Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, en réponse à une question sur la politique du gouvernement en Corse, après la publication de rapports parlementaires et deux attentats à Ajaccio, à l'Assemblée nationale le 30 novembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, en réponse à une question sur la politique du gouvernement en Corse, après la publication de rapports parlementaires et deux attentats à Ajaccio, à l'Assemblée nationale le 30 novembre 1999.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réponse à une question de M. Plagnol, député UDF, au sujet de la Corse, à l'Assemblée nationale le 30 novembre 1999

ti : - "Monsieur le président,
Mesdames et messieurs les députés,
Monsieur le député,

De très graves attentats ont été commis en Corse ; leurs auteurs ont délibérément pris le risque de tuer ; il vaudrait mieux à cet égard stigmatiser ces auteurs anonymes plutôt que le Gouvernement.

J'exprime à nouveau ma sympathie aux personnes qui ont été frappées et ma solidarité avec les Corses qui ont exprimé leur protestation et leur rejet de la violence.

Il n'y a pas de solution au problème de la Corse par la violence. La violence est en vérité une maladie mortelle pour la Corse, ce sont les Corses qui en sont les victimes, quelles qu'en soient les cibles. La garantie de l'Etat de droit est une priorité du Gouvernement. Les commissions d'enquête parlementaires ont d'ailleurs sur ce point, reconnu la clarté de la politique qui est menée et la nécessité d'en poursuivre la mise en oeuvre. Certes, ces commissions ont mis en lumière des dysfonctionnements anciens ou plus récents qui compliquent l'application de cette politique. Le Gouvernement analyse les propositions de ces rapports pour en tirer les conséquences qui lui apparaîtront appropriées.
Encore faut-il - c'est un point de détail mais il est important -, ne pas appeler dysfonctionnement ce qui est une procédure normale puisqu'effectivement la note d'information transmise par le préfet Bonnet a été transmise au procureur de Paris. Où est le dysfonctionnement puisque dès le lendemain, elle était sur le bureau du juge d'instruction ? C'est une procédure juridique normale, n'ayant entraîné aucun retard.

Notre politique en Corse est fondée bien sûr, sur le développement économique de l'île et la reconnaissance de son identité culturelle. Le contrat de plan Etat-région pour la Corse traduit d'ailleurs cet engagement - la Corse étant la région de métropole qui connaît l'accroissement le plus fort de crédit de l'Etat. Des propositions ont été transmises tout récemment à l'Assemblée de Corse pour tenir compte des spécificités de sa fiscalité sur les successions. L'Etat dégage des moyens pour le développement de la langue et de la culture corse.

Mais j'ai aussi toujours marqué, notamment lors de mon déplacement dans l'île en septembre, que cette politique devait être accompagnée par une attitude de dialogue. Mais celui-ci à mes yeux, et c'est aujourd'hui sans doute la question essentielle, appelle une prise de responsabilité de la part des élus de la Corse. Face au sentiment de malaise et de crispation qui persiste, les élus de l'île doivent dire ce qu'ils souhaitent en toute clarté, quelles sont leurs propositions, leurs réponses aux attentes de la population dont ils tiennent leur mandat. Cette prise de responsabilité, nous le sentons tous en Corse comme sur le continent, est aujourd'hui nécessaire.
Je suis prêt à recevoir, à l'Hôtel Matignon, très rapidement, dès que possible, les élus de la Corse ensemble pour en débattre avec eux. Je suggère que participent à cette réunion : les parlementaires, le président de l'exécutif, le président de l'Assemblée de Corse, des représentants, deux par exemple, des groupes qui constituent aujourd'hui l'Assemblée de Corse et les présidents de Conseil général.
Au-delà, les Corses aussi ont besoin de dialoguer entre eux, de manière démocratique et au grand jour. Ces débats concernent les élus de la Corse, au premier chef, mais aussi les représentants de la société civile. Il faut que les Corses prennent la parole pour dire ce qu'ils rejettent et ce à quoi ils aspirent.

Ma proposition est un acte de confiance. Il appartient maintenant aux élus de Corse d'exercer leurs responsabilités. Le Gouvernement assumera celles qui lui incombent, pour concourir à cette démarche et en tirer les conclusions."

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 3 décembre 1999)

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