Déclaration de M. Claude Goasguen, vice-président et porte-parole de Démocratie libérale, sur la politique et le budget 2000 pour l'enseignement supérieur, Paris le 2 novembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Claude Goasguen, vice-président et porte-parole de Démocratie libérale, sur la politique et le budget 2000 pour l'enseignement supérieur, Paris le 2 novembre 1999.

Personnalité, fonction : GOASGUEN Claude.

FRANCE. Démocratie libérale, vice président;FRANCE. Démocratie libérale, porte parole

Circonstances : Discussion du budget 2000 pour l'enseignement supérieur, à l'Assemblée nationale le 2 novembre 1999

ti :
Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre

Mes chers collègues,


Si l'on examine les budgets successifs de l'enseignement supérieur - on le fera bien un jour -, un constat s'impose d'évidence : les années passent et se ressemblent !

De ce point de vue, monsieur le ministre, votre budget est dans la continuité des précédents, c'est-à-dire qu'il n'apporte pas grande novation. Certes, il est en augmentation. Mais suffit-il d'augmenter un peu quelques crédits pour convaincre ? Nous ne le pensons pas. La loi de finances n'est pas, en effet, un simple exercice de gestion ; c'est d'abord un acte politique, l'acte politique de la nation. Politiquement donc, votre budget nous semble assez terne.

Vous nous aviez donné l'habitude de discours tournés vers l'avenir. Visiblement, l'enseignement supérieur ne vous inspire pas autant que l'enseignement scolaire. Certains se féliciteront sans doute que, pour une fois, vous ne fassiez pas de vagues ! Mais permettez-moi, sans manier le paradoxe, de regretter cet attentisme, qui s'inscrit dans une continuité immobiliste de la politique universitaire dans notre pays, comme si le monde politique se trouvait en permanence tétanisé par le risque d'un mai 68 permanent, jetant les étudiants désorientés dans la rue. Nous manquons tous, à droite comme à gauche, d'un peu de courage devant le risque de réactions vives dans ce secteur traditionnellement tourmenté et difficile.

Pourtant, la modernisation est nécessaire. Vous vous targuez de préparer le troisième millénaire. Il est vrai qu'à quelques jours de l'an 2000¿ cinquante neuf très exactement !

A cinquante-neuf jours donc de l'an 2000, vous auriez tort de vous privez de la formule. Seulement, derrière les mots, il y a les chiffres, et derrière les chiffres, les faits.

Que nous enseignent-ils ?

En vérité, ce budget, qui se voudrait prospectif et moderne, ne fait que tenter de rattraper le retard accumulé en matière de logement étudiant, de patrimoine universitaire et d'encadrement en personnels enseignants.

Vous continuez, par ailleurs, de raisonner selon une logique comptable, en complète déconnexion avec les aspirations réelles, je crois, et les attentes d'un univers qui ne demande qu'à évoluer. En tout cas, cette logique comptable et austère ne permettra pas à l'université

De retrouver le rayonnement qui était le sien. Attentisme et déception, voilà ce qui caractérise depuis de longues années - vous n'en êtes pas seul responsable - le monde universitaire en France.

Certes, le budget augmente de 2,6 % mais cette augmentation est inférieures à celle du budget de 1999 et elle est assez faible par rapport au taux de croissance que nous connaissons actuellement. Par ailleurs, quatre points précis me paraissent mériter une explication.

Premier point, la baisse des effectifs dans les disciplines scientifiques est préoccupantes. Pourquoi cette désaffection soudaine¿

Claude Allègre : Non, progressive !

Claude Goasguen : Progressive, c'est vrai! Pourquoi donc cette désaffection pour des filières qui ne devraient pas poser de problèmes ? Quelle explication donnez-vous ?

Deuxième point, le plan social étudiant. Vous en faites une de vos priorités et je ne peux, comme M. Bourg-Broc, que me féliciter de l'effort significatif réalisé en matière de bourses, mais à quel prix ? Si l'augmentation du nombre des bourses permet de remédier aux situations les plus urgents, cela ne doit pas se faire au prix d'une dégradation des conditions générales de vie dans les campus ou dans les villes universitaires. Or que deviennent la restauration universitaire, le logement étudiant, la médecine universitaire ?

Troisième point, le fameux plan U3M. Cette appellation ésotérique renouvelle l'effet d'annonce que vous aviez déjà utilisé pour le plan Université 2000. C'est un peu la même hypocrisie que celle qui prévalait pour le plan précédent. Non seulement vous faites des promesses qui ne pourront pas être tenues vu les moyens alloués, mais, plus grave, bien que cela devienne maintenant fréquent, vous exercez un véritable chantage politique sur les collectivités régionales, auxquelles vous ne donnez ni les moyens financiers, ni les compétences pour relever les défis que vous leur imposer, car il s'agit bien de défis. Quelle hypocrisie de la part de l'Etat, qui se défausse une fois de plus et qui s'en vante !

Si les objectifs du plan U3M paraissent posés, et quelquefois bien posés, vous caricaturez, vous en conviendrez, l'esprit de la décentralisation de la loi socialiste de 1982 et, sous l'illusion de l'association, nous confortez par l'argent des collectivités locales les insuffisances financières et politiques de vos choix gouvernementaux.

C'est d'ailleurs, suivant la même logique, que le plan U3M, au lieu de préparer l'avenir en permettant la construction de nouveaux bâtiments, ne fera que ravaler les façades. A titre d'exemple, la seule opération de désamiantage du campus de Jussieu, qui n'en finit pas de ne pas aboutir, représente plus de 20 % des crédits immobiliers. Le plan Université 2000 construisait. Désormais, vous entretenez.

Enfin, les bibliothèques universitaires sont dans un état de délabrement qui nécessite un effort bien supérieur à celui que vous nous promettez. A cet égard, le rapport de la commission des finances est très clairs, je ne le reprends pas. En substance, il estime que, pour atteindre le ratio d'un volume par étudiant et par an, il faudrait doubler le nombre d'abonnements et développer massivement les accès aux ressources électroniques. Il serait nécessaire de consacrer 1.000 francs par étudiant et par an, soit 1.500 millions de francs, contre seulement 890 millions aujourd'hui, quasiment le double de ce que vous nous présentez.

Nous sommes, en effet, dans une ère de mondialisation universitaire. L'université n'est plus simplement un lieu de culture, elle est un lieu d'emploi, de recherche, de dynamique économique, et la concurrence qui s'ouvre entre les universités n'est pas seulement culturelle, elle traduit des enjeux économiques, notamment en ce qui concerne la formation des cadres futurs de l'économie mondiale dont la France ne peut se permettre d'être absente.

Pour réformer, vous avez besoin, comme vos prédécesseurs, d'un vrai consensus. Il est souhaitable, il est nécessaire que vous engagiez une vaste réflexion en concertation avec l'opposition, qui souhaite y participer pleinement, avec la volonté d'aboutir à un consensus constructif. Plusieurs directions doivent être envisagées; Elles ne sont ni de droite, ni de gauche. Elles s'imposent, car la modernité est une nécessité pour nos universités.

Il faudra, bien-sûr, parler de l'autonomie des établissements universitaires. Plus encore que les établissements scolaires - sur lesquels nous reviendrons dans quelques semaines -, les universités ont besoin d'autonomie financière, et nous aurons peut-être des suggestions à vous faire, notamment à propos de la création de fondations universitaires qui permettraient d'avoir un patrimoine universitaire.

Non pas pour que l'Etat le prenne à son compte, certes il dort, c'est un fait, mais peut-être serait-il temps de le rendre actif. Moi, je serais très favorable à une discussion avec vous et votre majorité sur ce sujet.

Autre direction, l'indispensable insertion professionnelle de nos étudiants. Je tiens à souligner - je l'ai fait l'an dernier en pure perte, mais je le répéterai inlassablement - à quel point le service public des universités de la fin du XXème siècle ne se limite pas à délivrer des diplômes. Je trouve particulièrement regrettable que les difficultés commencent à partir du moment où le diplôme est acquis. Nous laissons nos étudiants, lorsqu'ils atteignent un niveau bac plus quatre, une maîtrise, voire un DEA, totalement démunis pour affronter une insertions professionnelle.

Le service public du XXIème siècle, c'est de permettre aux universités d'avoir le personnel compétent pour accompagner les étudiants dans la recherche d'un emploi ou de stages rémunérés, pour mettre en connexion les filières sans exception. Cela se fait dans d'autres pays. Pourquoi la France serait-elle en retard dans ce domaine ? Nous avons un devoir à l'égard de nos étudiants.

Cela permettrait aussi, et vous le savez bien, de diminuer l'allongement des études, qui est parfois providentiel pour les étudiants dans la mesure où il leur permet de tester dans une sécurité relative et de ne pas tenter l'approche du marché du travail. Allez dans les universités et vous verrez. Je vois ici quelques spécialistes, qui savent ce dont je parle. Demandez aux étudiants diplômés s'il est facile de trouver un emploi.

A la fin de l'été, ils préfèrent s'inscrire en troisième cycle et attendre une année de plus pour voir si la situation se débloque.

Que l'insertion professionnelle soit favorisée par les universités, c'est probablement l'un des moyens de trouver la filière de l'emploi, mais c'est probablement aussi un moyen de désengorger un certain nombre de filières où les gens restent parce qu'ils ne savent pas trouver un emploi, même quand il y marché.

Je vous demande donc avec force d'ouvrir cette réflexion, qui nécessaire à l'avenir de nos universités, ne doit pas se limiter à quelques concertations internes à votre majorité, quelles que soient ses qualités intrinsèques. Il serait convenable de l'ouvrir au-delà, car le milieu universitaire a besoin d'un consensus de la droite et de la gauche pour se moderniser.

C'est parce que, au-delà d'une gestion comptable qui est tout à fait dans votre ligne et dans celle de vos prédécesseurs, nous n'avons pas senti cette volonté de faire progresser l'université et de la moderniser que, sans ambiguïté, nous sommes contraints de voter contre votre budget, en espérant des jours meilleurs.

(source http://www.claude-goasguen.org, le 8 février 2001)

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