Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur la décision prise pour aider le spectacle vivant avec la création de "scènes conventionnées", leurs rôles dans la diffusion locale et la production de spectacles variés, et les modalités de financement de ces scènes, Tulle le 19 novembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur la décision prise pour aider le spectacle vivant avec la création de "scènes conventionnées", leurs rôles dans la diffusion locale et la production de spectacles variés, et les modalités de financement de ces scènes, Tulle le 19 novembre 1999.

Personnalité, fonction : TRAUTMANN Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Inauguration de la première scène conventionnée, à Tulle le 19 novembre 1999

ti : La Ville de Tulle, le Conseil général de la Corrèze, la région du Limousin et l'Etat sont, je le sais, profondément attachés au Théâtre des sept collines en particulier depuis que Solange Charlot en a pris la direction.

Les motifs de satisfaction sont nombreux :

Des saisons résolument pluridisciplinaires et très riches, une mission d'aide à la création, un important travail de diffusion, une action en direction des amateurs en liaison étroite avec le tissu associatif, un public toujours plus nombreux, qui vient non seulement de la ville, mais aussi du département.

Je suis donc particulièrement heureuse de participer, ici, à Tulle, à la labellisation de la première scène conventionnée de France.

Sous l'impulsion de l'Etat, la décentralisation théâtrale chorégraphique et musicale, qui concourt à l'aménagement culturel de notre territoire, a permis la constitution des réseaux nationaux du spectacle vivant, que sont, notamment, les centres dramatiques nationaux, les centres chorégraphiques nationaux, les orchestres en région, les scènes nationales.

Cet héritage historique national, je l'assume avec confiance. Les changements décidés à la tête des centres dramatiques nationaux, la refonte du contrat des directeurs, la mise en chantier des contrats d'objectifs dans la totalité des scènes nationales, de nouvelles ambitions pour les orchestres en région et des centres chorégraphiques de plus en plus ouverts, sont autant de preuves de la capacité de ces réseaux à se renouveler profondément dans la permanence de leurs missions essentielles : plus que jamais, leurs responsables sont appelés à confronter la création contemporaine à des publics élargis.

Pour autant, je ne souhaite pas augmenter le nombre de ces établissements.

D'abord parce que je considère que le territoire national est aujourd'hui plutôt bien couvert par ces grands établissements de référence même si, çà et là, des aménagements devront à terme être effectués.

Ensuite parce que je souhaite que les moyens nouveaux qu'année après année, je suis en mesure de leur réserver, ne se dispersent pas pour éviter d'en annuler les effets bénéfiques.

Enfin, parce que la donne institutionnelle a changé : sous l'impulsion des lois de décentralisation, au cours des années 1980, les communes et les départements, puis les régions, nouvellement créées, ont poursuivi et considérablement accentué leurs efforts en faveur du spectacle vivant.

La situation a profondément évolué depuis la création du ministère de la culture, dans le sens d'une diversité accrue des formes artistiques, comme dans celui d'un élargissement territorial de la diffusion et de la production artistique et culturelle. Je m'en félicite et j'en remercie tous les élus qui ont contribué à cette étape nouvelle de la décentralisation et du développement culturels.

Il existe des programmes spécifiques au sein du ministère, que vous connaissez, comme le soutien aux scènes de musiques actuelles, qui prennent le relais d'un mouvement largement initié par les collectivités locales. Ce programme sera bien évidemment maintenu et développé.

L'office national de diffusion artistique, l'ONDA, dont j'ai renforcé les moyens, a sous mon impulsion, considérablement diversifié son soutien en faveur de la diffusion des expressions les plus contemporaines, qui s'est ainsi ouvert davantage aux musiques, aux arts de la rue et, bientôt, au cirque de création.

En outre, le paysage riche et divers des festivals, ne cesse de s'étendre dans des proportions telles que le ministère de la culture doit nécessairement adopter une attitude sélective à leur égard et resserrer ses interventions. Il me faut faire la part des manifestations purement événementielles, à finalité essentiellement touristique, et des initiatives qui viennent combler un manque dans le paysage artistique français et qui s'efforcent de constituer et de fidéliser un public. J'entends accroître le soutien de l'Etat aux festivals qui jouent un rôle irremplaçable dans la diffusion de certaines esthétiques : je pense, notamment, à la musique contemporaine et au jazz.

Enfin et surtout, et c'est ce qui nous vaut d'être ensemble, ici, aujourd'hui, je pense aux réseaux des lieux qui maillent le territoire national. Lieux de diffusion et de production, qui sont largement soutenus par les collectivités territoriales, en premier lieu les communes, qui en sont, le plus souvent, les initiatrices et les propriétaires. A côté des réseaux nationaux que j'évoquais, cet ensemble forme un tissu dense qui joue un rôle majeur, en termes de diffusion régionale et locale, et souvent de production de spectacles de théâtre, de danse et de musique.

Pourtant, toutes les disciplines du spectacle, dans leurs formes les plus exigeantes, sont encore, dans notre pays, confrontées à des difficultés majeures de diffusion d'une production pourtant caractérisée, en France, par un vrai dynamisme créatif. Ces difficultés sont particulièrement fortes pour la danse et la plupart des formes musicales.

Cet enjeu, fondamental pour moi, de faire se rencontrer des publics plus larges et des oeuvres de notre temps, l'Etat ne peut l'assumer seul, ni financièrement, ni politiquement. Nous devons travailler ensemble à cet objectif commun, rappelé avec insistance par la charte des missions de service public pour le spectacle vivant que j'ai établie à mon arrivée rue de Valois.

L'Etat, doit davantage que par le passé, s'appuyer sur ce formidable ensemble de lieux.

Des aides spécifiques disparates, empilées au cours du temps, leur étaient bien réservées, mais elles s'étaient révélées insuffisamment lisibles et trop dispersées. Les "théâtres missionnés" constituaient un ensemble d'une qualité trop inégale ; les "contrats musique nouvelle" étaient peu à peu tombés en désuétude ; seuls les "plateaux pour la danse" avaient provisoirement tiré leur épingle du jeu.

C'est pourquoi j'ai souhaité créer un outil nouveau qui soit véritablement fédérateur

Il s'agit désormais pour l'Etat d'accompagner, parmi tous ces lieux déjà soutenus par les collectivités locales, et qui justifient d'une indépendance absolue du directeur dans ses choix artistiques, ceux qui parient sur l'inventivité des créateurs d'aujourd'hui, musiciens, danseurs, gens de théâtre ou de cirque. Ceux qui, chaque jour, travaillent au plus près des publics ou inventent de nouveaux rapports entre le citoyen et l'art. Ceux qui soutiennent les équipes indépendantes en provoquant des opportunités de diffusion, de coproduction, de résidences.

C'est le sens du programme des "scènes conventionnées" que j'ai mis en place à partir de cette année.

Le champ de ce programme est potentiellement large, puisqu'il peut concerner les salles de tous types dédiées au spectacle vivant, d'une friche aménagée à un auditorium ou à un théâtre, quelle que soit leur localisation.

Un nouveau cadre est mis en place, prévoyant une contractualisation sur trois ans qui définit clairement les objectifs et les moyens et précise les modalités de l'évaluation. Sur trois ans d'abord, car j'entends en effet que ce programme conserve de la souplesse et ne conduise pas à figer le montant des financements au-delà d'un horizon culturel et financier raisonnable. D'ici deux ans, je souhaite que 150 lieux différents soient ainsi conventionnés.

Nous allons, dans l'instant, Monsieur le Maire, Monsieur le Député, Cher François, être les témoins de la signature de la convention entre l'Etat, représenté par Monsieur le Préfet de la Corrèze et l'Association Théâtre des 7 collines, représentée par son Président.

Je voudrais préciser qu'il s'agit de la première signature et que le théâtre des 7 collines sera ainsi le premier théâtre à bénéficier de cet engagement de l'Etat.

Je ne m'étendrai pas sur le contenu de ce document si ce n'est pour relever sa parfaite coïncidence avec les principes que j'ai ci-dessus évoqués.

Le financement qu'apportera l'Etat à une scène conventionnée se situe dans une fourchette comprise entre 300.000 F et 1 MF par an, et j'ai le plaisir d'annoncer qu'1MF de subvention de l'Etat se trouve garanti aux 7 collines par la ratification de cette convention pour 2000, 2001 et 2002.

Mais je n'oublie pas qu'au delà des missions décrites dans ce document et reconnues par l'Etat, le théâtre des 7 collines n'hésite pas à sortir de ses murs, du bassin de Tulle, des horizons mêmes des 7 collines qui le bornent pour développer une action décentralisée sur l'ensemble de la Corrèze, notamment au travers de l'opération baptisée " Les randonnées de la Culture ". Je n'oublie pas non plus l'importance de l'accompagnement des pratiques amateurs effectué par Solange Charlot et son équipe.

Je n'oublie pas enfin que ces deux missions font d'ores et déjà l'objet d'une convention triennale entre l'Association, la Ville, le département, la région et l'Etat, et que cette convention arrive à échéance le 31 décembre prochain.

J'ai souhaité que cette convention soit renouvelée pour trois nouvelles années afin que sa durée coïncide avec la première époque du label " scène conventionnée " et j'ai demandé au Préfet de région sur les crédits que je lui délègue, de réserver, dès 2000, 250.000 Frs pour accompagner ces actions qui ne relèvent pas expressément de la convention signée aujourd'hui.

Je souhaite que les partenaires, Ville, département et région puissent aussi s'engager dans ce sens.

Cet engagement vaudra dans tous les cas pour les années 2000, 2001 et 2002.

C'est avec un plaisir profond et une grande confiance en son succès, que je souhaite bonne chance à ce beau théâtre et à ses animateurs.

Je vous remercie.

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 1er décembre 1999)

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