Déclaration de Mme Marylise Lebranchu, secrétaire d'Etat aux petites et moyennes entreprises, au commerce et à l'artisanat, sur les mesures destinées à améliorer l'image des filières d'enseignement professionnel, l'accueil des stagiaires et apprentis dans les entreprises et de valoriser l'esprit d'entreprise et la prise de risque dans l'enseignement professionnel, Lille, le 29 septembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Marylise Lebranchu, secrétaire d'Etat aux petites et moyennes entreprises, au commerce et à l'artisanat, sur les mesures destinées à améliorer l'image des filières d'enseignement professionnel, l'accueil des stagiaires et apprentis dans les entreprises et de valoriser l'esprit d'entreprise et la prise de risque dans l'enseignement professionnel, Lille, le 29 septembre 1999.

Personnalité, fonction : LEBRANCHU Marylise.

FRANCE. SE aux petites et moyennes entreprises, au commerce et à l'artisanat

Circonstances : Colloque "Un lycée pour le XXème siècle, l'enseignement professionnel intégré", à Lille, le 27 septembre 1999

ti : C'est avec grand plaisir que j'ai accepté l'invitation de Monsieur Claude ALLEGRE à ce colloque de l'enseignement professionnel.

La formation professionnelle intéresse en effet beaucoup les entreprises et tout particulièrement les PME. C'est, en effet, le vivier des compétences et qualifications présentes et à venir, garants de l'efficacité et de la compétitivité des entreprises. Je pense aussi qu'il est important que les acteurs de l'éducation, qui constituent la majorité de cette assemblée, soient mieux avertis des attentes et préoccupations qui traversent le monde économique.

Je souhaitais enfin apporter mon soutien à quelques démarches clés qui peuvent nous permettre d'avancer dans les meilleures conditions.

Parlons donc d'abord des entreprises.

Je souhaite plus particulièrement attirer votre attention sur trois points dont certains vous apparaîtront comme des évidences, mais dont on n'a pas pour autant tiré tous les enseignements.

1. La très grande majorité des entreprises est constituée de petites et très petites entreprises. Quelques chiffres :

- 2 200 000 entreprises de moins de 20 salariés dont à peu près la moitié n'ont pas de salariés.
Cela représente 4 000 000 de salariés ou encore 6 000 000 actifs.

- Si l'on prend le seuil de 50 salariés, la moitié des emplois du secteur marchand est concernée. L'opinion n'intègre pas nécessairement que nous avons moins de 2 000 entreprises qui représentent plus de 500 salariés, car ce sont elles dont on parle dans les journaux. Il est vrai qu'elles savent se distinguer par des fusions-acquisitions hostiles ou amicales et quelquefois, mais j'espère de plus en plus rarement, par des plans de licenciement alors que les résultats sont au beau fixe ! ¿

- Ce sont les petites entreprises qui connaissent les taux de croissance les plus élevés. Même s'il y a une part de slogan dans l'exploitation de statistiques brutes, ce sont les PME qui ont développé l'emploi ces dernières années (un million d'emplois supplémentaires alors que les plus grandes en détruisaient autant).

2. Deuxième grande constatation, l'évolution des activités des entreprises. Le développement des activités tertiaires est bien connu. Le recul des activités agricoles, l'automatisation des processus industriels ont laissé place aux emplois de bureau.

Ce qui est peut être moins perçu, c'est le développement du secteur des services. Ce secteur qui regroupe des activités aussi différentes que les sociétés de services informatiques, les agences de voyage, les entreprises de nettoyage, représente aujourd'hui près de cinq millions de salariés. Il présente la caractéristique, que l'on se situe dans les services aux entreprises ou dans les services aux particuliers, qu'aucun différé dans l'acte de produire n'est possible et donc que la relation client est tout à fait centrale.

3. Enfin, troisième constatation, l'innovation commune à tous les secteurs et toutes les tailles d'entreprises. Couramment, on évoque les nouvelles technologies comme un secteur autonome, avec un taux de croissance élevé et des possibilités d'emploi majeures. La réalité, c'est que l'innovation rayonne et transforme en fait tous les métiers. Il suffit de citer par exemple le commerce électronique.

Les conséquences de ces structures d'emploi, de leurs évolutions, sont importantes en matière de formation.

* La première concerne l'obligation pour l'outil de formation de développer des savoir- faire mais aussi des savoir-être. Bien entendu, les entreprises continuent à demander une opérationnalité immédiate dans le poste. C'est particulièrement vrai dans les petites entreprises qui manquent souvent de structure d'encadrement et qui ont souvent plus que d'autres, le souci de la rentabilité à court terme (pour ces entreprises, la vie n'est en effet pas toujours facile et il ne faut pas avoir une vision idyllique de leur rapport au travail).

Mais au-delà du savoir-faire technique ce sont bien des éléments de comportement qui sont appréciés : savoir-faire face à une situation complexe ou inattendue, savoir coopérer avec d'autres professionnels car les prestations que les entreprises doivent assurer sont souvent composites ; d'une manière générale d'ailleurs, savoir développer la relation aux autres pour écouter, comprendre et répondre aux attentes des clients.

Cette combinaison de savoir-faire et de savoir-être acquis notamment par l'alternance, me semble constituer l'originalité de l'enseignement professionnel. Aussi celui-ci est par essence l'une des réponses les plus adaptées aux besoins. Je parle de la globalité de l'enseignement professionnel, qu'il soit sous statut scolaire ou sous contrat de travail. Cette pluralité constitue la chance de notre système français.

A condition que l'on sache s'en servir intelligemment en tenant compte de ce que sont les jeunes, leur diversité, et aussi la nature des apprentissages à acquérir.

A condition que nous n'ayons pas une orientation par défaut, ou par hasard, des jeunes. Coordonner les instances locales d'observation et d'orientation en vue d'améliorer leur efficacité constitue probablement l'objectif à la fois le plus prioritaire, le plus consensuel, mais aussi le plus difficile à réaliser. Il nous appartient de conjuguer nos efforts pour que les jeunes, au regard de leurs aptitudes, de leurs motivations ou des débouchés existants, aient au moment de leur entrée dans la vie active une bonne compréhension de la spécialité et de la complémentarité des points d'accueil et de conseil existants.

A condition enfin d'éviter la multiplication désordonnée du système aboutissant à des gaspillages et des inégalités profondes entre les jeunes ou les territoires.

C'est encore trop ce que je constate. Selon les réseaux, les régions, les moyens consacrés à l'apprentissage, l'accès à tel ou tel métier, restent inégaux.

* La nécessité d'adapter en permanence l'offre de formation est le second enjeu. Adapter dans ses contenus bien entendu. C'est l'important travail des révisions des référentiels métiers qui est fait avec les professions. Mais plus largement, c'est être attentif à l'émergence des nouveaux métiers, à la gestion de contenus plus transversaux et enfin, tout simplement à veiller à ce que l'offre qui est proposée trouve des débouchés alors que d'autres métiers manquent cruellement de qualification.

J'ai bon espoir comme Lionel JOSPIN l'a annoncé que le plein emploi, c'est à dire non pas le zéro chômage mais un chômage restreint et surtout de courte durée pour chacun de ceux qui pourraient se trouver concerné, devienne à nouveau une réalité pour notre société. Pas à pas, nous mettons en place les ingrédients de ce succès (les emplois-jeunes, la relance de la consommation intérieure, l'euro, les 35 heures). Chacun de ces actes n'est pas suffisant, mais c'est de leur articulation et de l'accompagnement formation que nous serons capables de promouvoir, qu'il dépend. Il ne faudrait pas que pour des raisons de rigidité ou de faible réactivité, nous nous trouvions en effet avec des pénuries de main d'¿uvre qualifiée.

Aujourd'hui même, nous avons d'ailleurs signé avec Madame Martine AUBRY et Monsieur Claude ALLEGRE une convention avec l'UPA et la CGAD, pour nous assurer d'un recrutement et d'une qualification efficace dans les métiers du bâtiment et les métiers de bouche qui présentent des perspectives d'emploi tout à fait importantes compte tenu du contexte de croissance, des décisions prises en matière de TVA et de l'application des 35 heures dans ces secteurs.

Nous avons beaucoup insisté sur la nécessaire concertation qui doit exister aux trois niveaux, le national, le régional et le local. Le bassin d'emploi, le local d'abord, pour apprécier finement les besoins et les possibilités existantes et pour rapprocher l'offre d'emploi et les ressources à disposition. Trop souvent encore cette proximité n'est pas exploitée. Le niveau régional ensuite car on ne peut condamner les jeunes sur un territoire aux seuls métiers portés par les entreprises locales. J'ai déjà eu l'occasion de m'expliquer sur ce point avec Claude ALLEGRE. Si nous n'y prenons garde et que nous ne trouvons pas avec les collectivités notamment les moyens de prendre en compte les problèmes de transport ou d'hébergement des jeunes, ce sont de véritables inégalités d'accès aux métiers que nous allons continuer à cultiver.

Je reconnais néanmoins que même si vous et nous réussissons à construire des outils de formation adaptés aux besoins des entreprises, il nous restera à régler trois questions majeures.

La première, c'est d'améliorer l'image des métiers et des filières professionnelles.

Quels que soient les discours, la préférence reste dans la société française pour les connaissances académiques, pour les études longues qui conduisent à des diplômes prestigieux. L'enseignement professionnel apparaît ainsi comme une formation de seconde zone.

De même l'image de certains métiers à caractère technique, ou pratiqués essentiellement dans les petites entreprises reste dégradée auprès des familles et des jeunes.

C'est une réalité qu'il nous faut faire évoluer. Vous avez engagé cette évolution avec la collaboration d'Aimé JACQUET. Le rapport de Monsieur MAROIS liste cinquante propositions. Je souhaite en ajouter une qui est directement de la compétence des entreprises et des professions. C'est d'abord à elles qu'il revient de créer des conditions d'attractivité : les salaires sans doute, mais plus souvent une amélioration des conditions d'emploi avec des avantages sociaux périphériques (la très grande majorité des entreprises de moins de cinquante salariés ne propose pas ce type de prestations) un aménagement du temps de travail plus respectueux des contraintes familiales et personnelles.

C'est aussi à elles qu'il incombe d'investir dans la promotion des métiers.

Les artisans sont engagés dans cette voie, grâce au Fonds de promotion des métiers de l'artisanat que nous avons constitué avec la profession. Mais d'autres métiers ne s'en préoccupent pas encore assez. Je suis sûre que, de temps en temps, vous manquez de volontaires des métiers de services à domicile ou des métiers liés au tourisme dans vos établissements pour donner une autre image des besoins et des métiers.

Trop souvent, par exemple, les nouveaux métiers sont assimilés à des besoins de haute qualification. Il faut expliquer et expliquer encore qu'un CAP reste un diplôme valable. Il suffit de voir l'écart de recrutement qui existe entre celui qui a ce diplôme et celui qui n'a rien. Et qui peut mieux le faire que les professionnels eux-mêmes ?


Deuxième priorité : élargir la base d'accueil et développer un accueil de qualité des entreprises.

Les entreprises ont pour objectif premier de produire, de développer leur activité, d'assurer leur pérennité. Certaines acceptent en outre d'accueillir, d'encadrer, de former. Ce sont beaucoup les petites puisque ce sont elles qui représentent 50% de l'apprentissage et des contrats de qualification. Ce sont des métiers particuliers qui le font. Ce qu'il faut, c'est élargir cette base.

Les initiatives annoncées par Claude ALLEGRE vont dans ce sens. Un interlocuteur identifié chargé des relations avec les entreprises, un partenariat qui s'organise avec les organisations professionnelles, voire consulaires. Des possibilités pour les entreprises de bénéficier des équipements ou savoirs disponibles à l'éducation nationale.

Mais la quantité ne suffit pas et c'est un immense effort de formation des maîtres de stage qu'il nous faut conduire. Les partenaires sociaux doivent s'emparer de cette préoccupation car ce n'est pas de l'extérieur de l'entreprise que l'on sera le plus à même de progresser en cette matière.

Enfin, et c'est un sujet majeur pour le dynamisme de notre société, nous devons relever, au travers notamment du système éducatif, le défi de la création d'entreprise.

Aujourd'hui, et bien que la conjoncture soit meilleure, le mouvement de création d'entreprise reste très en deçà de ce qu'il était au début des années 1990 et de ce qu'il est dans de nombreux pays. Certes, le risque d'entreprendre est fort. Un salarié démissionnaire qui accuse un échec peut se trouver sans ressource, y perdre son domicile et celui de sa famille qu'il a apporté en caution. Je m'emploie à lever ce risque dans le même temps qu'au travers du projet de loi de finances 2000 , nous prenons des mesures pour alléger le coût de la création ou de la reprise de l'entreprise.

Mais, par ailleurs, nous ne savons pas suffisamment encourager la prise de risque, la confiance en soi indispensable pour entreprendre. Nous avons trop d'échec scolaire (50 % des CAP dans le secteurs des métiers) et une référence trop uniforme à ce que peut être l'avenir.

Les formations se sont souvent enrichies d'un module sur "rédiger son CV" privilégiant ainsi la culture du salariat. Mais combien ont inclus un exercice sur " Je crée mon entreprise ", " Je conduis un projet ", " J'apprends la gestion comptable, juridique et sociale ". L'enseignement professionnel peut être le fer de lance de telles initiatives.

Il ne faut pas croire, en effet, qu'esprit d'entreprise et diplômes universitaires et de grandes écoles aillent de pair.

C'est le plus souvent l'employé, l'ouvrier, le technicien, le commercial qui, maîtres d'un métier, s'engagent dans la création ou la reprise. Le constat selon lequel 50 % des chefs d'entreprises artisanales sont entrés dans la vie active par le biais d'un contrat d'apprentissage mérite toute notre attention. De même nous devons être très attentifs et permettre que des jeunes ayant une bonne formation générale puissent préparer de manière accélérée des diplômes professionnels.

Telles sont les préoccupations et les actions qui me paraissent devoir être conduites en priorité. Mon département ministériel, les professions avec lesquelles nous sommes en contact, sont prêts à s'engager pour traduire ces objectifs en réalité.

(source http://www.education.gouv.fr, le 9 novembre 1999)

Rechercher