Déclaration de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, le 26 octobre 1999 et interview dans "Côté Femmes" le 27 octobre, sur les objectifs du Parlement mondial des enfants et du "Manifeste de la jeunesse pour le XXIe siècle". | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, le 26 octobre 1999 et interview dans "Côté Femmes" le 27 octobre, sur les objectifs du Parlement mondial des enfants et du "Manifeste de la jeunesse pour le XXIe siècle".

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. PS

Circonstances : Conférence Générale des représentants des Etats membres de l'UNESCO au palais de l'UNESCO à Paris le 26 octobre 1999

ti : Parlement mondial des enfants

Allocution de M. Laurent FABIUS, Président de l'Assemblée nationale,
devant la Conférence Générale des représentants des Etats membres de l'UNESCO,
au Palais de l'Unesco à Paris le 26 octobre 1999

Monsieur le Président de la Conférence Générale,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Directeur Général de l'UNESCO,
Mesdames et Messieurs les Délégués,
Excellences, Mesdames et Messieurs,

C'est un honneur et un grand plaisir pour moi d'accompagner les délégués du Parlement Mondial des Enfants qui viennent nous présenter leur manifeste pour le XXIème Siècle.

Ce Manifeste constitue l'aboutissement du projet un peu utopique que nous avons lancé ensemble, il y a un peu plus d'un an, afin de célébrer l'an 2000 avec ceux qui seront les adultes de demain, ceux qui construisent le nouveau siècle. Cette idée d'un Parlement Mondial des Enfants est née en effet de notre volonté d'associer nos deux institutions, l'UNESCO et l'Assemblée nationale, qui partagent les mêmes objectifs : protéger les enfants, leur donner les moyens de se défendre, favoriser leur éducation à la citoyenneté, les préparer à participer à la vie politique et sociale et préparer, avec les jeunes, pour les jeunes, un monde meilleur.

Nous avons donc invité 350 enfants du monde entier, autant de filles que de garçons, ce qui est assez rare dans nos Parlements, à réfléchir ensemble aux enjeux du troisième millénaire et à traduire leurs constats, leurs interrogations, leurs attentes, leurs engagements dans un " Manifeste de la jeunesse pour le XXIème Siècle ".

C'est ce Manifeste qu'ils ont souhaité vous remettre aujourd'hui. C'est un message qu'ils nous adressent à nous, responsables politiques, dirigeants d'organisations internationales.

Nous devons l'écouter car ces députés juniors nous indiquent les pistes à suivre pour répondre aux enjeux de demain comme l'éducation, l'environnement ou le développement.

Comme moi, vous serez certainement frappés par l'intelligence, le pragmatisme, le sens des responsabilités, la générosité, l'enthousiasme dont ces adolescents ont fait preuve.

Vous serez également attentifs au rôle central qu'ils attachent, dans leurs analyses et leurs propositions, à l'éducation. Ce Manifeste est à juste titre un Manifeste pour l'éducation, pour la qualité de l'éducation, pour la démocratie de l'éducation.

Nous devons écouter le message des députés-juniors du monde, nous devons également y répondre. Tout au long des journées de travail qui se sont déroulées à l'Assemblée nationale, ces jeunes ont en effet exprimé un souhait, je dirai une exigence : que leur Manifeste soit relayé et suivi, qu'il ne soit pas sans lendemain. Ne les décevons pas. Pour répondre à leurs espoirs, nous devrons travailler chacun dans notre pays mais aussi nous appuyer sur une action internationale. Le rôle de l'UNESCO, votre rôle, Mesdames et Messieurs, sera donc essentiel.

(Source http://www.assemblee-nationale.fr, le 28 octobre 1999)
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Interview de de M. Laurent FABIUS, Président de l'Assemblée nationale
à l'occasion du Parlement mondial des enfants publiée dans " Côté Femmes "
le 27 octobre 1999

Monsieur le Président, pourquoi cette initiative ?

Le Directeur général de l'UNESCO et moi-même, trouvons juste d'offrir la parole à ceux qui vont faire l'an 2000 : les enfants. Nous avons donc contacté les représentants de l'UNESCO dans les différents pays, pour qu'ils fassent part de nos souhaits aux autorités concernées.

Quel accueil avez-vous reçu ?

Enthousiaste auprès de la quasi totalité des Etats, depuis les Etats-Unis jusqu'à la Palestine. Seuls huit pays n'ont pas répondu : le Bahrein, la Corée du Nord, l'Erythrée, la Libye, la Somalie, le Surinam, le Yémen, les îles Salomon et Oman.

Comment les enfants ont-ils été sélectionnés ?

Nous nous sommes appuyés sur le réseau de l'UNESCO, afin d'éviter que dans certains pays, les choix soient trop orientés. Les représentants ont donc retenu 2 classes, une en milieu rural, l'autre en milieu urbain. Soit 400 au total. Ces classes ont travaillé pendant six mois sur les thèmes qu'elles souhaitaient voir aborder. Puis ont élu un ou une président pour les représenter. 10 000 élèves ont ainsi été directement concernés. Les filles sont un peu plus nombreuses que les garçons, le contraire des parlements d'adultes.

Les thèmes soulevés par les adolescents varient-ils beaucoup selon les pays ?

Oui, les enfants qui vivent dans un pays en guerre privilégient évidemment la paix. Les enfants des pays riches évoquent les nouvelles technologies, mais eux seulement. Dans les pays les plus pauvres, ils évoquent les problèmes de l'éducation, de la famille. La famille apparaît d'ailleurs comme l'espace fondateur de l'enfance à la fois protecteur, formateur et nourricier. Les enfants, dans ces états, ne souhaitent pas s'en émanciper au plus vite. En Occident, les enfants expriment leur souffrance face à l'éclatement de la cellule familiale et au premier chef la cellule parentale.

La place de la femme dans la société est-elle évoquée dans les textes rédigés par les classes ?

C'est une constante. Massivement les enfants soulignent le rôle prépondérant des femmes dans toutes les structures de la société. Pour eux, la femme est la clé de voûte entre les générations. Mais c'est aussi celle qui souffre, qui " trinque " en premier lieu. Un des textes affirme : " l'homme le plus pauvre du monde est une femme ".

Les adolescents évoquent-ils l'avenir, le devenir de l'homme avec pessimisme ?

Pas du tout, même ceux des pays les plus pauvres. Ils parient sur la solidarité pour sortir de la pauvreté. Ils parient aussi sur la solidarité pour épauler leurs aînés, ne pas les abandonner lorsqu'ils sont au bord de la mort, au bord du chemin. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, les jeunes respectent les anciens, les écoutent, les consultent. C'est un bel exemple pour nos sociétés dites évoluées et qui ont souvent la tentation de marginaliser les seniors, socialement et humainement.

Qu'attendez-vous concrètement de ce Parlement ?

D'abord, et c'est fondamental, cela nous oblige, nous adultes et citoyens, à porter un regard différent sur les jeunes. C'est formidable élan de démocratie ! Et j'ai bien l'intention de suivre le devenir de la Charte. C'est une graine que nous semons, je souhaite qu'elle aboutisse, dans les divers pays, à une prise de conscience et à l'adoption de lois.

La France, une fois encore ne joue-t-elle pas les donneurs de leçon ? Non. La France accueille le Parlement mondial, mais le message est porté par la communauté internationale. Et avant tout, ce message est celui des 14-16 ans qui siègent, avec sérieux et compétence. Nous nous attachons à préserver l'authenticité de leur regard, sans y mêler nos réflexions d'adultes. Même si je préside les débats.

Une dernière question, comment sont disposés les 376 enfants dans l'hémicycle, lors de la séance plénière ?

Tout simplement par ordre alphabétique des pays, en partant de la gauche de l'hémicycle.

(Source http://www.assemblee-nationale.fr, le 28 octobre 1999)

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