Déclaration de M. Georges Sarre, président délégué du Mouvement des citoyens, sur l'évolution des relations internationales et sur le rôle des Etats au sein de la communauté internationale, Charleroi le 27 novembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Georges Sarre, président délégué du Mouvement des citoyens, sur l'évolution des relations internationales et sur le rôle des Etats au sein de la communauté internationale, Charleroi le 27 novembre 1999.

Personnalité, fonction : SARRE Georges.

FRANCE. Mouvement des citoyens, président délégué

Circonstances : Congrès de fondation du rassemblement Wallonie - France (RWF) le 27 novembre 1999 à Charleroi (Belgique)

ti : La France vous aime, même si vous étonnez toujours, même si vous étonnez encore les Français.
Mais, vous connaissez les Français. Vous nous connaissez même bien. Nous sommes bons républicains. En conséquence, bien sûr, nous sommes portés, tendus vers l'universel. Nous nous interrogeons toujours, non sans une certaine ingénuité : comment peut-on être Persan ? Comment, en vérité, peut-on ne pas être Français ?
Vous, Wallons, vous avez été Français pendant une vingtaine d'années, il y a deux siècles. Je crois que vous n'en avez pas gardé un mauvais souvenir. D'ailleurs, quinze ans après Waterloo, vous auriez voulu redevenir Français. Le concert des Nations s'y est alors opposé. Puis, l'histoire a été ce qu'elle a été. Mais, nous ne nous sommes jamais perdus de vue et d'amitié. Aux moments des pires dangers, nous fûmes toujours dans le même camp, celui de l'honneur et de la liberté. Aujourd'hui encore, nous affrontons des difficultés similaires dans un même contexte. La mondialisation libérale favorise la fragmentation politique. Alors même qu'elle conduit, chaque jour, à des concentrations financières, non seulement destructrices de l'emploi, mais aussi, de plus en plus, obstacles à une saine concurrence.
Permettez-moi, pour une fois, de prononcer trois mots dans la langue de Shakespeare : "small is beautiful". Slogan soixante-huitard, dont on a voulu nous faire croire qu'il était la maxime du bonheur. Slogan ravageur, puisqu'il condamne toute ambition collective, toute véritable hauteur de vue. Slogan mensonger car, pour ceux qui l'inspirent, seuls sont beaux les citoyens et les Etats qui se confinent dans la petitesse. Ils sont beaux, car ils ne s'opposent pas, ils ne s'opposent plus aux grands, aux grands de ce monde, aux géants de l'économie et de la finance.
Les Empires ont tout intérêt à n'avoir devant eux que des nains politiques, une multitude de nains politiques, dociles, trop petits pour contester, pour maîtriser nouvelles données et nouvelles technologies, empêtrés dans de mesquines querelles de voisinage. Quand celles-ci dégénèrent, quand elles deviennent sanglantes, l'humanitaire s'appuyant sur le militaire se substitue au politique, tout en permettant une propagande pour dévaloriser ce dernier.
De ce point de vue, de la Krajina à Pristina en passant par Sarajevo, la décomposition violente de la Yougoslavie a constitué, malheureusement, un modèle presque parfait. La dislocation de l'Union Soviétique a pu sembler moins heurtée ; le Caucase nous montre qu'à terme il peut s'agir d'une simple illusion, la puissance nucléaire et balistique de la Russie y empêchant toute ingérence autre que verbale. La séparation pacifique entre Tchèques et Slovaques pourrait n'être qu'une exception. Certes, toutes les situations ne pouvaient demeurer figées. Il y avait eu des annexions et des conquêtes dont les effets devaient disparaître. Mais, un peu d'imagination et de bonne volonté, et surtout beaucoup d'intelligence et de politique auraient éviter bien des drames, auraient évité cet éparpillement préjudiciable à toute résistance démocratique.
Désormais, quelque deux cents Etats composent ce qu'il est convenu d'appeler avec emphase la communauté internationale, alors que l'expression ne recouvre le plus souvent que la seule volonté des Etats-Unis d'Amérique du Nord. Tout est mis en ¿uvre ici ou là pour en accroître encore le nombre. Les grands ensembles sont fragilisés, menacés d'éclatement. Dans une certaine mesure, la division de la société en de multiples communautés, ethniques, religieuses, sexuelles ou autres, relève d'un mouvement similaire de fragmentation. Il n'épargne même pas les Etats-Unis. Mais, on voit bien aujourd'hui comment ce pays réagit, se défend devant ces conséquences, au moins devant les plus désastreuses d'entre elles. Il rejette de plus en plus les discriminations positives, ayant enfin compris que même positives elles restaient des discriminations. Il joue au mieux de sa force d'attraction pour absorber le meilleur de l'intelligence et des élites du monde entier. Le pays retrouve son dynamisme. Ainsi, devenu hyper-puissance, unique par définition, il dirige et régule la planète.
Ceux des autres Etats, qui veulent encore plastronner pour faire encore illusion, au moins devant leur propre peuple, lui servent de supplétifs empressés et prévenants. Les plus minuscules des Etats ne sont pas les moins inutiles ; ils servent de paradis fiscaux et de blanchisseries pour argent sale. Le discours moral, déversé à satiété, sert à couvrir toutes les turpitudes.
Si l'Europe se construisait à partir des peuples, sur la base des nations, elle pourrait devenir un rempart efficace contre cet univers du tout-profit individualiste, pour ne pas dire égoïste. Elle pourrait mobiliser bien au-delà des limites de notre continent. Mais, la construction européiste se comporte en simple modalité régionale de la mondialisation. Alors, elle cherche aussi à casser les vieilles nations d'Europe occidentale. Ces cadres dans lesquels les citoyens peuvent s'opposer à l'emprise des marchés.
La France n'est pas à l'abri de tels mouvements. La campagne en faveur des langues régionales et minoritaires n'a pas d'autre finalité que l'amoindrissement, sinon l'effacement, du pays. L'essence de la France est d'être une République une et indivisible. La langue française vient ensuite comme un signe extérieur, comme le signe le plus visible d'adhésion, comme le résultat concret de cette Ecole où se forme le citoyen. La promotion des langues régionales ne peut que développer des forces centrifuges. La diffusion des langues minoritaires ne peut que heurter l'intégration républicaine. Derrière, se cache toujours l'éthnicisme dont on connaît trop les ravages.
Le maintien des Etats tels qu'ils sont reste donc la meilleure des solutions. Pourtant, il existe parfois des situations regrettables où d'autres solutions s'imposent. Car, en définitive, le premier des droits de l'homme est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Oui ! Il faut le dire ! Le répéter sans relâche ! Le premier des droits de l'Homme est la possibilité pour chacun d'être citoyen c'est-à-dire de pouvoir participer pleinement et librement à la souveraineté nationale. Il ne saurait y avoir de liberté individuelle sans liberté de la Patrie. Les constituants de 1789, eux, l'avaient bien compris en promulgant dans une même déclaration les droits de l'Homme et du Citoyen. Aujourd'hui, l'un ne va pas sans l'autre ; ils sont indissociables. La France ne peut l'oublier. Les Français doivent s'en souvenir. C'est sur cette conception de la citoyenneté que repose le pacte social qui fonde encore et toujours la République Française.
Ceux qui le souhaitent peuvent rejoindre la République Française, pourvu qu'ils respectent un certain nombre de conditions, celles prévues par la loi. Ainsi, chaque année, la France accueille par naturalisation une centaine de milliers de nouveaux citoyens. Elle pourrait en accueillir d'autres, quelques millions au besoin, par d'autres voies, celles de l'auto-détermination. Dans ce domaine, la République ne veut rien imposer, ne réclame rien, ne prétend à rien. La seule chose qui l'intéresse, c'est le choix libre et conscient des hommes et des femmes, c'est le comportement réfléchi des citoyens.
Quelque soit l'avenir, quelle que soit la libre détermination des Wallons et des Bruxellois, quelle que soit votre libre décision, si la question se pose, les Français continueront, nous continuerons à vous aimer. Entre nous, il existe le lien fort de la culture, même si l'histoire nous a toujours séparés, en dehors des deux décennies de la Révolution et de l'Empire. Dès le traité de Verdun, nous étions séparés. Au septentrion, d'autres terres appartenaient au royaume de Francia occidentalis. Mais la République ne s'en remet pas à des droit historiques, qui seraient bien archaïques. La République repose sur le choix des citoyens, sur un plébiscite de tous les jours.
Wallon et Bruxellois, votre avenir vous appartient, il n'appartient qu'à vous.
Je vous remercie.

(Source http://www.mdc-France.org, le 22 janvier 2003)

Rechercher