Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur l'amitié franco-allemande et les relations entre le SPD et le PS, Berlin le 7 décembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur l'amitié franco-allemande et les relations entre le SPD et le PS, Berlin le 7 décembre 1999.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Congrès extraordinaire du SPD (Sozialdemokrastische Partei Deutschlands) à Berlin (Allemagne) le 7 décembre 1999

ti : Monsieur le Chancelier fédéral, Lieber Gerhard,
Cher(e)s Camarades,
Cher(e)s Ami(e)s,

Je suis heureux de me trouver parmi vous.
· Heureux de retrouver, Gerhard SCHROEDER, mon ami, après nos rencontres à Genshagen, à Paris, à Florence ou à Madrid. Je le remercie chaleureusement de son invitation et lui souhaite plein succès dans le scrutin auquel il est candidat.
· Heureux de retrouver les camarades du SPD. Je vous remercie de votre accueil si chaleureux.
- Le Sozialdemokrastische Partei Deutschlands a toujours occupé une place essentielle dans notre grande famille sociale-démocrate. Et, depuis Willy BRANDT, je me suis toujours senti proche de lui.
- Le 28 septembre 1998, vous avez réussi la première alternance de l'Allemagne réunifiée. Depuis, vous faites vivre, avec les Grünen, une coalition inédite ; je sais la richesse de cette configuration - et l'attention qu'elle requiert -, puisque je m'appuie, en France, sur une majorité plurielle de cinq partis. Il nous faut toujours trouver le juste équilibre entre débat et cohésion.

· Heureux d'être à Berlin, nouvelle capitale de la République fédérale d'Allemagne.
- L'installation du Gouvernement fédéral à Berlin clôt pour l'Europe, d'un point de vue institutionnel, le cycle de la réunification ouvert ici même il y a dix ans.
- Ce changement de capitale, ce retour à une capitale, marque une étape de plus dans la réconciliation de l'Allemagne avec elle-même.
- Ce déplacement de lieu est perçu avec sérénité par mes compatriotes. Hier "Bonn-Paris" ; désormais beaucoup plus symboliquement "Berlin-Paris" : ce sont toujours des Allemands et des Français qui conjuguent leurs efforts, c'est encore la même amitié qui nous unit.

C'est au nom d'une double fraternité que je vous parle aujourd'hui.
· Celle du Premier ministre d'un pays ami, qui connaît l'importance de la relation de confiance nouée avec son voisin d'outre-Rhin.
· Celle du camarade au sein de la famille social-démocrate, ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, qui s'exprime lors du congrès d'un grand parti social-démocrate, votre parti, le SPD.

1. En cette fin de siècle, la relation franco-allemande constitue notre bien commun.

La relation qui unit nos deux nations est exceptionnelle.
· D'un point de vue économique, bien sûr. Les échanges commerciaux entre nos deux pays approchent les 100 milliards d'euro. Le mariage de HOECHST et Rhône-Poulenc pour former AVENTIS, celui d'Aérospatiale Matra et de DASA pour former EADS, celui de SIEMENS et de FRAMATOME représentent de grands rapprochements industriels, toujours marqués par le respect mutuel.
· Mais là n'est pourtant pas l'essentiel. Car il y a surtout l'amitié qui nous unit. Une amitié construite sur une histoire partagée, mais tournée vers l'avenir. Une amitié exigeante, qui dépasse les clivages politiques, car elle concerne directement nos peuples.

L'amitié franco-allemande est précieuse à chacune de nos deux nations.
· Trop longtemps, à l'époque de l'Europe guerrière, Français et Allemands ont cru pouvoir bâtir leurs destins les uns contre les autres. Nous savons aujourd'hui que nous n'avons pas de destin les uns sans les autres.
· L'amitié que des générations successives d'hommes d'Etat ont su construire compte pour beaucoup dans l'apaisement de nos nations avec elles-mêmes, dans le regard lucide qu'elles portent désormais sur leur Histoire, dans la conception proche que nous avons de l'Union européenne.

L'amitié franco-allemande est indispensable à l'Europe.
· Pour l'Europe telle qu'elle existe aujourd'hui. La paix, le marché commun, la solidarité grâce aux politiques sectorielles, la monnaie unique : à chaque étape de l'approfondissement du projet européen, Allemands et Français ont su travailler de concert.
· Et surtout pour l'Europe telle qu'elle doit être demain :
- une union de nations : ni oublieux de la nation, ni replié sur elle, notre projet politique recherche une articulation harmonieuse entre chaque pays et l'Europe ;
- un espace de prospérité et de plein-emploi : par une volonté politique collective, nous pouvons faire de l'Europe un espace de croissance forte, solidaire et durable ;
- un modèle de civilisation, conciliant la marche vers l'unité et le respect de la diversité culturelle, fier du modèle social qui accompagne sa réussite économique, fort de sa vie démocratique pluraliste ;
- une construction politique cohérente : reposant sur la logique géographique - l'Union européenne à vocation à s'élargir - et la cohésion institutionnelle - l'Union européenne doit fonctionner de façon plus efficace et plus transparente.

C'est dans cet esprit que la France assumera la présidence européenne, au second semestre 2000.

L'amitié franco-allemande doit nous permettre, grâce à une volonté politique partagée, de construire l'Europe du plein-emploi.
· L'Allemagne et la France ont su développer un modèle de croissance et de progrès social, que l'on a appelé chez vous " l'économie sociale de marché ".
- après-guerre, à travers la reconstruction et les " Trente glorieuses ", les performances économiques et sociales de ce modèle ont été sans équivalent ;
- que ce modèle ait souffert de la crise est incontestable ; qu'il faille l'adapter, également ; mais nous nous tromperions en croyant qu'il nous faut le démanteler ;
- notre ambition doit être de réformer ce modèle de croissance, de le faire vivre dans le monde nouveau qui est le nôtre.

· Au cours des quinze dernières années, nous avons accepté que l'Europe reste une zone de croissance faible et de chômage élevé. Nous avons eu tort. En tout cas, ce que nous avons réussi hier contre l'inflation, nous pouvons aujourd'hui le réussir contre le chômage. Cela requiert un même volontarisme, un même effort de coordination, un même engagement sur la durée.
· Nous devons ouvrir cet horizon aux Européens. Il est à notre portée.

L'amitié franco-allemande doit mettre sa force et sa fécondité au service du monde.
· La relation nouée entre nos deux nations est, en elle-même, un exemple de paix et de réconciliation.
· Cette amitié est fondée sur des valeurs :
- le développement équilibré et durable -et je sais combien les citoyens allemands y sont sensibles-;
- l'émancipation des femmes,
- la justice sociale ;
- un monde de coopération, refusant l'unilatéralisme ; un monde multipolaire, fondé sur un équilibre des forces ;
- la régulation du système financier international, afin d'accroître sa stabilité -stabilité dont vous connaissez la valeur- ; · Sachons construire ensemble la régulation dont le monde a besoin. Le monde a besoin de règles. L'échec de la conférence de Seattle vient, négativement, de le démontrer.

Cher(e)s Camarades,

Pour réussir cette oeuvre commune, nous pouvons compter sur la force et la vitalité de notre courant de pensée, la social-démocratie.

2. Le SPD et le Parti socialiste avancent, dans la fidélité à nos valeurs, vers la modernité.

Au sein de la social-démocratie européenne, le SPD et le Parti socialiste sont des cousins.
· Ils appartiennent à la même famille, ils ont un air de famille, mais leurs physionomies sont différentes.
· Historiquement, dans les débats de la pensée socialiste, vous avez fondé la social-démocratie. Nous sommes restés plus longtemps marqués par le marxisme. C'est dans l'opposition que vous avez fait votre aggiornamento idéologique ; c'est après 1981, exerçant les responsabilités du pouvoir au plus fort de la crise internationale, que nous avons réévalué les moyens de servir nos valeurs.
· Comme l'a dit Gerhard SCHROEDER, lors du Congrès de l'Internationale Socialiste, à Paris : "nous avons des valeurs communes, et des ennemis communs".
· Nous combattons avec la même force le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie.
· Nous refusons de la même façon le "laisser-faire".
· Nous recherchons les réponses aux aspirations les plus essentielles des femmes et des hommes : la justice sociale, l'épanouissement individuel au sein de sociétés solidaires, la maîtrise collective de leur destinée, un régime de croissance plus respectueux des hommes et de leur environnement.
· Chacun de nos mouvements recherche la modernité. Il le fait à sa façon. Avec ses références. Avec son histoire nationale. Avec sa culture politique. Et c'est très bien ainsi.


Cher(e)s Camarades,
Cher(e)s Ami(e)s,

· Les "affaires européennes" ne sont plus, et c'est heureux, des "affaires étrangères". Je ne sépare pas plus la France de l'Europe que vous ne séparez l'Allemagne de l'Europe. Chacun de nos pays peut être fort dans une Europe puissante, juste au coeur d'une Europe humaine, moderne au sein d'une Europe ouverte sur le monde.

· Ensemble, pas à pas, nous marchons vers cette "fraternité européenne" dont parlait Victor HUGO.

De cette fraternité, la social-démocratie peut être le ferment. Notre mouvement de pensée n'est jamais aussi fort que lorsqu'il fait vivre ses valeurs.
· Avec la sincérité et la conviction que nos concitoyens attendent.
· Avec d'autant plus de détermination et de volontarisme que les problèmes auxquels nous faisons face sont lourds.
· Avec le respect dû au rythme profond de nos sociétés respectives, comme à l'identité de la Nation à laquelle nous appartenons.

Respectons nos différences, elles font notre richesse. Cultivons notre amitié, elle fait notre force.


(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 8 décembre 1999)

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