Déclaration de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, sur les objectifs de la politique de "reconquête du plein emploi", Paris le 25 septembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, sur les objectifs de la politique de "reconquête du plein emploi", Paris le 25 septembre 1999.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. PS, premier secrétaire

Circonstances : Colloque sur l'emploi organisé à Paris le 25 septembre 1999

ti : Je voudrais tout d'abord me réjouir de l'initiative qui a été prise par Gaétan Gorce, par François Lamy et par Vincent Peillon d'avoir organisé ce colloque. Je vois le sens d'anticipation des socialistes une nouvelle fois récompensé car ils savaient bien que, dans cette rentrée, les questions d'emploi, de croissance et peut-être même de licenciement seraient d'actualité.

Je suis aussi heureux d'accueillir un certain nombre de parlementaires, d'experts, de professeurs mais aussi de représentants de pays européens, confirmant bien que la question du chômage, de la lutte pour l'emploi, pour la croissance est un objectif européen.

Il me faut insister sur le rôle du Parti socialiste dans cette deuxième étape. Après que nous ayons constaté le succès de notre politique, succès économique : la confiance est revenue, la croissance est repartie, le chômage commence à diminuer, succès aussi politique à travers un certain nombre de résultats électoraux, nous avons respecté nos engagements, ceux que nous avions pris au moment des élections législatives, et dans cette nouvelle étape qui s'ouvre jusqu'au prochain rendez-vous électoral, celui de 2002, nous devons en tant que socialistes - élément principal de la majorité plurielle- faire des propositions, ouvrir des perspectives, contribuer aux débats, favoriser la prise de décision dans le Gouvernement à un moment où il est, par nature, confronté à l'émergence, l' irruption du réel. Parce que même si nous avons de bons résultats en matière économique, même si nous avons fait beaucoup en matière sociale, il est normal, dans une société comme la nôtre, d'être aussi confronté à des éléments qui quelquefois surgissent et qui ne devraient même pas se produire.

Faisons des propositions, c'est notre rôle, j'allais dire notre obligation ; il sera temps ensuite de savoir comment les porter ; nous avons bientôt des journées parlementaires qui permettront, je l'espère, à ces propositions de trouver leur application dans les lois, dans la politique du Gouvernement et, s'il le faut, nous pourrons toujours manifester pour les défendre ; mais ce n'est pas l'objectif en lui-même.

L'évocation du plein emploi suscite, en définitive, plusieurs réactions possibles. La première est tout de même celle de penser qu'il s'agit là d'une nouvelle incantation, d'un nouveau v¿u pieux tant le scepticisme est grand quand on souffre d'abord d'une situation de chômage, d'une crainte même par rapport au devenir de son propre emploi ou qu'il y a l'annonce de plans de licenciements ou d'une suppression d'effectifs.

Il y a eu tellement d'annonces, tellement d'illusions diffusées, portées quelques fois de bonne foi par des responsables politiques, pour que nous ayons quelques scrupules aujourd'hui à affirmer la perspective du plein emploi.

La deuxième façon d'entendre le retour du plein emploi est une façon un peu mécanique de certains économistes qui croient à une certaine fatalité dans les processus et que, parce qu'il y aurait une évolution démographique, le plein emploi serait à portée de main. Cela fait des années que l'on nous annonce, du côté des économistes, que le plein emploi est pour demain grâce la bénédiction de cette démographie. Cela ne s'est pas produit et il n'est pas sûr que cela se produira.

Comment entendons-nous cette " reconquête du plein emploi ", pour reprendre la formule de Lionel Jospin ? Nous l'entendons comme l'affirmation d'une volonté à un moment où les circonstances n'ont jamais été aussi favorables pour atteindre cette perspective. C'est vrai qu'il y a des circonstances favorables : la reprise de la croissance est incontestable ; on nous annonce que l'Europe connaîtra un cycle de croissance -c'est possible ; nous en avons déjà les premières retombées. Mais il faut une volonté ; sans la volonté, il n'est pas sûr que de la démographie et d'une conjoncture favorable sortira le plein emploi. Car l'économie de marché ne produit pas naturellement le plein emploi. Il n'y a pas d'optimum économique qui serait aussi un optimum social qui se traduirait par un optimum dans l'emploi au sein de tous les facteurs de production, et notamment ceux du travail. Voilà pourquoi, il faut une intervention de l'Etat. C'est ce qui fonde la légitimité d'abord de notre engagement mais aussi la légitimité de l'action collective que nous entendons mener pour les prochaines années.

Cette intervention de l'Etat peut se fixer plusieurs objectifs ; j'en citerai trois :
Recherche de la plus forte croissance possible
Recherche du plus haut niveau d'emploi possible
Recherche de la plus grande qualité de l'emploi possible

I -LA PLUS FORTE CROISSANCE POSSIBLE


Confirmons une vérité simple : la croissance fait l'emploi. Ajoutons peut-être aussi que l'emploi fait la croissance, et que c'est de cette dialectique que nous arriverons peut-être à retrouver un espoir dans le retour du plein emploi.

Comment d'abord faire surgir cette croissance ou plutôt la consolider ?

1. Par la politique macro-économique :


À la fois budgétaire même si nous sommes dans des règles européennes de déficits publics, nous avons encore -grâce aux choix structurels des dépenses publiques- une action qui répond à des objectifs nationaux. Comment essayer d'avoir la meilleure allocation des fonds publics pour l'emploi ? Est-ce que nous ne pouvons pas regarder toutes les dépenses budgétaires, toutes les dépenses collectives à l'aune de leur efficacité en matière d'emploi ? C'est un élément, j'allais dire d'autonomie, de marge de man¿uvre de la politique budgétaire que nous n'avons peut-être pas mis suffisamment en évidence.

La politique monétaire :
Il y a l'Euro, mais veillons néanmoins à ce que les taux d'intérêts restent au niveau auquel ils sont aujourd'hui. Si nous avons connu une période de croissance faible, voire même une récession en Europe et en France, c'est à cause d'un coût du capital qui fut trop élevé au nom de la politique monétaire. Puisqu'il y a l'Euro aujourd'hui, nous avons la capacité collective - la Banque Centrale Européenne dont je ne voudrais pas froisser l'autonomie, mais aussi les gouvernements- pour préserver ces faibles taux d'intérêts.

Troisième donnée de la politique macro-économique :
Nous avons sans doute une balance des paiements excédentaire en Europe et en France, ce qui est tout de même une innovation depuis 10 ans que nous gérons le pays les uns les autres ; et nous devons aussi constater qu'il y a une balance des paiements déficitaire aux Etats-Unis. Ce qui signifie quoi lorsque l'on regarde l'économie mondiale ? Que notre épargne, l'épargne collective des Européens, sert à financer les investissements des Etats-Unis ; et que le cycle de croissance américain, dont nous nous réjouissons, et il y a sans doute d'autres causes, s'explique en partie par le fait que les Américains utilisent l'épargne du reste du monde pour financer leur propre projet de développement. Je ne dis pas qu'il faut rationner l'épargne pour ne plus en faire bénéficier les Etats-Unis, mais nous devons réfléchir au fait que notre demande intérieure - consommation et investissements- est finalement insuffisante pour absorber les capacités d'épargne disponible dans nos pays d'Europe. Ceci suggère non seulement l'urgence d'une politique de croissance, mais aussi sa possibilité.

2. Par le soutien à la consommation à travers le pouvoir d'achat des ménages :


Il s'est amélioré puisqu'en 1998, il a progressé de plus de 3%, essentiellement pour des raisons de salaires directs grâce à la désinflation - qui n'a pas que des défauts-, mais aussi grâce à la politique fiscale que nous avons mise en ¿uvre, notamment avec le basculement des cotisations sociales vers la CSG.

Il faut poursuivre ce mouvement de soutien de la consommation, d'autant que l'inflation reste à un niveau tellement bas que l'anticipation des agents finira par s'en apercevoir, et qu'il n'y aura plus ce facteur d'amélioration du salaire réel mécaniquement par la faible inflation. Il faut donc d'un côté permettre les négociations salariales sur des bases réalistes et de l'autre avoir une politique fiscale. C'est pourquoi le Parti socialiste a appuyé cette proposition de baisse de la TVA, qui agit sur l'essence même du soutien de la croissance - c'est-à-dire sur la consommation des ménages.

Et si, demain, nous devons faire un geste sur la fiscalité directe, il faut que ce geste touche tous les ménages si nous voulons qu'il soit efficace en matière de soutien à la consommation ; sinon, nous ne sommes pas sûrs qu'en augmentant le revenu direct des ménages, par une politique fiscale appropriée, nous n'encouragerions pas un mouvement d'épargne plutôt qu'un mouvement de consommation.

3. Par une politique structurelle :


Nous n'en parlons d'ailleurs pas suffisamment : la politique de la recherche, la politique de l'éducation, la politique des équipements collectifs, Services publics¿ Tout cela contribue à élever le niveau de croissance dans un pays, mais aussi dans un continent comme celui de l'Europe.

II -LE PLUS HAUT NIVEAU DE L'EMPLOI POSSIBLE


L'emploi fait aussi la croissance. Et je pense que, si nous n'avions pas engagé les emplois jeunes, fait voter cette première loi sur les 35 heures - et Gaétan Gorce en a été à l'origine avec le Gouvernement bien sûr-, si nous n'avions pas provoqué des créations d'emplois - plus de 200 000 pour les emplois jeunes, plus de 240 000 avec la réduction du temps de travail, 350 000 emplois qui se sont ajoutés aux emplois provoqués spontanément par les mouvements de l'économie-, nous n'aurions pas augmenté le pouvoir d'achat des ménages, nous n'aurions pas soutenu la croissance. Tout se tient. Il n'y a pas qu'une politique macro-économique, il y a aussi une politique volontariste de l'emploi.

1. L'emploi enrichit la croissance :


Au cours de ces dernières années, tout le monde l'a constaté, la croissance s'est enrichie en emplois. Cela s'est fait grâce aux activités de services, qui ont une moindre productivité, cela s'est fait avec les nouvelles technologies, cela s'est fait grâce à la satisfaction de nouveaux besoins¿ Cela s'est fait aussi à travers la diffusion du temps partiel, des contrats à durée déterminée et de l'éclatement de la société du travail, il faut le reconnaître. Nous devons, nous, rechercher au-delà de la croissance tout ce qui peut enrichir son contenu. C'est le sens des 35 heures qui doivent créer des emplois et c'est tout le sens de la discussion qui va s'ouvrir prochainement à l'Assemblée nationale : Comment faire que cette loi crée à la fois le maximum d'emplois pour soutenir la croissance, permette une organisation du travail la plus efficiente possible et aboutisse à libérer du temps pour de nouvelles occasions de consommation privée ou sociale et tout simplement de consommation courante ? C'est cela l'enjeu des 35 heures. Ce n'est pas simplement un mouvement de robinets à travers des soutiens, des exonérations de charges ou la souplesse qui doit être donnée aux uns et aux autres. C'est la recherche d'une combinaison qui permette à la fois les créations d'emploi, l'organisation efficiente du marché du travail et la libération du temps.

2. Politique de structure de prélèvements obligatoires :


Pendant des années, il y a eu un mouvement de substitution du capital travail qui pouvait à la limite se justifier par la comparaison des coûts entre travail et capital, qui avait déjà perdu une grande partie de sa raison d'être quand les taux d'intérêt étaient à ce point élevés que le coût du travail pouvait paraître même économique pour l'entreprise qui savait utiliser une bonne combinaison des facteurs de production. Et, curieusement, à mesure que le coût du travail a été allégé - il l'a été ces dernières années-, il y a eu la continuation d'une politique de substitution du capital au travail. Il nous faut donc envoyer des signes suffisants pour casser cette logique infernale.

Je ne dis pas qu'il y a aujourd'hui un risque de pénurie dans la création d'emplois, parce que - malgré tout- quels que soient les discours qui ont pu être tenus, nous avons toujours créé de l'emploi ; il n'y a pas la fin de la société du travail ; jamais ! Il y a toujours eu une élévation du niveau de l'emploi, sauf que l'on n'a pas créé suffisamment d'emplois par rapport aux besoins disponibles sur le marché, c'est-à-dire par rapport au nombre de personnes qui voulaient travailler. Il faut donc envoyer des signes pour changer les choix des entrepreneurs, des employeurs en matière d'embauche ou d'investissement. C'est pour cela que nous avons agi dans le sens de la baisse de la taxe professionnelle ; c'est pour cela que nous devons faire la réforme des cotisations patronales, et c'est une première étape qui s'engage à travers la contribution des bénéfices des sociétés et à travers la contribution sur les activités polluantes. Il faut aussi changer, à notre avis, le mécanisme des cotisations UNEDIC. Il n'est pas normal que le chômage soit financé sur le travail, c'est-à-dire que l'indemnisation du chômage soit financé par l'emploi.

De la même manière, nous sommes favorables à un renchérissement du coût des licenciements. Et, comme nous l'avons fait pour les préretraites, comme nous l'avons fait pour la dissuasion des licenciements des salariés de plus de 50 ans, nous devons renchérir le coût des licenciements. Nous devons, si je puis dire, favoriser par des modifications de calcul des cotisations sociales, tout ce qui est l'entrée, l'embauche, l'emploi et nous devons dissuader la sortie. Le coût de l'entrée sur le marché du travail, le coût de l'entrée dans l'entreprise doit être allégé ; le coût de la sortie doit être alourdi. C'est cela une politique qui peut, intelligemment, changer les comportements des entreprises.

III -LA PLUS GRANDE QUALITE DE L'EMPLOI POSSIBLE


1. La prévention des licenciements :


S'il est un sujet d'actualité, c'est bien celui-là. La meilleure prévention des licenciements, devrait-on dire, c'est la croissance. Mais elle ne suffit pas ; il y a encore plus de 200 000 licenciements chaque année dans ce pays.

Comment faire pour essayer d'éviter les licenciements qui ne sont pas nécessaires ? Comment faire pour prévenir suffisamment tôt ces suppressions d'emplois ? Comment faire pour essayer de faire adopter une autre logique qui serait celle, par exemple, celle de la réduction du temps de travail ?

Nous faisons plusieurs propositions :

Il faut renforcer le droit des salariés : droit des salariés par rapport à l'information, par rapport à la consultation, par rapport à la prévision économique. Mais droit des salariés également, et c'est un sujet qui méritera d'être discuté au sein du Parti socialiste avec les organisations syndicales, quant à savoir quelle est aujourd'hui la place du salarié. Est-ce qu'il ne doit pas aussi avoir les mêmes droits que les actionnaires ? Ne faudrait-il pas que les salariés s'organisent pour détenir collectivement des parts dans les sociétés dans lesquelles ils travaillent pour peser sur un certain nombre de choses ? Et ce n'est pas une question facile pour nous, les socialistes, qui avons toujours conçu la question de la propriété comme étant purement privée ou purement publique, et qui n'avons jamais accepté -dans nos textes fondateurs- la conciliation, l'association, la participation travail / capital. Mais nous avons tout de même réfléchi à la possibilité de constituer, à travers des fonds dédiés à cette seule préoccupation, contrôlés par les partenaires sociaux, qui pourraient donc constituer la part que détient le salarié dans sa propre entreprise. Je crois que le sujet est suffisamment important pour que nous puissions, dans les semaines à venir, y revenir.

Contrôle plus rigoureux des plans sociaux : Nous proposons qu'un plan social n'est pas acceptable, dès lors qu'il n'y a pas eu la recherche préalable des solutions liées à la réduction du temps de travail. S'il n'y a pas eu, dans l'entreprise, l'application préalable des 35 heures, alors nous devons refuser ces plans sociaux. De la même manière que nous ne pouvons plus accepter qu'il y ait des aides publiques qui soient versées à des entreprises qui font des profits et qui se laissent aller à des suppressions d'effectifs. Il faut donc suspendre, dans ces cas de figure, les aides publiques qui pourraient, notamment dans le cadre des 35 heures, être versées à ces entreprises-là.

Réfléchir à la pénalisation financière des entreprises faisant des profits et qui se livrent à des suppressions d'effectif : C'est la raison pour laquelle nous avons proposé la modulation des cotisations UNEDIC selon les comportements d'emplois. C'est sans doute une idée difficile. Il est sans doute nécessaire d'avoir une concertation avec les partenaires sociaux qui gèrent l'UNEDIC - il ne faut rien imposer-, mais je fais tout de même observer que c'est ce qui existe en matière d'accidents du travail ; et que même si les Etats-Unis ne sont pas notre modèle, cette modulation des cotisations de chômage est en vigueur aux Etats-Unis.

2. La lutte contre la précarité :


Nous sommes conscients que l'économie a toujours besoin de souplesse, mais nous sommes aussi conscients que, s'il n'y a pas de garde-fous, la souplesse devient vite flexibilité généralisée, la précarité la règle et le contrat à durée indéterminée l'exception. C'est pourquoi, nous souhaitons que certes demeurent ces formules de contrat à durée déterminée, d'intérim qui constituent les premiers pas, les premières étapes de l'intégration sur le marché du travail de beaucoup de jeunes et de moins jeunes, mais nous sommes favorables à une certaine normalisation. Dans ce but, nous proposons :

Une égalité des droits sociaux - elle existe déjà largement pour les salariés qui connaissent l'intérim, mais elle est peu en évidence pour ceux qui sont en contrat à durée déterminée. Egalité des droits sociaux donc, quels que soient les statuts ;

Une Amélioration des indemnisations de chômages pour les salariés précaires ;

Une Pénalisation des abus : dans le cadre des accords de la réduction du temps de travail, 35 heures : les aides doivent être réservées aux seuls accords privilégiant les contrats à durée indéterminée et refuser les aides structurelles dès lors que c'est la formule précaire qui prévaut ; lorsque la part des salariés précaires dépasse la norme de la branche, il faut un système de dissuasion ou de pénalisation à travers une augmentation de la prime de précarité ou le malus que l'on peut introduire dans les cotisations UNEDIC.

3. La formation professionnelle :


C'est à mon sens l'enjeu majeur. Si nous pensons, et nous le pensons tous, aujourd'hui l'économie est mondialisée, que les formes d'emploi vont changer, que les qualifications vont subir une révolution due aux technologies nouvelles, si nous pensons même qu'il va y avoir une mobilité professionnelle géographique, alors il faut une grande loi de l'éducation permanente. Celle de 1970 avait été conçue pour une période de croissance forte et de qualification de personnes qui pouvaient notamment réfléchir à autre chose que le travail ; aujourd'hui, il faut un système qui donne des droits individuels avec des garanties collectives ; oui, une deuxième chance doit être donnée ; chacun doit pouvoir avoir accès à l'adaptation aux technologies de demain.

4. Les emplois jeunes :


Ce fut une bonne mesure, une mesure bien comprise mais néanmoins inachevée. Il n'y a pour l'instant que 200 000 jeunes, et c'est déjà beaucoup, qui sont dans ces formes d'emploi.

C'est à nous d'examiner de nouveaux champs et de prévoir de nouveaux moyens.

a) Les nouveaux champs


L'agriculture : si je puis dire, c'est tout d'abord l'agriculture et les professionnels qui en ont fait la demande. Cette profession, généralement peu favorable à l'intervention de l'Etat même si elle en est souvent la plus grande bénéficiaire, a exprimé le souhait de voir créer des emplois nouveaux dans l'agriculture ;

Les nouvelles technologies : Si nous voulons diffuser démocratiquement les nouvelles technologies, il y a un gisement considérable pour les emplois jeunes, à la fois de qualification de ces emplois et de diffusion des savoirs nouveaux liés à ces emplois ;


La politique dans les quartiers : les emplois jeunes ont à l'évidence une portée, à la condition que l'on mette bien dans ces emplois jeunes les jeunes des quartiers, ce qui n'est pas toujours le cas.

b) Les nouveaux moyens


Nous proposons qu'il y ait, notamment pour les emplois jeunes dans le secteur privé, une allocation formation/insertion, sous condition de ressources sans doute, qui soit attribuée à tous ces jeunes de moins de 25 ans qui sont sans revenu, sans couverture sociale, en contrepartie d'un parcours qualifiant. C'est l'objectif qui était le nôtre en 1997, qui le demeure, et qui permettra des formations en alternance. C'est tout de même mieux d'avancer cette idée d'allocation-formation pour les moins de 25 ans que de se satisfaire du slogan du " Rmi jeune " qui nous est souvent proposé. Pour des socialistes, avoir pour seule perspective l'élargissement du nombre de personnes au Rmi, ce n'est pas une perspective acceptable. Nous devons réfléchir à la perspective de l'insertion dans le marché du travail.

Il y a trois conditions au succès de cette politique :

La qualité des relations sociales : la capacité à trouver des compromis positifs, à rechercher l'innovation et prévoir et anticiper les nouveaux risques. C'est un des mérites des 35 heures, il y en a d'autres, d'avoir considérablement développer l'esprit de négociation, et ce sera aussi intégrer dans la deuxième loi, notamment sur la nécessité d'un accord pour pouvoir bénéficier des aides structurelles. Mais pour construire une bonne relation sociale, il faut être deux. Et je constate que les partenaires syndicaux ont profondément évolué, notamment sur des questions comme l'Europe ou les 35 heures, et qu'il y a un partenaire qui n'a pas évolué, qui a même régressé, il faut le dire, c'est le Medef - le changement de nom n'a visiblement pas été propice à cette saine évolution. Il préfère à chaque fois la menace à la proposition. Et, quand on voit ce qu'il fait sur l'ARPE - ce système qui permettait à des salariés qui travaillaient depuis l'âge de 14 ans de partir plus tôt à la retraite et d'obtenir la satisfaction de laisser la place à un jeune-, risquant de remettre en cause ce processus ; quand on voit la menace permanente qui est faite quant à l'abandon des organismes paritaires de Sécurité sociale ; quand on voit l'attitude du Medef vis-à-vis des 35 heures et l'organisation, lui aussi, d'une grande manifestation contre ce processus¿ C'est bien le Medef qui constitue un frein à la modernisation de notre pays. Quant à l'opposition, c'est vrai qu'elle ne va pas bien, c'est vrai qu'elle est pour le moment décapitée, même si on voit plusieurs têtes ; c'est vrai qu'elle est dépitée, on peut le comprendre. Cela ne durera sans doute pas et nous aurons à faire face à des rendez-vous électoraux, comme toujours, difficiles. Mais, en tout cas, il n'est pas légitime, il n'est pas sain dans une démocratie, que ce soit le patronat qui remplace l'opposition. Ce n'est ni bon pour l'opposition, ni bon pour le patronat.

Une bonne cohésion sociale : nous pouvons avoir un retour partiel au plein emploi ; c'est-à-dire que dans 5 ans, il est possible d'avoir beaucoup plus de personnes dans l'emploi, mais d'avoir toujours une fraction de la population exclue du marché du travail, soit trop vieille, soit trop jeune, soit mal formée bref d'avoir une partie de la société qui reste en dehors du processus de modernisation que nous aurions engagé. Cela doit donc justifier de notre part la sélectivité de nos interventions et des mesures particulières en direction de cette catégorie de la population.

La cohésion territoriale : il peut se produire le retour du plein emploi en terme quantitatif. Les emplois nouveaux sont nés, mais ceux qui ont été détruits, les emplois anciens qui ont disparu étaient ceux de régions qui n'ont pas été capables de faire surgir les nouveaux emplois. Il peut se produire donc que le retour espéré du plein emploi se traduise par une désarticulation de nos territoires, des vides d'emplois sur nos territoires. A ce moment-là, le progrès collectif que nous aurions fait apparaître pourrait se payer par des désertifications régionales. Il faut donc réfléchir à la localisation d'activité, à la qualification et aux nouvelles technologies pour ces zones d'emplois qui ne naissent pas spontanément.

CONCLUSION


Le plein emploi est un enjeu collectif et un enjeu individuel. C'est un enjeu collectif car il y va du sens même de notre projet et de l'avenir même de notre société. C'est un enjeu individuel, parce que le plein emploi c'est d'abord l'emploi que chacun a pu obtenir.

Le travail, nous l'avons toujours dit en tant que socialiste, est un facteur de dignité, c'est une source de revenu et un vecteur d'épanouissement. Mais nous devons réfléchir bien sûr au plein emploi mais aussi à la qualité de ce plein emploi. Peut-être d'ailleurs que le débat, dans les prochaines années, entre les libéraux et les socialistes sera moins sur l'objectif du plein emploi que sur les conditions de sa réalisation.

Enfin, chers amis, la vie n'est pas que dans le travail, et nous avions un projet d'épanouissement de l'individu fondé sur la libération du travail. Mais nous en arrivons à la conclusion simple : aujourd'hui il faut continuer à penser que la vie est ailleurs, mais pour pouvoir se libérer du travail, il faut, au préalable, avoir un emploi.

(source http:// www.parti-socialiste.fr, le 8 février 2001)

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