Article de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, dans "Le Bulletin de la LICRA" de novembre 1999, sur la réunion du Parlement mondial des enfants et l'élaboration d'un manifeste pour le XXIème siècle prônant la tolérance et la démocratie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Article de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, dans "Le Bulletin de la LICRA" de novembre 1999, sur la réunion du Parlement mondial des enfants et l'élaboration d'un manifeste pour le XXIème siècle prônant la tolérance et la démocratie.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. PS

Circonstances : Réunion en France du Parlement mondial des enfants du 22 au 24 octobre 1999

ti : La belle idée d'un Parlement Mondial des Enfants est née voici un an d'une volonté commune, celle du directeur général de l'UNESCO et de moi-même, de célébrer le passage à l'an 2000 en invitant à Paris pour une semaine de discussions et de rencontres une assemblée universelle composée de jeunes de moins de 18 ans venus de tous les pays de la planète. Représentant déjà la moitié de la population du globe, ce seront eux, en effet, qui seront les adultes et les citoyens du siècle prochain, capables d'en favoriser les progrès, d'en marquer les avancées, d'en porter les espoirs, de construire une terre à visage humain

Il était naturel qu'un tel projet réunisse nos deux institutions, l'UNESCO et l'Assemblée nationale partageant pour l'enfance les mêmes buts : protéger les plus petits, les plus jeunes, leur donner les moyens de se défendre et de se faire entendre, favoriser leur éducation à la citoyenneté, leur apprendre à participer à la vie politique et sociale. En convoquant ce Parlement mondial des enfants, l'objectif était donc double. D'abord donner la parole aux habitants du monde de demain, leur permettre de s'impliquer dans la construction d'un univers plus pacifique, plus juste, plus tolérant. Ensuite inviter les adultes, les responsables politiques, les dirigeants d'organisations internationales ou d'associations, les enseignants, les parents à écouter et à entendre ce message. Préparer avec les jeunes, pour les jeunes, un monde meilleur. C'était un grand défi.

D'utopie, cette idée est devenue réalité. Au-delà de leurs différences sociales, culturelles, linguistiques, partout dans le monde, des milliers de jeunes élèves des écoles du réseau associé de l'UNESCO ont discuté, négocié, parlementé, rédigé et voté des textes dessinant l'avenir qu'ils souhaitaient vivre. A partir de ce premier travail, chaque pays a désigné deux députés-juniors, l'un venu d'un milieu rural, l'autre d'un milieu urbain, dont, exemple à méditer, plus de 50 % étaient des filles. A Paris, du 21 au 27 octobre, ces 350 jeunes venus de 175 pays se sont rassemblés. Babel se trouvait donc au bord de la Seine et, miracle, chacun, parlant d'une même voix, celle de la sincérité, chacun se comprenait. Pour cela, tous ensemble, confrontant leurs textes, effectuant des choix ou des synthèses, comme de véritables parlementaires, ces députés ont élaboré en commission, puis adopté au Palais Bourbon, un "Manifeste de la jeunesse pour le XXIème siècle". En une sorte d'apprentissage civique, manifestation éclairante de la prédisposition à la démocratie, ils ont exprimé leurs constats et leurs propositions, décrit leurs craintes ou leurs certitudes, fait la liste de leurs attentes et de leurs engagements.

Paix et non-violence, nouvelles technologies et santé, emploi et éducation, développement et environnement, respect dû à chaque homme à chaque femme et atteintes à leurs droits, travail forcé des enfants et enrôlement comme petits soldats des guerres civiles ou de la barbarie, libertés et égalité : pour résister et pour agir, ils ont affirmé leur désir d'une véritable tolérance fondée sur la volonté de comprendre et de respecter autrui, leur espoir en une solidarité réelle. Solidarité entre les pays pauvres et les pays développés, solidarité de proximité avec les plus faibles, les handicapés, les malades, les personnes âgées. Ils ont compris et dit avec force qu'il y aurait moins de conflits et de guerres si la démocratie partout l'emportait, si les humains apprenaient à mieux se connaître sans s'arrêter aux différences de couleur de peau. Ils l'ont écrit. " Le monde entier nous apparaît comme un bel arc-en-ciel, constitué de différentes couleurs, cultures, religions, coutumes, traditions. Toute suppression de l'une des couleurs de cet arc-en-ciel lui ôtera sa beauté ". Et ils ont multiplié les propositions concrètes en ce sens. Ainsi, ils nous ont donné une leçon d'intelligence, d'authenticité, de générosité, d'enthousiasme et de pragmatisme. Ils savent que le monde ne sera jamais idéal mais qu'il peut devenir meilleur. Ils nous indiquent les pistes précises à suivre pour répondre aux enjeux du troisième millénaire.

A cette demande, nous devons répondre car ces jeunes ont exprimé un souhait, je dirai une exigence : que leur manifeste soit relayé et suivi, qu'il ne soit pas sans lendemain. C'est pourquoi j'ai commencé à le transmettre à tous les chefs d'État et de gouvernement du monde, ainsi qu'aux Parlements. Puis je le communiquerai à l'Assemblée du millénaire à l'O.N.U. en septembre 2000 en demandant que chacun, ministre, parlementaire, fonctionnaire, citoyen s'en empare et le fasse vivre avec le concours de toutes les organisations et de toutes les associations concernées, comme la LICRA. Faire vivre ce manifeste de la jeunesse pour le XXIème siècle, améliorer la réalité, partager le progrès, ce sont les devoirs que nous ont fixés ces enfants. Ils nous font confiance. Nous n'avons pas le droit de les décevoir.


(Source : http://www.assemblee-nationale.fr, le 2 décembre 1999)

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