Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et de Force démocrate, dans "L'Est Républicain" du 18 novembre 1999, sur le rôle de l'UDF dans l'opposition, la cohabitation et la politique gouvernementale. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et de Force démocrate, dans "L'Est Républicain" du 18 novembre 1999, sur le rôle de l'UDF dans l'opposition, la cohabitation et la politique gouvernementale.

Personnalité, fonction : BAYROU François, TARIBO Pierre.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Force démocrate, président

ti : 1 - " Bataille pour la présidence du RPR, absence de projets, débat d'idées nul, on a l'impression que l'opposition est toujours dans la brume. Comment peut-elle en sortir ? ".

Cessons de pleurnicher et cessons de nous plaindre ! Semaine après semaine, les élections partielles montrent une chose : les électeurs de l'opposition, eux, demeurent fidèles et déterminés. Ils sont présents au rendez-vous et élisent nos candidats. La gauche est en perte de vitesse et nos candidats passent. Alors que les leaders soient à la hauteur des électeurs ! Nous avons une responsabilité : celle de proposer un projet alternatif au socialisme et de le défendre. Faisons-le. Pour ma part, et au nom de toute l'UDF, je dis que nous en avons assez de cette opposition contrite, honteuse, complexée. Il est temps de redresser la tête et de redevenir fiers de nos idées.

2 - " Qui vous paraît capable de fédérer la droite, d'être son repère, son recours et finalement son sauveur ? "

L'opposition n'a pas besoin de sauveur. Elle a besoin de volonté et d'ambition. Elle a besoin de conscience et de fierté. Rien d'autre. Si chacun fait son travail, l'image de l'opposition changera et elle retrouvera le succès. Je suis persuadé qu'un jour elle devra se fédérer. Elle saura, comme la gauche, jouer de sa diversité et en faire un atout.

3 - " Quel rôle doit jouer l'UDF dans cette reconstruction qui, vu l'état des lieux, s'apparente aux travaux d'Hercule ? "

L'UDF est rassemblée et en bonne santé. Cela nous donne une responsabilité particulière dans notre rôle d'opposant au gouvernement comme vis-à-vis de nos partenaires. L'UDF doit montrer le chemin du renouvellement des idées et des hommes. Le monde politique a trop longtemps vécu dans une tour d'ivoire isolée de la réalité du terrain, ce qui explique pour beaucoup son discrédit actuel. La politique de demain, c'est celle qui saura prendre en compte les attentes concrètes des gens et les faire participer à la prise de décision. C'est une politique qui fera toute sa place au contrat et à l'expérimentation, à la décision du terrain, et plus seulement à ce qui se décide à Paris. Prenez les 35 heures : chacun sent bien que les préoccupations des grandes entreprises industrielles sont différentes de celles des PME de services. Et pourtant, on met tout le monde sous la même toise, au même moment, avec les mêmes contraintes. Cela, c'est la politique du passé.

4 - " Emplois fictifs du RPF, Mairie de Paris, MNEF, démission de M. Strauss-Kahn, les affaires reviennent. Comment réagissez-vous devant ce phénomène qui dessert la démocratie ? "

Je vis très mal ces affaires. Tout cela n'est à l'avantage de personne. C'est la démocratie tout entière qui en souffre. Avec pour conséquence une perte de confiance de plus en plus grave de la part des citoyens. Si vous regardez les sondages, vous verrez que jamais sous la cinquième République le discrédit des hommes politiques n'aura été aussi grand ! Tout se passe aujourd'hui comme si, l'économie se portant mieux, la politique était devenue le maillon faible de la réalité française. Et cela est pour moi la conséquence indirecte de cette lente décomposition des institutions due à la cohabitation.

5 - " La cohabitation est-elle bonne ou mauvaise ? Est-ce pour vous un régime singulier qui ne sert personne et surtout pas le pays. "

Comme l'avait dit le Général de Gaulle, il ne saurait y avoir de dyarchie au sommet de l'Etat. La cohabitation est un système profondément nuisible à l'efficacité de l'action publique comme à la vitalité de notre vie démocratique. Et contrairement à ce que l'on pense généralement, je ne crois pas que les Français le souhaitent vraiment. Qu'ils aspirent à une vie politique dépassionnée et sereine, où l'on puisse débattre sans s'injurier, cela est vrai. Mais je pense également qu'ils assistent avec consternation à cette espèce d'embuscade permanente dans laquelle se trouvent les deux têtes de l'exécutif. Cette ambiance de croche-pieds et d'escarmouches ne sert pas la France. J'ajoute que les tensions entre le Président de la République et le Premier ministre iront naturellement croissantes à mesure que s'approchera l'élection présidentielle.

6 - " Que pensez-vous de l'action de Lionel Jospin ? Est-elle efficace ou n'est-ce que poudre aux yeux malgré le chômage qui régresse, la croissance qui se maintient et la confiance qui est revenue ? "

L'état de grâce du gouvernement Jospin à vécu. Le Premier ministre peine à donner un deuxième souffle à une action qui devient de plus en plus de la simple gestion. Les grands sujets ne sont pas traités : qu'il s'agisse des retraites, de la réforme de l'Etat, de la diffusion des responsabilités dans la société, tous ces travaux sont au point mort. Au contraire, on assiste, par exemple, à une recentralisation rampante au lieu de la décentralisation large dont la France aurait besoin. Il n' a pas de réponse qui fédère la société française face à la mondialisation. Je crois que le désenchantement n'est pas loin. Quant à la " méthode Jospin ", on commence à s'apercevoir qu'elle est plus autoritaire que ce que l'on pensait, et moins morale qu'on ne le proclamait.

7 - " Avec les élections européennes, vous avez montré votre capacité à relever les défis politiques. Seriez-vous tenté de rééditer la même opération à l'occasion de la prochaine élection présidentielle ? "

En 2002, la France sera face à elle-même. C'est le grand rendez-vous de son avenir, celui où se décidera l'élan du XXIe siècle. Et j'en suis convaincu ce devra être le rendez-vous du courage et des idées claires. Qui défendra ces idées claires, qui proposera cet élan ? Il y a encore un peu de temps pour le décider.


(source http://www.udf.org, le 20 novembre 1999)

Rechercher