filières industrielles, un peu moins dans le tertiaire, mais les lauréats y sont plus nombreux et la concurrence plus vive avec d'autres diplômes. Je vous donne deux chiffres dans le secteur industriel : 88 % des diplômés de CAP/BEP et 94% des diplômés du baccalauréat professionnel étaient en emploi, cinq ans après leur sortie du système éducatif. Je précise que cette étude porte sur des années où l'état de l'emploi n'avait rien à voir avec ce qu'il est - heureusement - devenu aujourd'hui, pour les jeunes.
- Troisièmement, le lycée professionnel prépare les jeunes non seulement à la vie professionnelle mais aussi à la vie dans la cité. Les enseignements qu'il délivre font, d'ores et déjà, une large place à la culture générale, aux arts, au sport, à l'éducation civique, juridique et sociale. De plus en plus, l'enseignement professionnel formera des citoyens, possédant une formation de base ouverte, nécessaire pour s'adapter aux évolutions à venir.

Fort de ces atouts, notre enseignement professionnel doit réussir une évolution décisive et s'affirmer comme étant un enseignement professionnel intégré. L'enjeu est là. Ces vingt dernières années ont apporté la preuve que l'enseignement professionnel ne pouvait se concevoir sans l'entreprise. Et cela est vrai à toutes les étapes : depuis l'élaboration des diplômes, en passant par la préparation, le suivi et l'exploitation pédagogique des périodes de formation des lycéens en entreprise jusqu'à la préparation pour réaliser automatiquement une formation harmonieuse et efficace. C'est cette relation vitale à l'entreprise qu'il nous faut aujourd'hui faire évoluer, qu'il nous faut traduire dans une nouvelle démarche pédagogique.

Je crois indispensable de dépasser la simple alternance des années 80, d'aller plus loin que la simple logique de contiguïté entre enseignement professionnel et formation en entreprise. Il faut construire une véritable continuité pédagogique forte, étroite, confiante.

Ce travail, je le désigne par le terme d'intégration. Il s'agit en fait d'une triple intégration.

En effet, la première intégration est à double sens. Il s'agit d'intégrer la formation générale et la formation professionnelle mais aussi d'intégrer la formation au lycée et la formation en entreprise. Comment ? En associant étroitement, à chaque étape, au sein du lycée comme au sein de l'entreprise, tous les acteurs de la formation de l'élève - les équipes éducatives de l'établissement et les tuteurs d'entreprises - autour de l'élève qui est le centre du système.

Mais je veux également affirmer la nécessité d'une intégration d'un autre type, mais tout aussi importante. Je veux parler de l'intégration de l'enseignement professionnel au sein de notre système éducatif. Je veux qu'il soit pleinement reconnu, qu'il acquiert aux yeux de tous sa noblesse et son égale dignité. J'ai conscience d'employer des mots forts, je crois que ce sont simplement des mots justes, qu'ils disent la vérité sur la profondeur du clivage qui sépare encore aujourd'hui, dans notre pays, enseignement général et enseignement professionnel.

Cette reconnaissance, je l'ai déjà marquée dans la loi sur l'innovation qui donne au lycée professionnel et à ses enseignants les mêmes possibilités de mobilité, de contractualisation, d'initiative qu'aux universités et aux grandes écoles. J'espère que vous saurez vous en saisir.

Cette triple intégration confère, à l'éducation nationale dans son ensemble, des obligations.

Ces obligations quelles sont-elles ? Avec les régions, avec les partenaires sociaux, avec les élèves, avec les parents, avec les chefs d'établissement, avec les équipes pédagogiques, avec les entreprises, nous devons réfléchir :

- à la place du lycée professionnel dans notre système éducatif, c'est-à-dire à ses liens avec le collège et le lycée général,

- mais aussi à sa place dans l'environnement économique, au plan national comme au plan régional,

- à la pédagogie de cet enseignement intégré, à ses traductions concrètes aussi bien pour les élèves que pour les enseignants (ne serait-ce qu'en termes de définition de leur métier et de formation) et pour les tuteurs d'entreprises qui devront être mobilisés,

- à une rénovation des diplômes de l'enseignement professionnel et des commissions professionnelles consultatives,

- à la place et au rôle des élèves et des anciens élèves dans la vie des lycées professionnels,

- enfin, à l'ouverture des lycées professionnels sur la formation continue des adultes et la validation diplômante des acquis professionnels.


Toutes ces questions seront analysées et débattues au cours de ce colloque, dans différents ateliers.

Tout comme seront débattus les axes précis et les différents rythmes de mise en ¿uvre de ce grand projet pour notre enseignement professionnel : mise en mouvement des commissions professionnelles consultatives, nouvelle organisation des périodes en entreprises désormais intégrées à la formation professionnelle, rôle des projets pluridisciplinaires à caractère professionnel, mise en place d'un nouveau contrôle en cours de formation, organisation de la formation initiale et continue des enseignants, etc¿ Sur tous ces sujets, je souhaite que des échanges aient lieu, larges, ouverts, contradictoires, constructifs.

J'attends beaucoup de ce colloque, j'attends beaucoup de vous, collectivement et individuellement.

- De vous, les partenaires sociaux, j'attends que vous précisiez vos attentes et votre volonté de coopération à l'égard des commissions professionnelles consultatives et des diplômes qui y sont élaborés, que vous nous fassiez part de votre point de vue sur les modalités générales d'organisation des périodes de formation en entreprise, sur votre participation à l'enseignement et aux jurys d'examen dans les établissements.

- De vous, les régions, qui avez de larges compétences à l'égard des lycées professionnels et qui les avez assumées pleinement faisant pour les lycées un effort auquel je veux rendre hommage, j'attends votre perception du rôle de l'enseignement professionnel, vos attentes en matière de pôles d'enseignement, de constructions, d'utilisation des équipements, etc¿

- De vous, les élèves, et avec vous de vos parents, j'attends que vous nous disiez vos attentes aussi bien en matière d'orientation vers le lycée professionnel que d'éducation à la citoyenneté ou d'accompagnement de l'insertion professionnelle ou encore de statut social des jeunes de lycée professionnel.

- De vous, les enseignants de lycée professionnel, j'attends que vous donniez votre perception sur la nouvelle démarche pédagogique que nous vous proposons. J'ai une grande confiance en vous. Sachez-le, merci pour ce que vous ferez.

- De vous, les chefs d'entreprise, j'attends que, par votre action et vos paroles, vous donniez aux lycées professionnels la reconnaissance et les moyens de cette reconnaissance que nous essayons de stimuler. Beaucoup d'entre vous, petits et grands, m'ont déjà signifié cette confiance. Je les en remercie.

Sur tous ces sujets, je ne conçois pas le travail autrement que dans le dialogue et la confrontation collective des points de vue. Au fond, voyez-vous, ce que j'attends de vous, dans cette grande rencontre sur l'enseignement professionnel, dont je ne connais pas personnellement de précédent, c'est une démarche collective, un élan commun vers l'avenir.

L'enseignement professionnel intégré devra se recréer autour de la notion de contrat. Autour d'un contrat national type, chaque lycée et chaque entreprise négocieront des contrats d'association. La fondation juridique de la notion de plate-forme technologique associant lycées professionnels et entreprises pour le développement local et régional va permettre un prolongement et une solidification de ces contrats d'association. Je souhaite qu'ils soient intégrés aux projets d'établissement.

Mais je voudrais aussi vous dire, pour conclure, ma détermination à aller vite sur quatre sujets essentiels dont l'évocation a suscité bien des espoirs, bien des attentes. Et, aujourd'hui, dans un monde qui bouge vite, il faut aussi bouger vite, sans précipitation, sans hâte mais sans délais inutiles.


1) La réduction des horaires des lycéens. Il n'est pas possible de maintenir des horaires de 38 ou 42 heures. Il faudrait que les premiers allégements aient lieu dès le mois de janvier.

2) La réduction progressive des horaires de certains enseignants. Cette réduction doit se faire parallèlement à la réduction des horaires des élèves.

3) Les dispositifs d'aide aux élèves, le travail en petits groupes, les travaux personnels encadrés prévus dans la réforme des lycées devront s'appliquer aux lycées professionnels. Là non plus, il n'y a pas lieu d'attendre.

4) Le statut des lycéens professionnels. Si l'on veut que l'intégration entre les enseignements en lycée et les enseignements en entreprise ait lieu, il ne faut pas qu'il y ait trop de distance entre la situation sociale des élèves du lycée professionnel et celle des apprentis. Il faut envisager, discuter, un statut de l'élève professionnel avec pour les stages longs une gratification. Ce pourrait être au menu des négociations académies-branches et entreprises-lycées au cours de l'établissement des contrats. Mais il ne faut rien brusquer et laisser jouer le dialogue, cas par cas, exemple par exemple.


A vous tous, je souhaite un bon travail. Je m'efforcerai de suivre vos travaux malgré les obligations de dernière minute qui m'empêchent d'être présent, autant que je l'avais prévu, parmi vous, dans les tables rondes et les ateliers de ce colloque. Je vous retrouverai demain, au moment des conclusions. Je vous dis à bientôt.

(source http://www.education.gouv.fr, le 9 novembre 1999)
Je suis heureux de vous retrouver aujourd'hui après la très riche synthèse de Catherine MOISAN. Et puis je viens de suivre attentivement les discussions de la table ronde à laquelle participaient Nicole NOTAT, Bernard THIBAUT, Alain DELEU, Bruno LACROIX, Pierre GILSON et que présidait Michel DELEBARRE, le président de la région.

L'éducation nationale doit être moteur dans cette évolution. Nous en avons l'obligation. Nous en avons les moyens.

Il me revient de proposer des lignes d'action.

AJu niveau national, nous sommes d'accord pour simplifier notre système de certification qui est lourd et disparate. Nous allons donc harmoniser nos pratiques, commission professionnelle par commission professionnelle. Si nous constatons, comme je le crois possible, tous ensemble, qu'un travail global est possible alors il faudra mettre en chantier un mécanisme commun de certification de la formation professionnelle. Nicole PERY et moi-même sommes ouverts à cette idée, chacun à sa place. Elle vous l'a dit hier, je vous le confirme aujourd'hui.

La remise en ordre des diplômes de l'enseignement professionnel est une nécessité. Et cela est tout particulièrement vrai pour le niveau V. Il faut clarifier les rôles respectifs des CAP et des BEP, comme l'a dit Catherine MOISAN. Je vous propose un objectif. Le réexamen de ces diplômes a commencé. Je souhaite qu'il s'amplifie de telle sorte que l'ensemble des CAP et des BEP soient revus et mis au diapason de la Charte de l'enseignement professionnel intégré. Nous disposons d'un outil pour la révision de ces diplômes qui seront préparés, bien sûr, dans le cadre des lycées professionnels. Ce sont les commissions professionnelles consultatives. Il faut les soutenir et les mettre en état de fonctionner à plein régime, en y renforçant le rôle des partenaires sociaux. Cette révision sera aussi l'occasion de faire entrer clairement la validation des acquis professionnels. Nous devrons, petit à petit, construire la possibilité de délivrer entièrement un diplôme par la validation des acquis professionnels. Cela signifie que les lycées professionnels devront s'ouvrir, encore plus qu'ils ne le font déjà, à la formation des adultes. Nous les aiderons à cette évolution. Mais il y a d'autres acteurs, par exemple les régions doivent mieux utiliser les GRETA.

Quelles que soient ses qualités, et elles sont grandes, l'enseignement professionnel doit évoluer pour s'adapter aux nouvelles évolutions, aux nouvelles conditions technologiques et économiques.


Il faut rénover les programmes, adapter les horaires, moduler les matières, répondre aux demandes des lycéens, des enseignants, des parents mais aussi des milieux économiques, les entreprises, les partenaires sociaux. Ce colloque est la preuve que nous avons pris la mesure des enjeux de l'enseignement professionnel.

J'en viens aux demandes exprimées par les lycéens.
Pour cela, il est indispensable de rappeler un certain nombre de faits.

D'où venons-nous ? Ce n'est pas fuir la réalité que de rappeler que, lorsque je suis arrivé à la tête de ce ministère, l'immobilisme envers les jeunes y régnait, et en particulier au lycée. C'était le règne du militantisme statique.

J'ai pris ce problème à bras le corps. D'emblée j'ai dit : le lycée est le maillon faible du système. Beaucoup n'y croyaient pas. Et nous nous sommes mis au travail. Nous avons donné la parole aux jeunes à travers une vaste consultation nationale.

J'ai pris toutes mes responsabilités de ministre , nous avons agi concrètement.

UNE REFORME DE FOND DU LYCÉE
UN PLAN D'ACTION EN DIRECTION DES LYCÉES

La réforme pédagogique des lycées est fondée sur l'aide à l'élève et la rénovation des programmes. Comme annoncé, une première étape est en place pour la classe de seconde dans les établissements.

J'ai pris toutes les dispositions pour que le plan d'action en direction des lycées soit effectif à cette rentrée :

l'allégement des programmes de certaines disciplines ;
les heures de soutien aux élèves en classe de seconde ;
la suppression des classes de plus de 35 en terminale ;
un encadrement supplémentaire des élèves ;
les droits des lycéens ;
la création d'un fonds exceptionnel d'aménagement des lycées par les régions avec un soutien de l'Etat par des prêts à taux zéro.

Pour l'essentiel, ce plan a été réalisé. Soyons concrets :

Les 3 000 surveillants ont été effectivement recrutés dès mars 99.
La proportion de classes de terminales au-dessus de 35 élèves est très faible.
Il y a 5 000 enseignants titulaires de plus à cette rentrée alors que le nombre de lycéens a décru de près de 50 000.
Les recteurs ont donc reçu les moyens en postes nécessaires pour couvrir tous les besoins.

Les régions ont dans l'ensemble entrepris les travaux de rénovation.

Pour les lycées professionnels, il a été entendu avec les partenaires sociaux que certaines des réformes se mettraient en place plus tard et précisément après ce colloque.
Que seront-t-elles ?

D'abord comme tous les lycéens, les lycéens des lycées professionnels ont droit à :

- l'aide à l'élève, le travail en petit groupe, les travaux personnels encadrés. Je dirais qu'on pourrait ajouter pour les élèves des lycées professionnels le projet professionnel encadré (comme disait monsieur LACROIX).
- l'accès à la pratique des disciplines artistiques et de culture car, comme le dit Catherine MOISAN, l'enseignement professionnel ne saurait être le parent pauvre ;
- mais aussi, et plus qu'ailleurs, à l'allégement des horaires dont je veux que la réduction se fasse très rapidement. Hier j'ai parlé de janvier pour les premières mesures. Que le dialogue se noue entre responsables de la pédagogie et partenaires du système éducatif et qu'on le mette en place.


Mais il y a aussi des mesures spécifiques :

- l'importance des nouvelles technologies dans le monde du travail est telle, que les lycées professionnels doivent être en pointe. Nous cherchons à mettre en place des logiciels performants. Ainsi, le logiciel de CAO CATIA développé par la Société Dassault système sera désormais utilisable par les lycéens. D'autres logiciels " professionnels " seront accessibles. C'est un enjeu capital ;
- par ailleurs, si les lycéens font des stages de longue durée en entreprise, comme dans l'apprentissage, ils doivent pouvoir recevoir une gratification par l'entreprise qui les reçoit. Tout cela se négociera par branche, au cas par cas. Je ne vois pas ce qu'il y a de nouveau à dire cela. Cela se fait déjà et si l'on veut que les stages soient plus longs, il est clair que ce problème doit être abordé. Mais sans contrainte dans la clarté, dans le dialogue social, branche par branche, entreprise par entreprise, lycée par lycée. Les réactions tant de Madame NOTAT, de Monsieur THIBAULT que de Monsieur GILSON ou de Monsieur LACROIX lors de la table ronde ont bien montré que cette question n'était ni nouvelle ni en vue, mais tabou. Tout cela se fera dans le dialogue et dans la négociation en n'oubliant pas que le stage peut-être, suivant les cas, une charge ou un investissement pour l'entreprise et qu'il doit être toujours une formation pour l'élève. Comme l'a souligné Monsieur THIBAULT, une gratification, même faible, donnée à l'élève contribue à l'intégrer dans le monde du travail donc dans le circuit de l'emploi.
- Enfin, comme l'a annoncé Lionel Jospin, des bourses au mérite permettant aux élèves des quartiers en difficulté de faire leurs études, jusqu'aux études supérieures, dans de bonnes conditions, seront développées. Le volant des bourses des élèves et des étudiants, qui a fortement augmenté (près d'un milliard au total), doit le permettre. Il faut le moduler. Pour cela, il faut donc attendre un peu et croyez-moi je suis le premier à regretter ce délai.

Tout le volet concernant les droits et devoirs des lycéens, la citoyenneté lycéenne, les lieux de rencontres et de dialogue, tout cela doit être mis en place immédiatement comme dans les autres lycées.
Mais il ne faut pas le nier, il y aura des problèmes spécifiques difficiles pour l'enseignement professionnel. L'évolution des programmes est nécessaire et difficile. Il faut faire évoluer l'enseignement professionnalisé au même rythme que les techniques, mais il faut aussi conforter l'enseignement général, solidifier les pratiques de base, et même l'ouvrir à des disciplines de culture. L'allégement des horaires des élèves est nécessaire, il ne peut se faire à l'aveuglette.

C'est pourquoi, après ce colloque, nous allons constituer un groupe de travail placé sous la présidence de madame MOISAN, aidée du recteur BLOCH, qui sera chargé de me faire les premières propositions. Avec deux objectifs :

- de nouvelles grilles horaires à la rentrée 2 000 ;
- la constitution d'un Conseil national des lycées professionnels qui coiffera les CPC, qui associera les partenaires sociaux et travaillera à la fois sur l'enseignement général et professionnel, pour en assurer la cohérence (mise en place printemps 2000). L'absence d'une telle structure a fait cruellement défaut.

Mais tout cela doit se faire en suivant certains principes. Le premier principe est celui de la reconnaissance de la diversité. L'égalité n'est pas l'uniformité, c'est au contraire de reconnaître la diversité : diversité des talents, diversité des matières, diversité des situations, diversité des critères de choix.

L'enseignement professionnel est différent de l'enseignement général, tel élève doué pour le travail technique est différent de tel autre doué pour le latin. Il n'y a pas de hiérarchie entre cela. La différence doit être reconnue comme telle.

Le second principe incarne notre volonté de gérer au plus près des réalités, c'est pour cela que nous avons voulu la déconcentration. Notre système éducatif doit être géré localement, au plus près du terrain. C'est ce que font les recteurs, les inspecteurs d'académie et les chefs d'établissement. Les durées de réaction du système doivent devenir plus courtes, c'est ce que soulignait Michel Delebarre. Je connais l'impatience légitime des jeunes qui veulent étudier dans les meilleures conditions. Ils savent depuis le début qu'ils ont trouvé chez leur ministre, et aujourd'hui chez tous les acteurs locaux, une écoute et une volonté d'agir. On m'a parfois reproché de trop écouter les élèves et les parents d'élèves et mon impatience à voir les choses bouger est parfois aussi grande que les élèves. Mais il y a des contraintes objectives.

Oui, la recherche de " pas de classe sans enseignant " reste mon objectif et je n'ai jamais promis de le réaliser tout de suite, car je connais l'utopie du concept. Cela demande un peu de temps. J'ai confiance en tous ceux qui agissent en mon nom dans l'intérêt des jeunes. Bien sûr ici ou là, un appel d'offres pour rénover un lycée entraîne du retard ; bien sûr, ici ou là, un lieu de vie pour les lycéens n'a pas encore pu être aménagé ; bien sûr, ici ou là, alors que le poste a été créé, le recteur peut avoir une difficulté momentanée à trouver cet enseignant, etc¿ Quand on réforme, tout n'est pas parfait instantanément. Je le sais et je sais que la norme, ailleurs la perfection, est un idéal asymptotique. Nous nous rapprochons de l'asymptote, mais le chemin est encore long¿ Avec tout cela, je dis aux jeunes : ayez confiance, nous continuons à réformer, je dis nous car, comme le montre le colloque d'aujourd'hui, je conçois cela comme une ¿uvre collective. Mais je leur dis aussi, retournez dans vos établissements ; les recteurs, les chefs d'établissement sont prêts à vous écouter, à vous recevoir. Je le leur ai demandé expressément. Participez à l'ajustement local d'une volonté politique déterminée. Soyez les acteurs locaux du changement aux côtés des adultes qui font tout pour vous aider à avoir le meilleur enseignement auquel vous avez droit. La déconcentration de l'éducation nationale signifie qu'il faut ajuster localement les choses. Je dis aux parents qui ont plus d'expérience et moins d'impatience, ce qui ne veut pas dire moins d'exigence : voyez le chemin parcouru ensemble, voyez les premiers résultats, vous êtes des éléments essentiels du système éducatif, aidez-nous à le renforcer à l'améliorer dans l'esprit que j'ai évoqué et que vous avez soutenu .

Le rapprochement du terrain , de la vie des établissements, de la vie tout court, va dans les lycées professionnels mettre en lumière une notion essentielle celle de contrat, et qui dit contrat dit négociations. Contrats académiques par branche, contrats lycées professionnels-entreprises, contrats pour les plates-formes technologiques avec les PME-PMI. La mission Education-Economie-Emploi assurera la cohérence nationale avec la participation active des ministres de l'économie et de l'emploi avec les partenaires sociaux mais l'essentiel de la négociation doit se faire au plus près des réalités, branche par branche, académie par académie, entreprise par entreprise, lycée par lycée, suivant les cas. De véritables contrats d'association intégré dans les projets d'établissement devront voir le jour, résultats tangibles de ces négociations. Négociation contrat plus que contrainte, telle est ma démarche. Mais si le partenariat est la clef de tout, il faut aussi que l'éducation nationale bouge.

o Il faut aussi mieux intégrer l'enseignement professionnel dans le système général d'éducation.
o L'orientation au collège est un problème. Il faut organiser un lien entre lycée professionnel et collège, pour bien orienter les élèves. madame ROYAL s'en préoccupe. Catherine MOISAN a lancé des pistes :

- après le LP, pour la minorité qui voudrait poursuivre, il faut organiser des BTS professionnels. Nous commençons, ici et là, à titre expérimental,
- et puis aussi il faut, aux concours des grandes écoles, ouvrir la voie technique plus largement.

Voilà des pistes à creuser, à valoriser.

Bien sûr, tout cela ne se fera pas sans le personnel enseignant et non-enseignant.

J'ai créé, dans les établissements, la fonction de coordonnateur délégué aux entreprises. Dès janvier 2000, un référentiel d'activité de ce coordonnateur sera publié. Il facilitera les recrutements et l'entrée en fonction, c'est un élément essentiel de la rénovation.

Autre aspect important des relations entre le professionnel et les entreprises : les examens et les enseignements. Les conseillers technologiques jouent déjà un rôle essentiel dans les examens professionnels. Je crois qu'il faut que des professionnels participent aussi aux enseignements. Un décret de 1998 permet, dans certaines spécialités, à des professionnels titulaires d'un CAP ou d'un BEP et de huit années d'expériences professionnelles de se présenter aux concours de recrutement de professeurs de lycée professionnel. Je souhaite aussi, dans un même ordre d'idées, que soient utilisées les possibilités offertes par le statut de professeur associé de lycée professionnel. Il permet à des professionnels d'enseigner à mi-temps dans un lycée. Il est encore trop peu utilisé aujourd'hui.

La formation initiale et continue des enseignants est essentielle, elle devra comporter désormais des stages en entreprise, stages obligatoires pour les enseignants des lycées professionnels, facultatifs pour ceux d'enseignement général. Mais la formation initiale et continue des enseignants des lycées professionnels est un chantier qui dépasse largement le cadre. C'est un champ considérable et peu exploré. Dans le cadre de la réforme des IUFM nous aborderons ce chantier cette année.

Une concertation est en cours sur une nouvelle organisation du service des enseignants. L'objectif de ces discussions est de dépasser la distinction qui n'a plus aucun sens entre enseignement théorique et enseignement pratique et de parvenir à un meilleur équilibre des activités des enseignants sur toute l'année.

La réduction des horaires des enseignants, parallèlement à la réduction horaire des élèves est nécessaire et prévue, tout cela doit désormais être négocié sans retard.

Mais je ne saurais oublier le rôle des chefs d'établissement. Dans les lycées professionnels, leur rôle est peut-être plus important encore que dans les lycées généraux. Une discussion sur leurs conditions de travail s'ouvre avec le rapport Blanchet sous la présidence de madame WIENER. Les chefs d'établissement des lycées professionnels feront l'objet de toute notre attention. Je viens d'apprendre qu'un proviseur, Stéphane DEVIN, a été agressé. Je l'assure de ma solidarité, de ma sympathie, de mon soutien. Qu'il sache que je serai inflexible dans cette lutte contre la violence au lycée.

Je sais que vous êtes nombreux à regretter de n'avoir pas eu plus de temps pour débattre et échanger vos points de vue. Cette frustration prouve que nous éprouvions tous le besoin de ce temps de rencontre et de réflexion. A tous ceux qui auraient voulu plus de temps, je réponds que la discussion continuera et se prolongera à la fois nationalement et dans les académies. Ce colloque est le point d'aboutissement d'une longue phase de discussion, comme je l'ai rappelé hier dans mon intervention. Mais il est aussi un point de départ.

La dynamique que vous avez su créer, ici à Lille, ne retombera pas.

Cette dynamique est le résultat d'un travail collectif. Je remercie tous ceux qui ont rejoint ce colloque pour y apporter leur pierre. Je remercie également les organisateurs, les personnels du rectorat de Lille, les élèves de lycée professionnel et ceux de l'école de journalisme qui ont assuré, pendant ces deux journées, la logistique, l'accueil, l'information de tous.


(source http://www.education.gouv.fr, le 9 novembre 1999)

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