Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur les mutations de la distribution et sur la réforme du financement des centres techniques industriels, Strasbourg le 22 octobre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur les mutations de la distribution et sur la réforme du financement des centres techniques industriels, Strasbourg le 22 octobre 1999.

Personnalité, fonction : PIERRET Christian.

FRANCE. SE à l'industrie

Circonstances : Colloque sur "l'Europe du meuble" à Strasbourg (Bas-Rhin) le 22 octobre 1999

ti : Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Présidents et Directeurs généraux, Mesdames, Messieurs,

C'est un grand plaisir pour moi de retrouver ici, à Strasbourg, les représentants de votre profession. Vous savez qu'en tant que Ministre chargé de l'Industrie, mais aussi en tant que vosgien, j'ai un attachement particulier aux industries de l'ameublement. Elles sont un pilier économique puissant de mon département ; elles sont aussi un secteur important en France parmi l'ensemble des industries manufacturières.

Je voudrais, assez brièvement, conclure vos travaux en mettant l'accent sur les mutations de la distribution dans votre secteur et sur la technologie.

Une situation économique globale très favorable

Le Président Griffon vient d'évoquer la situation économique de votre secteur. La progression de l'activité est effectivement moins forte qu'on aurait pu le penser, mais elle fait suite à un cru 1998 exceptionnel. Je crois cependant que les fondamentaux sont bons pour votre profession. Après un " trou d'air " au premier semestre, la croissance est repartie sur des bases saines. Nous tablons sur une croissance de 2,8 % l'an prochain, et ce chiffre pourrait même être dépassé. Tendance qui se retrouve dans toute l'Europe. Votre principal marché est bien orienté, c'est une excellente nouvelle.

La croissance marche désormais sur deux pieds, la consommation des ménages et l'investissement des entreprises. Les mises en chantier de logements explosent, à + 24 %, ce qui donne de belles perspectives d'affaires pour l'ameublement.

Sur ces excellents fondamentaux, il vous reste donc à travailler pour que votre croissance " sur-performe " celle de l'ensemble de l'économie - comme disent les financiers.

Une distribution en mutations

Attention toutefois à ce que ce climat euphorisant ne cache pas de lendemains qui déchantent. Cette fin de siècle, marquée par une vigoureuse croissance, recèle aussi de puissants changements dans l'organisation de l'économie, que les entreprises doivent accompagner et anticiper. Tout d'abord, ceux du circuit de distribution.

Dans l'ameublement, comme dans d'autres secteurs, la structure de la distribution est très différente de celle qui prévaut dans l'alimentaire, centre aujourd'hui de tous les débats.

Elle est pourtant en plein changement. Les chiffres montrent un affaissement graduel de la part de marché des magasins indépendants, ce qui n'est pas neutre pour les fabricants. Permettez-moi de faire quelques comparaisons. Dans le secteur de l'habillement, la distribution dite multimarque, magasins indépendants et de centre ville, a très fortement régressé. Après des années de facilité, de nombreux commerçants indépendants n'ont pas perçu la nécessité stratégique de se regrouper, de soigner leur marketing, de mieux prendre en compte la logistique et le client final. Ils le paient très cher : ces magasins sont hélas en train de disparaître, au profit de chaînes succursalistes très professionnelles et structurées. Qui ne voit que les Gap, Zara ou H M ont bénéficié en France du boulevard ouvert par une distribution fragile et insuffisamment anticipatrice ?

Les conséquences industrielles en sont lourdes. Ces distributeurs puissants et organisés n'ont aucune difficultés à s'approvisionner au moins cher, partout dans le monde, sur de grandes quantités. Les prix d'achat se tendent, les marché disparaissent pour les confectionneurs français.

A contrario, le secteur du jouet a su préserver un tissu significatif dans le commerce de centre ville. Les magasins se sont regroupés, fédérés en groupement d'indépendants, ont joué la proximité, le service, la gamme et le professionnalisme. En fin de compte, ils ont préservé pour les industriels, au plus grand soulagement de ces derniers, des points de vente à l'activité moins saisonnière et au référencement plus large.


S'adapter aux mutations du commerce

Ces exemples permettent de montrer qu'il n'y a pas de fatalité à la disparition d'une forme de commerce, même si la tendance lourde est à la concentration. Et c'est extrêmement important pour les industriels. Combien de petites entreprises ne travaillent qu'avec un panel restreint de clients, et n'auront pas accès à la grande distribution quand ceux-ci auront disparu. Vous avez donc, vous, industriels, un réel intérêt à vous pencher sur cette question, car c'est vous qui en supporterez pour partie les conséquences.

Ne croyez toutefois pas que je vous conseille de ne mettre votre énergie que dans la sauvegarde d'une forme de distribution qui régressera malgré tout. Il est au contraire fondamental que vous sachiez accompagner la croissance du marché, qui viendra essentiellement des formes les plus structurées de commerce.

Le grand commerce est là, et il serait naïf de penser qu'il ne tendra pas vers les techniques qui sont les siennes dans d'autres secteurs, plus " avancés " pourrait-on dire.


Vigilance du Gouvernement sur la distribution

Je tiens à vous dire que le Gouvernement traite cette question avec la plus grande attention. Le Premier Ministre l'a indiqué récemment, l'économie de marché ne peut fonctionner de façon satisfaisante qu'avec des règles du jeu claires et respectées. C'est particulièrement vrai dans le champ des relations industrie-commerce, qui ne sont aujourd'hui pas satisfaisantes dans de nombreux secteurs. Le Gouvernement organisera donc, début 2000, des Assises de la Distribution, qui permettront de dégager les principales pistes d'amélioration. Nous veillerons en particulier à limiter les pratiques commerciales abusives, par la loi s'il le faut.

Pour autant, la situation des relations industrie-commerce est éminemment variable selon les secteurs, mais la loi est la même pour tous. Je vous invite donc à suivre avec la plus grande attention la préparation de ces Assises pour faire valoir dans le débat les spécificités de vos activités.

Je note avec satisfaction que, dans votre secteur, industriels et distributeurs peuvent se mettre sans difficulté autour d'une table, comme cela a été le cas. Il me semble très utile que vous puissiez formaliser une synthèse de vos travaux et verser une contribution à la préparation des Assises.


Organisation et technologie

Quelle que soit l'évolution de la distribution, je crois que le marché récompensera les industriels à la mesure de leur professionnalisme et de leur organisation.

Votre colloque s'est notamment penché sur les questions de logistique. Elles auront un poids de plus en plus important à l'avenir. De même, la profession s'intéresse à l'irruption d'internet dans les échanges et c'est une bonne chose. MEDIFA vient de me proposer un projet de constitution d'un portail de la profession : ce projet est actuellement à l'examen dans mes services et je me prononcerai en novembre pour savoir si je le soutiens financièrement. C'est en tout cas une démarche intéressante : la profession la lance, il faudra que les entreprises la fassent vivre et se l'approprie. Rien de pire que ces sites désertés, véritables friches informatiques sur internet et qui ruinent l'image de leur promoteur. Je le dis aux entreprises : investissez internet. C'est marginalement un outil de vente au consommateur final, mais c'est un formidable outil de filière. Vos concurrents, eux, ne vous attendront pas.

Parlant de technologie, je voudrais enfin faire le point sur les décisions prises récemment en ce qui concerne les centres techniques industriels.

Proches des entreprises, très au fait des évolutions technologiques les plus récentes, les centres techniques industriels jouent un rôle de premier plan en matière de développement et de diffusion des nouvelles technologies.

Les taxes parafiscales, prélevées sur les entreprises d'un secteur donné, font reposer sur ce secteur tout le poids du financement des centres. Il est donc apparu souhaitable de faire évoluer ce système en dotant les centres de ressources budgétaires et en supprimant les taxes parafiscales ou les parts de taxes parafiscales qui leur étaient précédemment affectées. Une telle opération a par ailleurs pour effet de simplifier la fiscalité et d'alléger les charges pesant sur les entreprises. Elle nous paraît de nature à stabiliser les centres techniques industriels et à préserver les services rendus aux secteurs industriels.

Cette réforme a été menée en concertation avec les fédérations professionnelles concernées ; l'Union Nationale des Industries Françaises de l'Ameublement a donc été invitée à faire valoir ses arguments sur cette réforme. Celle-ci, en soulignant toute l'importance du maintien des liens étroits de la profession avec les centres techniques, a marqué son accord sur la réforme envisagée.

Le nouveau schéma de financement des centres techniques industriels a donc été retenu dans le projet de loi de finances pour l'année 2000. Afin d'assurer la pérennité des ressources de ces centres, l'Etat s'engagera sur les montants budgétaires dans le cadre de contrats d'objectifs pluriannuels en cours d'élaboration. Ces contrats d'objectifs devront être signés à la fin de l'année.

Enfin, la taxe parafiscale " ameublement ", réduite à due concurrence des sommes budgétisées, sera maintenue. Mes services préparent un décret de renouvellement par anticipation en ce sens. Je souhaite qu'ainsi, votre profession continue à s'organiser collectivement pour répondre aux besoins des entreprises dans les domaines de l'information, de la communication, de la formation ou du design.

Avec l'appui déterminé de mon Ministère, votre profession, j'en suis convaincu, peut entrer dans une période de mutations qui débouchera sur une industrie plus forte et plus compétitive.

(Source http://www.industrie.gouv.fr, le 25 octobre 1999)

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