Déclaration de Mme Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle, sur la revalorisation de l'enseignement professionnel et de la formation professionnelle, Lille le 29 septembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle, sur la revalorisation de l'enseignement professionnel et de la formation professionnelle, Lille le 29 septembre 1999.

Personnalité, fonction : PERY Nicole.

FRANCE. SE aux droits des femmes et à la formation professionnelle

Circonstances : Colloque "Un lycée pour le XXI ème siècle, l'enseignement professionnel intégré" à Lille le 29 septembre 1999

ti : Je voudrais tout d'abord remercier très vivement Claude Allègre de m'avoir invitée à m'exprimer lors de l'ouverture de ce colloque national sur l'enseignement professionnel intégré. Les préoccupations qui animent le ministère de l'éducation nationale dans ce domaine rejoignent sur bien des points celles qui traversent aujourd'hui le monde de la formation continue.

Dans la société de la connaissance qui voit le jour, il sera plus que jamais nécessaire de considérer la formation initiale et la formation continue comme deux dimensions complémentaires et non pas comme deux univers distincts. C'est la signification la plus fondamentale de la notion de formation tout au long de la vie. Le renouvellement des connaissances et des technologies oblige chacun d'entre nous à continuer d'apprendre tout au long de sa vie professionnelle. Le bagage de connaissances acquises à l'école ou à l'université ne suffira plus pour évoluer dans un contexte où le contenu des emplois évolue plus vite que par le passé et où la mobilité professionnelle s'accentue. L'école ne doit donc plus seulement transmettre les bases indispensables à l'exercice d'un métier ou d'une profession mais aussi développer les aptitudes permettant à chacun d'acquérir l'autonomie désormais indispensable pour construire son propre parcours et continuer d'apprendre à travers les différentes dimensions de son expérience professionnelle et personnelle.

Cette exigence a été clairement perçue par tous ceux qui ont cherché à développer la pédagogie de l'alternance. Grâce à leurs réflexions et aux expériences qu'ils ont conduites, nous avons redécouvert l'importance de la pratique dans les processus d'apprentissage. C'est à travers la confrontation à des situations concrètes que les connaissances scolaires deviennent des savoirs opérationnels. Inversement, c'est grâce à l'appropriation de connaissances théoriques que l'élève ou le stagiaire acquiert la capacité de transposer ce qu'il a appris par la pratique dans des situations très diverses. L'alternance, lorsqu'elle est bien conçue, ne vise nullement à substituer les connaissances pratiques aux connaissances formelles. Elle est, au contraire une voie pour dépasser les fausses oppositions entre connaissances générales et connaissances professionnelles, entre théorie et pratique.

Trop souvent encore, malheureusement, les formations en alternance se contentent de juxtaposer l'exercice d'une activité professionnelle avec un enseignement scolaire traditionnel, sans créer cette tension entre les connaissances construites dans l'action et celles que l'on s'approprie à l'école. Le projet qui sous-tend la notion d'enseignement professionnel intégré constitue une réponse à cette insuffisance.

Il s'agit donc d'une étape importante dans le développement de la formation professionnelle dans notre pays. Au-delà des effets que l'on peut en attendre du point de vue pédagogique, il me semble que l'engagement de l'éducation nationale dans cette voie est source de nombreux progrès.

Tout d'abord, je suis persuadée que le développement de l'enseignement professionnel intégré peut aider à développer une véritable pédagogie de l'alternance à tous les niveaux de formation. Parce que les apprentissages concrets sont réputés plus simples que les apprentissages abstraits, parce que les activités manuelles semblaient plus appropriées à cette forme de pédagogie, l'alternance est restée longtemps cantonnée dans le domaine de la préparation aux emplois d'exécution. Or l'intégration entre théorie et pratique concerne aujourd'hui tous les métiers.

Dans la plupart des domaines professionnels, on attend aujourd'hui des salariés non seulement qu'ils aient des connaissances de haut niveau mais qu'ils sachent mobiliser ces connaissances dans des situations professionnelles très variées et faisant appel à plus d'initiative, à une plus grande capacité d'adaptation. L'enseignement professionnel intégré concerne donc aussi bien les futurs ouvriers qualifiés que les futurs ingénieurs ou cadres. Plus qu'une simple rénovation des filières professionnelles courtes, c'est à un autre regard sur le rôle de l'école dans la préparation à l'exercice d'un métier que nous convie cette notion.

J'y vois d'autre part un moyen de réaliser une meilleure complémentarité entre les différentes voies de formation professionnelle. L'apprentissage s'est beaucoup développé ces dernières années, et lui aussi s'est ouvert à tous les niveaux de formation. C'est une des originalités de notre système d'offrir aux jeunes une pluralité de voies possible pour se préparer à l'exercice de leur futur métier. Chacun doit pouvoir opter pour l'une ou l'autre en fonction de ses aspirations personnelles et des manières d'apprendre qui lui conviennent le mieux. Mais rien ne serait plus préjudiciable que de continuer à opposer la voie scolaire et la voie de l'apprentissage.

Ces deux voies doivent avoir, chacune selon leurs modalités, une préoccupation commune : celle de contribuer à la professionnalisation des jeunes, tout en leur donnant les aptitudes nécessaires pour continuer à progresser tout au long de leur vie professionnelle. En redonnant toute leur importance à la mobilisation des connaissances dans les situations concrètes, l'enseignement professionnel intégré permet de dépasser les oppositions stériles entre une voie qui privilégierait les apprentissages généraux et une voie qui privilégierait les apprentissages pratiques.

Actuellement 940 000 élèves poursuivent leurs études dans le cadre d'un second cycle professionnel ou d'une section de technicien supérieur. 350 000 autres jeunes ont opté pour l'apprentissage, 145 000 pour un contrat de qualification et 45 000 pour un contrat d'adaptation. Les actions préqualifiantes et qualifiantes, dont la compétence a été transférée totalement aux conseils régionaux concernent environ 210 000 jeunes de 16 à 26 ans sous statut de stagiaire de la formation professionnelle. Organiser la complémentarité de ces dispositifs, tout en précisant la spécificité de chacune de ces voies de formation, améliorer l'orientation des jeunes vers l'une ou l'autre voie et surtout lui donner des perspectives de formation et de promotion ultérieure permettra de fonder solidement les bases de la formation tout au long de la vie.

Je m'emploierai, dans le domaine de compétence qui est le mien, à mieux organiser cette complémentarité. C'est dans cette perspective que j'ai souhaité engager une réforme du financement de l'apprentissage. Les règles actuelles accentuent les tensions institutionnelles et créent de grandes inégalités entre les CFA. Il nous faut réaffirmer clairement le rôle des différents partenaires de l'apprentissage et introduire la plus grande clarté possible dans le système de financement. Je proposerai dans les prochains mois, des mesures concrètes qui contribueront à une meilleure coopération entre tous les acteurs concernés par la formation professionnelle des jeunes.

Lionel Jospin, alors ministre de l'éducation nationale, avait tenu à placer l'élève au centre du dispositif instauré par la loi d'orientation de 1989 sur l'éducation. Ne convient-il pas de placer l'individu au centre de la coopération qui doit s'instaurer pour construire, au-delà des clivages institutionnels, la première phase de la formation tout au long de la vie ?

Tout autant que l'acquisition organisée des connaissances, c'est la manière dont chaque jeune construit son parcours de professionnalisation qui doit être notre préoccupation constante. Les difficultés d'insertion liées à la montée du chômage, le développement des emplois précaires, ont transformé, pour certains d'entre eux, les premières étapes de la vie professionnelle en une sorte " d'alternance sauvage ". Nous devons au contraire donner leur chance à tous, y compris à ceux qui n'ont pas eu la possibilité de suivre une filière de formation longue au sein du système éducatif, d'accéder à une qualification et de devenir des professionnels reconnus dans leur domaine. C'est là une autre manière de refuser la fatalité de la précarité de l'emploi et cela s'inscrit donc pleinement dans les priorités que le Premier ministre vient de réaffirmer à Strasbourg.

Cela ne se fera pas sans l'implication des entreprises. Avec l'amélioration de la situation de l'emploi, beaucoup d'entre elles prennent aujourd'hui conscience qu'il est de leur intérêt de concourir à cet objectif de professionnalisation de l'ensemble des jeunes. Le temps n'est plus où elles pouvaient revendiquer que le système éducatif mette à leur disposition des jeunes " prêts à l'emploi ". L'enseignement professionnel intégré et la plus grande complémentarité entre les diverses voies de professionnalisation contribueront à améliorer les conditions du dialogue entre le système éducatif et le monde économique.

Ce dialogue doit notamment se concrétiser à travers l'amélioration de notre système de certification des qualifications. Les partenaires sociaux souhaitent, avec raison, jouer un rôle plus déterminant dans l'élaboration des titres et des diplômes. Ils mettent en place eux-mêmes des formes de certification de nature paritaire, plus directement liées aux besoins spécifiques de telle ou telle profession. Là encore, il nous faut rechercher plus de cohérence et de complémentarité. Comment s'y retrouver lorsqu'il existe environ 1 700 diplômes et titres professionnels, 377 certificats de qualification professionnelle, plus de 900 titres homologués par l'Etat délivrés par des organismes privés ? Pour les jeunes en cours d'insertion professionnelle comme pour les adultes, ce système doit devenir plus lisible et mieux articulé à la gestion des compétences dans les entreprises.

Nous sommes également convaincus, Claude Allègre et moi-même, que la certification des qualifications doit également mieux répondre aux attentes des jeunes et des adultes en matière de reconnaissance des acquis de l'expérience professionnelle et personnelle. La validation des acquis a été instaurée par les lois de 1985 et de 1992. Elle n'a pas encore connu un essor suffisant. Les raisons en sont multiples, mais je suis persuadée que nous parviendrons à lui donner toute sa portée si notre dispositif de certification des qualifications s'adapte progressivement à cette aspiration des salariés. Les diplômes, les titres ou les certificats de qualification établis paritairement ne sont pas simplement de simples parchemins attestant les mérites des candidats. Ce sont surtout des repères essentiels tant pour les personnes, qui peuvent ainsi jalonner leur parcours de progression professionnelle, que pour les entreprises qui peuvent ainsi mieux connaître les aptitudes et les compétences des salariés et mieux organiser leur progression sur le marché du travail.

La certification et la validation des acquis constituent donc une autre dimension essentielle de la formation tout au long de la vie. Nos deux ministères ont coopéré activement ces derniers mois sur ce sujet et une concertation s'est engagée avec les partenaires sociaux. Les évolutions qu'il faut mettre en ¿uvre ne se feront pas du jour au lendemain, mais il nous faut en poser les bases rapidement. Dans ce domaine également, des dispositions concrètes sont à l'étude et devraient pouvoir être adoptées dans les prochains mois.

Les travaux de ce colloque contribueront sûrement à faire avancer les réflexions sur tous ces sujets qui me tiennent particulièrement à c¿ur et qui sont essentiels aussi bien pour revaloriser la formation professionnelle initiale que pour conduire la réforme de notre système de formation continue.


(source http://www.education.gouv.fr, le 9 novembre 1999)

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