Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République et co-prince d'Andorre, sur les institutions et l'identité andorranes, Paris le 17 septembre 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République et co-prince d'Andorre, sur les institutions et l'identité andorranes, Paris le 17 septembre 1999.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques.

FRANCE. Président de la République;ANDORRE. Co-Prince

Circonstances : Réception du corps diplomatique accrédité en Andorre, Paris le 17 septembre 1999

ti : Monsieur le co-Prince,
Monsieur le Nonce,
Mesdames, messieurs les ambassadeurs,
Monsieur le chef du Gouvernement,
Monsieur le syndic général,
Mesdames et messieurs les ministres,
Messieurs les conseillers,
Madame et Messieurs les maires,
Mesdames, messieurs,


Je tiens à vous dire la joie mais aussi la fierté que j'éprouve à vous accueillir, Monsieur le co-Prince, Mesdames Messieurs, aujourd'hui, en ce Palais de l'Elysée, pour une réunion qui a un peu un caractère exceptionnel.

C'est en effet la première fois qu'un co-Prince français a le privilège d'accueillir à Paris, en présence du co-Prince et des plus hautes personnalités de la Principauté, les éminents représentants des Gouvernements étrangers qui ont établi des relations diplomatiques avec l'Andorre. La première fois depuis que l'histoire andorrane a noué des liens singuliers avec le dépositaire des prérogatives et des devoirs des comtes de Foix, selon une tradition que le peuple andorran a tenu à sauvegarder jusqu'à nos jours.

Je remercie chacun d'entre-vous d'avoir répondu à mon invitation. Votre présence, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, témoigne de l'intérêt que les Etats dont vous êtes les représentants manifestent à la Principauté. Elle témoigne de la considération qu'ils lui portent, et aussi de l'estime et de l'amitié qu'ils éprouvent pour elle et pour le peuple andorran. A travers vous, c'est la communauté des nations qui reconnaît en ce vieux pays un tout jeune Etat, le plus jeune d'Europe, entré dans le concert des démocraties modernes sans rien renier de son histoire et de ses valeurs.

Les institutions andorranes sont l'héritage de cette histoire multi-séculaire. Ce sont des institutions originales, parfois surprenantes pour ceux qui les découvrent, mais qui sont la manifestation éclatante de l'attachement et de la confiance que les Andorrans éprouvent à l'égard de leurs co-Princes, dont ils ont fait les garants de la continuité et de l'indépendance andorranes. Ces institutions sont l'expression d'une volonté nationale, volonté que les andorrans ont exprimée à nouveau le 14 mars 1993, en adoptant leur Constitution qui consacre en Andorre un Etat de droit, une vraie démocratie en même temps qu'une co-Principauté authentiquement indépendante.

C'est dire combien les deux co-Prince sont fiers d'exercer les hautes fonctions que leur a confiées le peuple andorran. Je sais que cette fierté est profondément ressentie par le co-Prince Episcopal, Son Excellence Monseigneur Joan MARTI ALANIS, que je salue avec déférence mais aussi avec la plus cordiale amitié.

Si plusieurs Présidents de la Vème République se sont rendus en Andorre et ont pu, pour certains d'entre eux, avoir le plaisir d'y rencontrer Monseigneur MARTI, leur co-Prince, comme je l'ai fait moi-même lors de la visite que j'ai effectuée dans la Principauté en 1997, c'est la première fois, dans toute l'histoire de l'Andorre, que les co-Princes se trouvent réunis ici à Paris avant, je le souhaite, l'année prochaine de se trouver réunis à Urgel.

Même si les échanges que nous avons, soit directement, soit par l'intermédiaire de nos représentants respectifs, sont fréquents, je me réjouis particulièrement de cette rencontre inédite dans notre Capitale. L'entretien que nous venons d'avoir m'a donné une nouvelle fois l'occasion de mesurer la pleine entente et la totale harmonie dans lesquelles nous exerçons ensemble, de façon paritaire, la responsabilité conjointe que nous confère la Constitution.

C'est d'ailleurs vous, Monsieur le co-Prince, je tiens à le rappeler, qui êtes à l'origine de notre réunion. C'est en effet Votre Excellence qui, en 1997, avait proposé de réunir, une fois par an, tantôt au siège de l'Evêché, tantôt à Paris, l'ensemble du corps diplomatique accrédité en Andorre. J'avais vivement regretté, vous le savez, l'an dernier, de n'avoir pas pu, matériellement, participer à la première réunion qui s'est tenue à la Seu d'Urgell.

Cette alternance, délibérément choisie, illustre d'abord, bien sûr, la qualité des relations qu'entretiennent les deux co-Princes, mais aussi le particularisme andorran, un particularisme qui participe d'une identité très forte.

Cette identité, inscrite dans le coeur de chaque andorran, je ne me risquerai pas à la définir. Mais comme tous ceux qui aiment la Principauté, je sais qu'elle est liée à la beauté sauvage d'une région, à l'affirmation d'une langue et d'une culture au confluent des cultures ibériques et françaises, à une passion pour l'indépendance et pour la liberté. Elle est placée sous le double signe de la fidélité et de la volonté d'avancer dans le nouveau siècle. Les Andorrans ont en effet choisi de faire évoluer, de façon originale, un héritage multiséculaire de coutumes et de règles pour entrer de plain-pied dans la modernité. Parce qu'ils ont fait ce choix, parce qu'ils ont su accéder sans crises, sans heurts, sans à-coups, à une souveraineté pleine et entière, la Principauté d'Andorre est aujourd'hui reconnue par la communauté internationale et activement présente dans ses plus hautes instances.

Désormais, la Principauté doit jouer tout son rôle, sans galvauder les valeurs traditionnelles de neutralité, d'équilibre, de démocratie et de tolérance qui sont les siennes et auxquelles elle est profondément attachée.

L'Andorre a la volonté de s'ouvrir au monde et de se doter des systèmes économiques et sociaux des grandes nations modernes.

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, vous tous qui êtes présents ici, vous pouvez, vous devez l'y aider. Permettez-moi de vous rappeler ce qui me paraît dans cet esprit être l'essentiel pour l'avenir.

Les Andorrans, qui sont, à juste titre, fiers de leur réussite, ont une conscience très vive, très aiguë, très exigeante, des responsabilités que leur donne leur nouvelle situation institutionnelle. Ils ont montré au cours de ces six années qu'ils avaient les qualités nécessaires pour les assumer.

Mais ils savent aussi que la souveraineté d'un Etat ne s'exerce pas seulement au travers des responsabilités politiques et juridiques qui lui incombent, mais qu'elle s'appuie également sur la vitalité économique, l'exigence sociale et le rayonnement culturel. C'est là un grand défi pour la Principauté.

Relever ce défi suppose bien sûr que l'Andorre continue à se remettre en question, fasse tous les efforts nécessaires d'adaptation. Il suppose aussi que la Principauté soit accompagnée comme elle le mérite et comme elle l'attend et que, sans bénéficier naturellement de privilèges particuliers, certaines transitions lui soient néanmoins facilitées.

Parce que l'Andorre a besoin du soutien et de la compréhension des pays que vous représentez, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, et notamment des pays européens, et parmi eux ceux de ses voisins les plus proches, la France et l'Espagne, je vous invite à encourager avec détermination le développement des relations économiques et des liens culturels avec ce nouvel Etat qui aspire à tenir pleinement son rôle au sein de la communauté internationale.

Je vous y invite pour le bien de l'Andorre. Je vous y invite aussi pour le bien des pays que vous avez l'honneur de représenter. Vous pouvez être sûrs qu'en ce qui me concerne, et le co-Prince épiscopal le sait, je serai toujours prêt à favoriser les solutions qui permettront à la Principauté d'Andorre de trouver la place qui lui revient au milieu des nations, et en particulier dans le concert européen. C'est en s'y associant, à son rang, en bonne intelligence avec ses voisins, qui sont aussi ses partenaires et ses amis, que la Principauté enrichira sa devise : "Virtus Unita Fortior" d'une nouvelle dimension, d'une dimension européenne, d'une dimension internationale.

Voilà, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, le chemin, me semble-t-il, de l'avenir. Je sais que le peuple andorran, fort de son passé, de ses vertus, de ses ambitions, sous l'impulsion de ses élus, se montrera, une fois encore, à la hauteur de son destin.

Vive l'Andorre !
Visca Andorra !

Rechercher